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Jeudi 21 avril
Je débarque à Bourges
vers 11h du matin, bien motivé pour en découdre avec le programme
pantagruelique des trois jours de shows qui s'annoncent. Le
Kangoo garé non loin du centre névralgique du festival, je
passe récupérer le programme, et ainsi muni de ma carte verte
(dont on reparlera…), je ne perds pas de temps et me dirige
vers la Maison de la Culture où viennent de démarrer les Découvertes
du jour…
Sold out,
duo électro belge, ouvre le bal et m'en met plein la tête
d'entrée. Avec un design projeté sur grand écran rappelant
Death in Vegas ou encore le récent show des Chemical Brothers
à Rock en Seine 2004, la chanteuse se déhanche frénétiquement,
avec une légère maladresse attachante, en me répétant , jonglant
avec deux micros dont un saturé, et à de nombreuses reprises
" I dont want to have sex with you….at all ". Bon moi je n'avais
rien demandé, j'étais là en gentleman ; mais je me disais
que sur un malentendu, çà pourrait marcher, de le plus pur
style de Jean Claude Duss, style que je traînerai comme un
boulet pendant trois jours…. Il n'empêche que les ritournelles
assez radicales du couple concentré rappellent Depeche Mode
circa "Question of time " avec un angle sexy à la Peaches
en moins provoc', ou encore un bon Kraftwerk bien sec ! J'enchaîne
avec les Tokyo/Overtones.
Ce groupe commence à se faire un nom et une bonne réputation
dans les milieux autorisés et pourtant j'ai du mal à me laisser
emporter par leur pop indé lorgnant vers du Radiohead. Le
groupe a du mal à décoller en dépit des efforts déployés et
des arrangements variés (allant des samples très björkiens
au clavier vintage). Je trouve les mélodies un peu brouillon,
mais il faut bien avouer que le tout est bien exécuté. Manque
peut-être le petit grain de folie…

Le grain de folie
qui ne manquait pas aux fabuleux The Domestics, dans
une forme olympienne, muni de leur fan club d'inconditionnels
avec T-shirts et tout… Le bassiste a la patate et en impose
alors que le batteur aux mimiques improbables à la Lars Ulrich
sous coke divertit le public, qui se délecte de leur rock
poisseux mais très tendu dans lequel on sent les influences
bien digérées d'un Ian Mac Kaye des débuts (Fugazi) et de
Jon Spencer. Les riffs acérés font remuer les popotins et
le spectacle est très fun !Enfin les Superdog offriront
un pop rock plus British que British tu meurs, bien acidulé
ambiance Supergrass sautillant mais relativement monolithique
qui me perdra en route. Le set est bien en place et les gars
ont du plaisir à jouer. Le frontman blondinet a poussé le
look de poppeux mancunéen à son paroxysme, mais son chant
et son jeu de scène appliqué est attachant. A suivre…
Bien chaud, je
me dirige vers le Palais d'Auron avec la grosse soirée rock
de la journée. Prohom offre une prestation très énergique
et hyper carrée et balance entre autres son désormais bien
connu " Et on oublie d'aimer ". Le public acquiesce et répond
positivement à l'énergie brute déployée par le leader chauve
bien musclé (ne vous méprenez pas…).Les inflexions trip hop
rock indus sont mises en avant pour des originalités de mise
en scène comme un long passage au cours duquel le bassiste
et le guitariste offriront une belle performance de type Tambour
du Bronx en accord avec le set tendu. Gros succès. Le trio
écossais obscure Biffy Cliro enchaîne et là, c'est
le drame ! L'avalanche de décibels est sans appel, radical
à souhait. A mi-chemin entre Karaté, Slayer et Lightening
Bolt (si, si). Un son très très abrasif, si bien qu'il en
devient plutôt indigeste sur la longueur et çà fait du bien
quand çà se termine, même si les gars n'étaient pas venus
pour cueillir des cerises , mais pour envoyer le bois (salut
Manu !). Après le mur du son en pleine face des chevelus buveurs
de whisky , on a le droit au rock poisseux des Kills.
J'avais déjà pu voir le duo il y a deux ans à Art Rock et
la formule n'a pas changé, mais les samples et les sons de
guitare à la Liars des nouveaux morceaux pimente le show lascif,
sexuel, torride du couple V/V et Hotel. La guitare devient
un symbole phallique malaxé jusqu'à ce que… Bref, un concert
tendu là aussi, tout en sueur et en sécrétions….Et tout ceci
nous mène à …. Luke ! Bon… Comment dire ? Il est vrai
que je suis de facto hostile au personnage, de par les influences
pour le coup peu digérées voire pompées qu'il ressert à un
public de minettes en chaleur attendant la sortie de prison
de son héros… Mais il faut bien avouer que Luke et son groupe
offre un spectacle hyper rodé, power à souhait, très " placeboisant
" dans son côté hymne pour stades de teenagers à pustules,
le public en délire pogotte sur les tubes du dernier album
ou sur une reprise maladroite de la Mano Negro, scandant "
Je peux bien me passer de toi " sur trois accords punks un
peu bêtifiants….Le point positif se situe au niveau des arrangements
noise qui font passer la pilule, me rappelant les élans de
Fugazi dans " Red Medicine " ;il paraît qu'ils sont fans de
Sonic Youth, donc ils ne peuvent pas être foncièrement mauvais,
ces gars-là !
Mais je dois m'éclipser
avant la fin du concert de Luke car j'ai mieux à faire…En
effet, super affiche ce soir au 22 Est et Ouest : la soirée
pilotée par les indispensables Herman Düne ! Mais avant
cela je passe par une des scènes extérieures pour découvrir
la performance plutôt second degré de Bo
essayant de toute ses forces de convertir un public de passants
peu enclin à le suivre. Cependant, le test du public peu concerné
passé avec brio, les Bo se font
plaisir, le petit MC gigote dans tous les sens, le leader
travaille son style et les ritournelles bidouillées remportent
un bon succès bien mérité. A souligner qu'il arrive à dévergonder
le public frileux avec un aventureux " Levez les mains ! ….ok
!!….Et maintenant …montrez vos culs !!!! ". La blague étant
qu'un homme mûr un peu saoul le fit vraiment…. Mmmmm.
Je me dirige donc
- un peu sonné par cette vision pour le moins étonnante -
vers le 22 ouest et c'est avec une invitée non prévue à l'affiche,
Diane Cluck, petite protégée des grand frères siamois
suédois et membre du collectif " Black and white skins " de
l'impayable Spleen, que la soirée débute et l'apéro est une
claque antifolk, une Nick Drake féminine abordant le live
sans peur ni reproche, à l'ancienne. Trois titres comme çà
et tout le monde, visiblement connaisseur en la matière, est
conquis et en redemande… Croyez moi on entendra reparler de
Diane Cluck dans très peu de temps. Une Chan Marshall
qui saurait jouer de la guitare en finger picking à la Jim
O'Rourke ne passera pas inaperçue ici très longtemps et on
lui souhaite le même destin qu'à Feist. Et c'est bien naturellement
que les Herman Düne prennent possession de la scène
avec leur batteur Neman, et là c'est la grande classe, le
top de l'antifolk vintage. Will Oldham doit baver en enviant
leur style super décontracté qui dépasse aisément le maître.
Malgré des looks à faire peur aux petites filles. Ce soir,
c'est un long set de ballades venant tout droit des States
d'une authenticité déconcertante, des amours déçues, des tromperies,
des vengeances mis en musique soit en finesse soit avec une
violence contenue dans les arrangements de guitare un peu
noise, un peu foutraque, toujours pertinents, un jeu de batterie
me rappelant- forcément - Steve Shelley sur le mythique "
What would the community think ? ", le Neil Young des grands
jours, les Silver Jews de compétition. Une performance habitée,
magistrale qui me laisse pantois d'admiration.

Je continue de
baver, cramponné à mon demi-fraise car les fabuleux Go
Team, croisement hybride de Sonic Youth et d'une chanteuse
black sous amphétamines de la grande époque Motown, me redonnent
une pêche d'enfer. Les musiciens s'échangent leurs instruments
avec allégresse et la mini Diana Ross a un sourire communicatif
et une sévère expérience de la scène qui met tout le monde
en joie ! Très grosse présence scénique de ce collectif British
en devenir qui gagne à être connu. La soirée se termine donc
forcément en demi-teinte avec une prestation mi-figue mi raisin
(sec) de The National.

On imagine un mélange
assez habile de Coldplay et de Explosions in the Sky, un peu
mollasson, mais assez efficace et bien carré. Je suis finalement
assez mitigé, le chanteur a du mal à être naturel, rongé par
un stress et une personnalité introvertie. Les deux paires
de frangins exécutent leurs arpèges précis avec finesse et
la section rythmique englobe le tout avec talent, mais la
sauce a du mal à prendre et le public reste un peu sur sa
faim. Leur set aurait sûrement mieux fonctionné en début de
soirée, mais le show reste honnête.
Je regagne le Kangoo
pour une bonne nuitée. Les bras de Morphée m'accueillent au
son des bluettes douces amères des Herman Düne qui m'ont passionnés
ce soir. See you tomorrow ! .
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Michel
M.
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