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Les tribulations de Michel M au Printemps de Bourges 2005  
 


Jeudi 21 avril

Je débarque à Bourges vers 11h du matin, bien motivé pour en découdre avec le programme pantagruelique des trois jours de shows qui s'annoncent. Le Kangoo garé non loin du centre névralgique du festival, je passe récupérer le programme, et ainsi muni de ma carte verte (dont on reparlera…), je ne perds pas de temps et me dirige vers la Maison de la Culture où viennent de démarrer les Découvertes du jour…

Sold out, duo électro belge, ouvre le bal et m'en met plein la tête d'entrée. Avec un design projeté sur grand écran rappelant Death in Vegas ou encore le récent show des Chemical Brothers à Rock en Seine 2004, la chanteuse se déhanche frénétiquement, avec une légère maladresse attachante, en me répétant , jonglant avec deux micros dont un saturé, et à de nombreuses reprises " I dont want to have sex with you….at all ". Bon moi je n'avais rien demandé, j'étais là en gentleman ; mais je me disais que sur un malentendu, çà pourrait marcher, de le plus pur style de Jean Claude Duss, style que je traînerai comme un boulet pendant trois jours…. Il n'empêche que les ritournelles assez radicales du couple concentré rappellent Depeche Mode circa "Question of time " avec un angle sexy à la Peaches en moins provoc', ou encore un bon Kraftwerk bien sec ! J'enchaîne avec les Tokyo/Overtones. Ce groupe commence à se faire un nom et une bonne réputation dans les milieux autorisés et pourtant j'ai du mal à me laisser emporter par leur pop indé lorgnant vers du Radiohead. Le groupe a du mal à décoller en dépit des efforts déployés et des arrangements variés (allant des samples très björkiens au clavier vintage). Je trouve les mélodies un peu brouillon, mais il faut bien avouer que le tout est bien exécuté. Manque peut-être le petit grain de folie…

Le grain de folie qui ne manquait pas aux fabuleux The Domestics, dans une forme olympienne, muni de leur fan club d'inconditionnels avec T-shirts et tout… Le bassiste a la patate et en impose alors que le batteur aux mimiques improbables à la Lars Ulrich sous coke divertit le public, qui se délecte de leur rock poisseux mais très tendu dans lequel on sent les influences bien digérées d'un Ian Mac Kaye des débuts (Fugazi) et de Jon Spencer. Les riffs acérés font remuer les popotins et le spectacle est très fun !Enfin les Superdog offriront un pop rock plus British que British tu meurs, bien acidulé ambiance Supergrass sautillant mais relativement monolithique qui me perdra en route. Le set est bien en place et les gars ont du plaisir à jouer. Le frontman blondinet a poussé le look de poppeux mancunéen à son paroxysme, mais son chant et son jeu de scène appliqué est attachant. A suivre…

Bien chaud, je me dirige vers le Palais d'Auron avec la grosse soirée rock de la journée. Prohom offre une prestation très énergique et hyper carrée et balance entre autres son désormais bien connu " Et on oublie d'aimer ". Le public acquiesce et répond positivement à l'énergie brute déployée par le leader chauve bien musclé (ne vous méprenez pas…).Les inflexions trip hop rock indus sont mises en avant pour des originalités de mise en scène comme un long passage au cours duquel le bassiste et le guitariste offriront une belle performance de type Tambour du Bronx en accord avec le set tendu. Gros succès. Le trio écossais obscure Biffy Cliro enchaîne et là, c'est le drame ! L'avalanche de décibels est sans appel, radical à souhait. A mi-chemin entre Karaté, Slayer et Lightening Bolt (si, si). Un son très très abrasif, si bien qu'il en devient plutôt indigeste sur la longueur et çà fait du bien quand çà se termine, même si les gars n'étaient pas venus pour cueillir des cerises , mais pour envoyer le bois (salut Manu !). Après le mur du son en pleine face des chevelus buveurs de whisky , on a le droit au rock poisseux des Kills. J'avais déjà pu voir le duo il y a deux ans à Art Rock et la formule n'a pas changé, mais les samples et les sons de guitare à la Liars des nouveaux morceaux pimente le show lascif, sexuel, torride du couple V/V et Hotel. La guitare devient un symbole phallique malaxé jusqu'à ce que… Bref, un concert tendu là aussi, tout en sueur et en sécrétions….Et tout ceci nous mène à …. Luke ! Bon… Comment dire ? Il est vrai que je suis de facto hostile au personnage, de par les influences pour le coup peu digérées voire pompées qu'il ressert à un public de minettes en chaleur attendant la sortie de prison de son héros… Mais il faut bien avouer que Luke et son groupe offre un spectacle hyper rodé, power à souhait, très " placeboisant " dans son côté hymne pour stades de teenagers à pustules, le public en délire pogotte sur les tubes du dernier album ou sur une reprise maladroite de la Mano Negro, scandant " Je peux bien me passer de toi " sur trois accords punks un peu bêtifiants….Le point positif se situe au niveau des arrangements noise qui font passer la pilule, me rappelant les élans de Fugazi dans " Red Medicine " ;il paraît qu'ils sont fans de Sonic Youth, donc ils ne peuvent pas être foncièrement mauvais, ces gars-là !

Mais je dois m'éclipser avant la fin du concert de Luke car j'ai mieux à faire…En effet, super affiche ce soir au 22 Est et Ouest : la soirée pilotée par les indispensables Herman Düne ! Mais avant cela je passe par une des scènes extérieures pour découvrir la performance plutôt second degré de Bo essayant de toute ses forces de convertir un public de passants peu enclin à le suivre. Cependant, le test du public peu concerné passé avec brio, les Bo se font plaisir, le petit MC gigote dans tous les sens, le leader travaille son style et les ritournelles bidouillées remportent un bon succès bien mérité. A souligner qu'il arrive à dévergonder le public frileux avec un aventureux " Levez les mains ! ….ok !!….Et maintenant …montrez vos culs !!!! ". La blague étant qu'un homme mûr un peu saoul le fit vraiment…. Mmmmm.

Je me dirige donc - un peu sonné par cette vision pour le moins étonnante - vers le 22 ouest et c'est avec une invitée non prévue à l'affiche, Diane Cluck, petite protégée des grand frères siamois suédois et membre du collectif " Black and white skins " de l'impayable Spleen, que la soirée débute et l'apéro est une claque antifolk, une Nick Drake féminine abordant le live sans peur ni reproche, à l'ancienne. Trois titres comme çà et tout le monde, visiblement connaisseur en la matière, est conquis et en redemande… Croyez moi on entendra reparler de Diane Cluck dans très peu de temps. Une Chan Marshall qui saurait jouer de la guitare en finger picking à la Jim O'Rourke ne passera pas inaperçue ici très longtemps et on lui souhaite le même destin qu'à Feist. Et c'est bien naturellement que les Herman Düne prennent possession de la scène avec leur batteur Neman, et là c'est la grande classe, le top de l'antifolk vintage. Will Oldham doit baver en enviant leur style super décontracté qui dépasse aisément le maître. Malgré des looks à faire peur aux petites filles. Ce soir, c'est un long set de ballades venant tout droit des States d'une authenticité déconcertante, des amours déçues, des tromperies, des vengeances mis en musique soit en finesse soit avec une violence contenue dans les arrangements de guitare un peu noise, un peu foutraque, toujours pertinents, un jeu de batterie me rappelant- forcément - Steve Shelley sur le mythique " What would the community think ? ", le Neil Young des grands jours, les Silver Jews de compétition. Une performance habitée, magistrale qui me laisse pantois d'admiration.

Je continue de baver, cramponné à mon demi-fraise car les fabuleux Go Team, croisement hybride de Sonic Youth et d'une chanteuse black sous amphétamines de la grande époque Motown, me redonnent une pêche d'enfer. Les musiciens s'échangent leurs instruments avec allégresse et la mini Diana Ross a un sourire communicatif et une sévère expérience de la scène qui met tout le monde en joie ! Très grosse présence scénique de ce collectif British en devenir qui gagne à être connu. La soirée se termine donc forcément en demi-teinte avec une prestation mi-figue mi raisin (sec) de The National.

On imagine un mélange assez habile de Coldplay et de Explosions in the Sky, un peu mollasson, mais assez efficace et bien carré. Je suis finalement assez mitigé, le chanteur a du mal à être naturel, rongé par un stress et une personnalité introvertie. Les deux paires de frangins exécutent leurs arpèges précis avec finesse et la section rythmique englobe le tout avec talent, mais la sauce a du mal à prendre et le public reste un peu sur sa faim. Leur set aurait sûrement mieux fonctionné en début de soirée, mais le show reste honnête.

Je regagne le Kangoo pour une bonne nuitée. Les bras de Morphée m'accueillent au son des bluettes douces amères des Herman Düne qui m'ont passionnés ce soir. See you tomorrow ! .

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Michel M.

 

 

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