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Samedi
7 / absences : La journée de samedi commence par une déception
de taille : celle de l'annulation du concert de Morrissey,
en raison d'une sombre histoire de problèmes techniques aériens
et d'un avion qui, à 19h30, a fini par rester à Londres. La
déception est d'autant plus grande que Morrissey est l'un
des rares artistes que les organisateurs du festival n'avaient
encore jamais réussi à avoir (et les fans du Moz étaient légion
à Bénicassim, certains étant même reconnaissables grâce aux
glaïeuls placés dans les poches de leur pantalon), et cette
année, avec la sortie de son nouvel album " You are the Quarry
", était l'occasion rêvée de voir l'ancien Smith dans un cadre
actualisé. Mais c'est par la grâce d'un groupe merveilleux
et lui aussi relativement ignoré en France que la soirée commença
en fanfare. Ce groupe, Teenage Fanclub , semble ni
plus ni moins avoir été formé pour donner de la joie aux gens
par tranches de trois minutes trente, c'est-à-dire dans des
pop-songs carillonnantes et gracieuses qui sont autant de
bulles d'espoir et de génie. Jouant le sourire aux lèvres
tous ses tubes devant un public littéralement extatique qui
réservait au groupe des acclamations de plus en plus fortes
entre les morceaux, le groupe écossais, emmené par Norman
Blake (arborant un étonnant T-Shirt Métal Urbain), Gerlald
Love et Robert McQuinley connut même deux moments tout à fait
mémorables, le temps des deux perles de l'album " Grand Prix
" que sont " Don't Look Back " et surtout " Sparky's Dream
", au cours desquels le public semblait monté sur ressorts,
trop heureux de revoir ces enchanteurs restés aphones depuis
trop longtemps. La soirée de samedi continua ensuite avec
Migala,

ultra-populaire auprès du public indé espagnol (et plus légitimement
que les horribles Los Planetas). Le groupe partagea son set
entre les morceaux de ses derniers albums, dont les récents
"Restos de Un Incendio " et " La Incréible Aventura ", installant
à l'occasion des ambiances de jungle (propres au dernier album),
ou de western désenchanté à la fois sonores et visuelles (mention
spéciale aux magnifiques projections que proposait le groupe).
La musique offerte par le groupe, sorte de post-rock mâtiné
de folk, ne brille pas par son originalité, au croisement
du Cure de " Disintegration ", de Mogwai et des Tindersticks,
mais possède un son suffisamment personnel et reconnaissable,
pour pouvoir être sauvé de l'indifférence, ce son chaud et
rougeoyant, donnant de Migala l'impression d'une musique inflammable,
qui peut prendre feu par la simple chaleur qu'elle dégage.
Puis vint 22h et l'heure des choix : dois-je me diriger vers
la scène principale et voir (mais dans quel état et dans quelles
dispositions ?) la légende Lou Reed, ou dois-je rester
là où je suis et rester pour Yann Tiersen que ses liens
avec Dominique A. me rendent fort sympathique, et malgré l'indigestion
à la BO d'Amélie Poulain dont a été victime le public français
? Je choisis le deuxième choix et bien m'en a pris. Epaulé
par Christian Quermalet (de The Married Monk) et par le…surprenant
Marc " j'ai écouté l'intégrale de Sonic Youth et de Neu !
à quatre heures " Sens, Yann Tiersen mérite le respect dû
à un concert audacieux, courageux, nerveux, intense, éclectique
et étonnamment électrique. Le Breton prit à des multiples
reprises la guitare électrique en compagnie de ses musiciens
pour des versions krautorck voire punk de certaines de ses
compositions. Autre surprise, la part belle qui fut laissée
aux chansons, Tiersen se chargeant d'assurer les parties vocales,
et se lançant à ce propos dans un numéro de mimétisme avec
Dominique A., à la fois ahurissant et un peu gênant
tout de même ( " Les Bras de Mer ", " Monochrome ", et " Les
Jours Tristes " où Quermalet se chargeait quant à lui d'imiter
Neil Hannon). Tiersen fit aussi évidemment montre de son talent
pour l'exercice instrumental, impressionnant vraiment le public
par ses morceaux frénétiques au violon solo, au piano virtuose,
ou à l'accordéon (" Le Quartier ", " Sur le fil "). Malheureusement
pour Yann Tiersen, des problèmes de son, encore une fois très
irritants, raccourcirent le set ; ce problème étant le seul
vrai gros point noir de ce festival. Pris de remords, je me
dépêche pour voir la fin du concert de Lou Reed, accompagné
par un groupe bluesy-rock bedonnant et regrettable quand on
connaît le goût pour l'inconfort qu'a déployé durant toute
son existence le Velvet Underground. Affable pourtant, Lou
Reed, sans être mauvais, semble être en pilotage automatique,
massacrant au passage " Perfect Day " ,et faisant plaisir
au public en lui offrant pour finir un " Take a Walk on The
Wild Side " à la limite de la varièt'. A sauver cependant
(mais je ne l'ai pas vu), d'après certains, une magnifique
version minimaliste de " Venus In Furs " où Reed chante seul
avec un violoncelle entêtant. Au même moment, les quatre Anglaises
d'Electrelane entament un set tendu sur une des trois
scènes annexes, au cours duquel elles laissent une large place
aux morceaux de leur dernier album produit par Albini, " The
Power Out ". Jouant un rock à angles droits, comme la rencontre
de Joy Division et de Neu ! sur laquelle chanterait une PJ
Harvey hautaine, Electrelane réussit à faire passer sa musique
difficile dans un tel cadre, qui ne lui était pourtant pas
vraiment propice. A 1h30, c'est à tour des gentils petits
écoliers de Belle & Sebastian de s'emparer de la scène
verte, la principale, et livrant à cette occasion un spectacle
d'un niveau autrement supérieur à leur apparition en 2002.
Fort de leur meilleur album à ce jour " Dear Catastrophe Waitress
", les Ecossais montent sur scène, plein d'entrain et, surtout,
accompagnés d'une section de cordes et de cuivres. Il en ressort
une sincère fraîcheur et une impression globale de maîtrise
et de fluidité qui épargne à leur pop pastelle la gênante
odeur de gnangnan que leurs détracteurs ne se privent pas,
habituellement, de relever. Stuart Murdoch sautille partout,
prenant soin de répandre son humeur badine pendant une heure
et demie, allant même jusqu'à provoquer l'un des meilleurs
moments de ce festival : certainement aussi déçus que la foule
par l'absence de Morrissey, Murdoch entame une gentille taquinerie
à l'égard de " Sa Majesté qui n'a pas pu se libérer ", et
amène à ce propos à un très gros bouquet de pâquerettes sur
scène. Puis, le groupe entame la reprise, somptueuse, de "
The Boy With The Thorn On His Side " des Smiths, qu'ils enchaînent
malicieusement à leur " Boy With The Arab Strap ". Il est
3h, le public a encore des pâquerettes dans les yeux quand
déboule, droit dans ses Gucci, Bobby Gillespie et sa machine
de guerre : Primal Scream. A l'instar de Belle & Sebastian
(enfin, si l'on peut dire) , le groupe à Bobby arrive à Bénicassim
avec une forme bien meilleure qu'en 2002. Gillespie semble
en effet avoir changé de drogues depuis, et est littéralement
déchaîné, court de long en large, finit ses chansons à se
tortiller par-terre dans la position du fœtus, et prend les
poses les plus rock'n'rollesques possibles. Le groupe, ou
plutôt le super groupe, qu'est Primal Scream (Mani et Reni
ex-Stone Roses, Kevin Shields ex-My Bloody Valentine, et Duffy
ex-Felt) fait des ravages collatéraux à faire tomber en sanglots
Colin Powell. Primal Scream joue tout sur sa puissance dévastatrice,
et on lui en est gré .La set-list ressemble à la réunion des
points qui, à la fin, formerait un tank, les Ecossais ne jouant
que leurs compositions les plus guerrières : Accelerator,
City, Xtrmntr, l'indépassable Shoot Speed/Kill Light, l'énormissime
Swastika Eyes, le démentiel Kowalski auquel votre serviteur
doit son pseudonyme, l'éléphantesque Kill All Hippies. A noter
également, une nouvelle composition, " Suicide Sam ( ?) &
Johnny Guitar ", ainsi qu'une reprise à la dérobée, mais néanmoins
hilarante du " Rebel Rebel " de Bowie. Dodo.l.
suite...
Kowalski
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