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Kowalski à benicassim 2004 (part 1)  
 


C'est comme toujours avec les bras encore blancs et le porte-monnaie encore plein que tout " fiber " arrive, le sac à dos lui broyant le dos et la patience à bout, sur le terrain de camping de son festival indé chéri. Cette année toutefois, l'individu en question avait tout de même le droit de ne pas trop se plaindre, compte tenu de la programmation proprement incroyable (tant au niveau des styles de pop-rock abordés, qu'à leur rôle dans l'histoire de celui-ci) que réservait le festival ibérique à l'occasion de ses 10 ans : les monuments Brian Wilson, Love, Lou Reed, Wire et Kraftwerk se mêlant aux pointures modernes que sont Teenage Fanclub, Primal Scream, Tindersticks ou Dandy Warhols, tout en laissant une large place aux tendances de ces derniers mois, Franz Ferdinand, Lali Puna, Scissor Sisters, Electrelane, ou LCD Soundsystem en tête , le tout formant un ensemble d'un incroyable équilibre.

A peine le temps de s'énerver contre les sardine sa tente qui, par définition, rencontrent toujours un caillou, de pester contre sa malchanceuse place de camping (à 50m d'une rave continue pendant quatre jours) et de se rafraîchir un brin, qu'il s'agit déjà de rejoindre le site du festival pour la soirée d'ouverture. Malgré la cruelle déception de ne pas voir les géniaux Shins, dont l'annulation aussi obscure qu'agaçante préfigurait celle, deux jours plas tard, de Morrissey, les honteusement mésestimés Irlandais de Ash se chargèrent de tout pour nous faire ravaler notre amertume- et y parvinrent. Une heure et vingt minutes sans pause de pop survitaminée plongée un heavy-metal euphorisant et totalement premier degré, absolument ravissant. Et que ça se pointe sur scène en brandissant sa guitare en feu, et que ça saute de partout, tel Weezer rencontrant AC/DC, et que ça enchante les garçons (gra^ce à la sublime guitariste Charlotte Hatherney) et que ça enchaîne gaiement les tubes les plus imparables comme Kung-Fu ou The Shining Light, que la foule reprend à tue-tête. Passons sur les ridiculo-hilarants Fangoria, sorte de Rita Mitsouko SM cultes en Espagne (merci à Régine et à une certaine Josiane B. pour le look de la chanteuse), ainsi que sur les insipides Zoot Woman, jouant à faire semblant d'être restés en 1982, ce qui, en l'absence de Jacques-Lu Cont (préférant -à raison- tourner avec Madonna), ne ressemble plus à rien- et entrons dans le vif du sujet.

Vendredi 6 / gentlemen machine : La première soirée officielle du festival 2004 semblait être placée sous les signes communs de la classe et de l'Allemagne (Einstürzende Neubauten, Lali Puna, Kraftwerk), ce qui, par la magie de la touffeur espagnole devient possble. Après les prestations déjà oubliées de Cooper, resucée mod espagnole, et HerS pace Holiday, les choses sérieuses commencent à 22h20 sur la scène principale avec l'arrivée des inclassables et classieux Tindersticks

.

Malgré la toute nouvelle moustache de Stuart Staples (ce qui, après un sondage express, ne semble en rien mettre à mal son succès auprès de la gent féminine), les Tindersticks jouent encore et toujours cette musique distinguée, subtile et capiteuse, ces volutes de cordes et de violon comme sur " My Oblivion " et " Trouble Every Day ". La finesse des musiciens, batteur et guitariste en tête, devient confondante, et le temps de deux titres inoubliables tirés du chef-d'œuvre " Curtains " (" Rented Rooms ", " Buried Bones "), ajoutés à la voix de Staples, cette vibration soul incroyable, un frisson quasi-mystique parcourt l'assemblée. Seul hic de ce concert, comme d'ailleurs d'un nombre rageant d'autres concerts, les problèmes de son successifs, faillirent presque parfois énerver les membres du groupe. Presque. N'est pas un Tinderstick qui veut. Preuve de cette douceur envoûtante, la seule chanson intégralement chantée par le violoniste Dickson Hinchliffe, " Until the Morning Comes ", sacrée splendeur absolue. Les Tindersticks auront même le temps de progresser sur les rives inattendues d'une tension bruitistes sur les intenses " Drunk Tank " ou l'apothéose finale " Raindrops ", conclusion d'un concert dont on ressort forcément chamboulé. La transition fut un peu rude mais nécessaire, puisque immédiatement après, il fallut changer de scène pour ne pas rater le début du concert des mythiques Einstürzende Neubauten.

C'est avant tout l'arrivée sur scène des Berlinois qui est impressionnante. Blixa Bargeld, gentleman intello et déviant arrive pieds nus en costard, accompagnés des inséparables Unruh, Moser et Arbeit , au milieu d'une scène qui ne ressemble à rien sauf à une scène de Neubauten, jonchée de plaques de métal, de bidons en ferraille, d'énormes goutières en plastique. C'est d'ailleurs en projetant de l'air comprimé dans celles-ci que Unruh entame l'introduction du premier morceau " Ich gehe jetzt ", également placé en première position sur le dernier album du groupe, " Perpetuum Mobile ". Le groupe, prenant perversement à la lettre sa promesse au début du concert de faire un concert plutôt calme qui s'énerverait petit à petit enchaînent les morceaux dont l'intensité ne fait que croître : le vicieux " Was ist die Befindlichkeit des Landes ? " le wagnérien " Armenia ", le cacophonique " Perpetuum Mobile ", les touchants " Meyou & Youme " et " Dead Friends Around the Corner ", l'incroyable " Sabrina ", et, pour finir, l'apocalyptique " Alles ", morceau de bravoure au cours duquel le groupe joue autant avec nos pulsions qu'avec nos nerfs et nos tympans, Bargeld poussant à plusieurs reprises son hurlement grinçant et terrassant. Le temps de se détendre un petit peu, pour aller voir, par curiosité, le set des Pet Shop Boys, qui nous prouvèrent avec conviction que le ridicule ne tue toujours pas. Sapés comme des flétans sous-vide, dotés d'un chanteur, Neil Tennant, à la voix nasillarde et irritante à faire pleurer de honte Brian Molko, les Pet Shop Boys nous gratifièrent d'une armée de génériques potentiels pour l'ensemble des prochaines émissions de J-L Reichmann sur TF1, poussant même la confiance en-soi jusqu'à oser interpréter l'inénarrable " Go West ", repris en chœur par des régiments d'Anglais rasés et avinés. La classe… moyenne, quoi. Le temps juste de se remettre de ces émotions qu'il faut se préparer, à la venue, à 2h45, des inventeurs de l'électro, les géniaux Kraftwerk. Après quelques petites minutes de retard (le genre de minutes dont on a hautement conscience avant un évènement comme celui-là), une voix robotique et déphasée nous annonce l'arrivée des quatre allemands. La boucle de vocoder de " The Man-Machine " retentit et le rideau s'ouvre, laissant voir quatre silhouettes droites et immobiles devant leurs synthétiseurs et leurs ordinateurs. L'idée géniale qu'a eu Kraftwerk pour ce concert a été de refuser que les caméras ne retransmettent leur image sur les écrans géants des deux côtés de la scène. A l'opposé d'un caprice de diva, il s'agissait en fait d'un choix esthétique brillant, puisque le public était contraint de voir ces quatre formes de très loin, devant des énormes projections vidéo, qui suivaient le thème de la chanson jouée. Cette disposition des choses entoura encore davantage la prestation de Kraftwerk d'un halo mystérieux et devenant quasi-mystique à mesure que le groupe égrenait la quasi-totalité de ses grands chef-d'œuvres, tels que l'hypnotique " The Man-Machine " et son ambiance vidéo constructiviste magnifique, le rockabilly ralenti et…robotique qu'est " Autobahn ", l'indépassable tube popissime " The Model ", le ludique " Radioactivity " et ses paroles naïvo-goguenardes. Puis, Kraftwerk referme son rideau, et, quelques minutes plus tard, retentissent le gimmick de synthé de " The Robots ". Le rideau s'ouvre, laissant apparaître en lieu et place des quatre membres, des robots les représentant et jouant à leur place, remplacés à nouveau plus tard par les vrais membres. Un moment unique dans la vie d'un amateur de musique que ce concert, un véritable messe synthétique et outrageusement moderne aussi bien dans les programmations rythmiques que dans le traitement pur des sons, une modernité que des Aphex Twin, Autechre et autres écuries Mego se sont donnés pour mission à vie d'atteindre. .

La suite...

Kowalski

 

 

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