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C'est
comme toujours avec les bras encore blancs et le porte-monnaie
encore plein que tout " fiber " arrive, le sac à dos lui broyant
le dos et la patience à bout, sur le terrain de camping de
son festival indé chéri. Cette année toutefois, l'individu
en question avait tout de même le droit de ne pas trop se
plaindre, compte tenu de la programmation proprement incroyable
(tant au niveau des styles de pop-rock abordés, qu'à leur
rôle dans l'histoire de celui-ci) que réservait le festival
ibérique à l'occasion de ses 10 ans : les monuments Brian
Wilson, Love, Lou Reed, Wire et Kraftwerk se mêlant aux pointures
modernes que sont Teenage Fanclub, Primal Scream, Tindersticks
ou Dandy Warhols, tout en laissant une large place aux tendances
de ces derniers mois, Franz Ferdinand, Lali Puna, Scissor
Sisters, Electrelane, ou LCD Soundsystem en tête , le tout
formant un ensemble d'un incroyable équilibre.
A
peine le temps de s'énerver contre les sardine sa tente qui,
par définition, rencontrent toujours un caillou, de pester
contre sa malchanceuse place de camping (à 50m d'une rave
continue pendant quatre jours) et de se rafraîchir un brin,
qu'il s'agit déjà de rejoindre le site du festival pour la
soirée d'ouverture. Malgré la cruelle déception de ne pas
voir les géniaux Shins, dont l'annulation aussi obscure
qu'agaçante préfigurait celle, deux jours plas tard, de Morrissey,
les honteusement mésestimés Irlandais de Ash se chargèrent
de tout pour nous faire ravaler notre amertume- et y parvinrent.
Une heure et vingt minutes sans pause de pop survitaminée
plongée un heavy-metal euphorisant et totalement premier degré,
absolument ravissant. Et que ça se pointe sur scène en brandissant
sa guitare en feu, et que ça saute de partout, tel Weezer
rencontrant AC/DC, et que ça enchante les garçons (gra^ce
à la sublime guitariste Charlotte Hatherney) et que ça enchaîne
gaiement les tubes les plus imparables comme Kung-Fu ou The
Shining Light, que la foule reprend à tue-tête. Passons sur
les ridiculo-hilarants Fangoria, sorte de Rita Mitsouko
SM cultes en Espagne (merci à Régine et à une certaine Josiane
B. pour le look de la chanteuse), ainsi que sur les insipides
Zoot Woman, jouant à faire semblant d'être restés en
1982, ce qui, en l'absence de Jacques-Lu Cont (préférant -à
raison- tourner avec Madonna), ne ressemble plus à rien- et
entrons dans le vif du sujet.
Vendredi
6 / gentlemen machine : La première soirée officielle
du festival 2004 semblait être placée sous les signes communs
de la classe et de l'Allemagne (Einstürzende Neubauten,
Lali Puna, Kraftwerk), ce qui, par la magie de
la touffeur espagnole devient possble. Après les prestations
déjà oubliées de Cooper, resucée mod espagnole, et
HerS pace Holiday, les choses sérieuses commencent
à 22h20 sur la scène principale avec l'arrivée des inclassables
et classieux Tindersticks
.
Malgré
la toute nouvelle moustache de Stuart Staples (ce qui, après
un sondage express, ne semble en rien mettre à mal son succès
auprès de la gent féminine), les Tindersticks jouent encore
et toujours cette musique distinguée, subtile et capiteuse,
ces volutes de cordes et de violon comme sur " My Oblivion
" et " Trouble Every Day ". La finesse des musiciens, batteur
et guitariste en tête, devient confondante, et le temps de
deux titres inoubliables tirés du chef-d'œuvre " Curtains
" (" Rented Rooms ", " Buried Bones "), ajoutés à la voix
de Staples, cette vibration soul incroyable, un frisson quasi-mystique
parcourt l'assemblée. Seul hic de ce concert, comme d'ailleurs
d'un nombre rageant d'autres concerts, les problèmes de son
successifs, faillirent presque parfois énerver les membres
du groupe. Presque. N'est pas un Tinderstick qui veut. Preuve
de cette douceur envoûtante, la seule chanson intégralement
chantée par le violoniste Dickson Hinchliffe, " Until the
Morning Comes ", sacrée splendeur absolue. Les Tindersticks
auront même le temps de progresser sur les rives inattendues
d'une tension bruitistes sur les intenses " Drunk Tank " ou
l'apothéose finale " Raindrops ", conclusion d'un concert
dont on ressort forcément chamboulé. La transition fut un
peu rude mais nécessaire, puisque immédiatement après, il
fallut changer de scène pour ne pas rater le début du concert
des mythiques Einstürzende Neubauten.

C'est avant tout l'arrivée sur scène des Berlinois qui est
impressionnante. Blixa Bargeld, gentleman intello et déviant
arrive pieds nus en costard, accompagnés des inséparables
Unruh, Moser et Arbeit , au milieu d'une scène qui ne ressemble
à rien sauf à une scène de Neubauten, jonchée de plaques de
métal, de bidons en ferraille, d'énormes goutières en plastique.
C'est d'ailleurs en projetant de l'air comprimé dans celles-ci
que Unruh entame l'introduction du premier morceau " Ich gehe
jetzt ", également placé en première position sur le dernier
album du groupe, " Perpetuum Mobile ". Le groupe, prenant
perversement à la lettre sa promesse au début du concert de
faire un concert plutôt calme qui s'énerverait petit à petit
enchaînent les morceaux dont l'intensité ne fait que croître
: le vicieux " Was ist die Befindlichkeit des Landes ? " le
wagnérien " Armenia ", le cacophonique " Perpetuum Mobile
", les touchants " Meyou & Youme " et " Dead Friends Around
the Corner ", l'incroyable " Sabrina ", et, pour finir, l'apocalyptique
" Alles ", morceau de bravoure au cours duquel le groupe joue
autant avec nos pulsions qu'avec nos nerfs et nos tympans,
Bargeld poussant à plusieurs reprises son hurlement grinçant
et terrassant. Le temps de se détendre un petit peu, pour
aller voir, par curiosité, le set des Pet Shop Boys,
qui nous prouvèrent avec conviction que le ridicule ne tue
toujours pas. Sapés comme des flétans sous-vide, dotés d'un
chanteur, Neil Tennant, à la voix nasillarde et irritante
à faire pleurer de honte Brian Molko, les Pet Shop Boys nous
gratifièrent d'une armée de génériques potentiels pour l'ensemble
des prochaines émissions de J-L Reichmann sur TF1, poussant
même la confiance en-soi jusqu'à oser interpréter l'inénarrable
" Go West ", repris en chœur par des régiments d'Anglais rasés
et avinés. La classe… moyenne, quoi. Le temps juste de se
remettre de ces émotions qu'il faut se préparer, à la venue,
à 2h45, des inventeurs de l'électro, les géniaux Kraftwerk.
Après quelques petites minutes de retard (le genre de minutes
dont on a hautement conscience avant un évènement comme celui-là),
une voix robotique et déphasée nous annonce l'arrivée des
quatre allemands. La boucle de vocoder de " The Man-Machine
" retentit et le rideau s'ouvre, laissant voir quatre silhouettes
droites et immobiles devant leurs synthétiseurs et leurs ordinateurs.
L'idée géniale qu'a eu Kraftwerk pour ce concert a été de
refuser que les caméras ne retransmettent leur image sur les
écrans géants des deux côtés de la scène. A l'opposé d'un
caprice de diva, il s'agissait en fait d'un choix esthétique
brillant, puisque le public était contraint de voir ces quatre
formes de très loin, devant des énormes projections vidéo,
qui suivaient le thème de la chanson jouée. Cette disposition
des choses entoura encore davantage la prestation de Kraftwerk
d'un halo mystérieux et devenant quasi-mystique à mesure que
le groupe égrenait la quasi-totalité de ses grands chef-d'œuvres,
tels que l'hypnotique " The Man-Machine " et son ambiance
vidéo constructiviste magnifique, le rockabilly ralenti et…robotique
qu'est " Autobahn ", l'indépassable tube popissime " The Model
", le ludique " Radioactivity " et ses paroles naïvo-goguenardes.
Puis, Kraftwerk referme son rideau, et, quelques minutes plus
tard, retentissent le gimmick de synthé de " The Robots ".
Le rideau s'ouvre, laissant apparaître en lieu et place des
quatre membres, des robots les représentant et jouant à leur
place, remplacés à nouveau plus tard par les vrais membres.
Un moment unique dans la vie d'un amateur de musique que ce
concert, un véritable messe synthétique et outrageusement
moderne aussi bien dans les programmations rythmiques que
dans le traitement pur des sons, une modernité que des Aphex
Twin, Autechre et autres écuries Mego se sont donnés pour
mission à vie d'atteindre. .
La
suite...
Kowalski
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