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Je
vais éviter de vous raconter ma vie ici, mais le vécu est
ici une illustration de la charge émotive. Chaque matin, avant
de rejoindre la gare de laquelle je prends mon train flambant
neuf de quarante ans, je traverse mon village à la lumière
discrète et à l'architecture vieillissante. Vissés dans mes
oreilles, les écouteurs de mon baladeur rendent le chemin
moins monotone, mais pas moins mélancolique. UN matin c'est
A place for parks qui avait le droit de percer le silence
de ces lieux. Jamais la symbiose (quel mot horrible pour une
telle sensation) n'avait été aussi parfaite. Open all the
windows, lente ballade, ralentissant mes pas, me propulsant
dans le nuage d'un brouillard mélancolique mais chaud. Comme
par enchantement les façades décrépis, retrouvaient vie, les
yeux humides et la gorge serrée. À mi-chemin de ce périple
pédestre c'est le cauchemardesque Our screwball concerto qui
tenait le rôle de compagnon de promenade. Un cortège funèbre
duquel Mark Hollis distille ses silences. D'une beauté noire,
pour screwball concerto est un remède pour les insensibles.
Le fantôme de laughing stock est sur le quai de la gare. Demain
je serais en retard. Abasourdi par l'émotion, j'en oublis
presque d'écouter apparently empty room qui passe un coup
de fil à Mogwaï, bien trop voyant pour être réveillé par la
sonnerie. Cet accès de fureur dominé, He meant the words peut
reprendre les choses là où open all the windows les avaient
laissé, par une virgule salvatrice. Le groupe pourra alors
reprendre son chemin moins balisé, empruntant à divers arbres
des branches comme de multiples directions (hidden landscapes)
pour un esprit boisé et magique. Sans jamais s'y perdre, ce
morceau nous y perdra volontairement, ne voulant de notre
propre chef ne plus y retourner. UN sens innée d'un fier désespoir,
où la recherche de l'émotion neuve, les sanglots et le sourire
timide sont des compagnons de vie. Une émotion pure, d'une
quinzaine de minutes à l'ascèse rare, sans la moindre excroissance.
Si le post rock est encore de votre vocabulaire, ce hidden
landscape en est l'un des plus grands représentants. En un
mot comme en cent, magnifique et troublant. De retour le soir,
tide water éteindra les lumières du jour, comme une brise
légère et caressante, séchant les dernières larmes de nos
joues mouillées par autant de moment de grâce. A place for
parks réussi l'impensable, rendre un déplacement terne en
ballade triste et gaie. J'ai cette chance immense d'avoir
croisé ce groupe. Invitez les dans votre vie, elle aussi en
sera bouleversée. A place for parks est unique.
Gerald
de oliveira
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