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Les tribulations de Michel M au Printemps de Bourges 2005  
 


Samedi 23 avril

Dernière journée à Bourges pour votre serviteur et çà commence par l'interview des Gomm, au complet et en grande forme qui nous racontent leurs débuts, leurs parcours et objectifs. Au programme : humilité, réalisme et déjà une bonne dose d'expérience pour nos rockeurs indé français les plus valeureux et authentiques du moment… Je me dirige ensuite vers la Maison de la Culture pour une nouvelle série de découvertes, dont je suis particulièrement friand. Aujourd'hui, trois personnalités bien singulières et attachantes : Valhère, Anaïs et Usmar. Cupidon me suit à la trace et je tombe amoureux une nouvelle fois. Aujourd'hui, point de provoc', mais un charme fou chez Valhère. La formule épurée est celle du duo guitare acoustique /voix + violoncelle. Le registre est celui de la chanson inspirée un peu surréaliste. Attention artiste lettrée avec un amoncellement de métaphores et autres allégories qui servent des musiques simples mais subtiles et un brin de voix qui vous donne la chair de poule instantanément. La poésie douce amère de la miss me fait craquer et je tente, en pensant à vous chers lecteurs adorés, une interview à la sauvette de mon coup de coeur…. Peu après le concert qui remporte un franc succès de la part d'un public conquis, moi et la miss papillon - référence à sa jolie robe faite main - nous isolons dans un recoin tranquille (çà s'annonce bien, le manager est occupé !). La jolie blonde se raconte avec pudeur dans une jolie entrevue, bientôt dans vos colonnes favorites. Aaah, qu'on est bien ensemble….et c'est à regret que je dois m'éclipser. Des larmes, toujours des larmes, mais c'est à présent le concert d'Anaïs, qui démarre et c'est seule qu'elle affronte un public nombreux dans la grand salle de la Hune. On pense immédiatement à Linda Lemay, euh, mais en bien ….. et en (vraiment) drôle…Elle utilise une pédale de sampling en direct sur sa voix et sa guitare acoustique pour créer ses propres motifs. Plus qu'un instrument , c'est un univers virtuel qu'elle crée grâce au stratagème ingénieux, utilisé de manière ultra pertinente. On rit aux éclats lorsqu'elle mélange habilement fragilité et burlesque en nous parlant du rapport de la mère à l'enfant et on rigole à nouveau lorsqu'elle se livre à un a capella d'enfer, critique acerbe du monde du r'n'b NRJ, que le public apprécie énormément. C'est drôle, vraiment… et tendre à la fois. Décapant et charmant. L'ambiance se fait plus intimiste avec Usman, en formation duo guitare/voix + machines. Un songwriting electro un peu timide et une ambiance très sombre qui glace un peu. Des histoires de déménagement et d'existentialisme. Les textes réalistes, mais imagés, sont chantés sur un ton monocorde et les guitares jazzy agrémentent les programmations, une fois n'est pas coutume (ou si, justement) très Björk ou Archive. Il manque un grain d'originalité à la mise en scène pour emporter le public qui, respectueux de la prestation honnête, offre un bon accueil au jeune homme du Nord…

Il est temps de me diriger vers le Palais d'Auron pour assister à l'affiche du jour : Gomm, Bloc Party et Interpol.

Les sympathiques et non moins radicaux Gomm ont pour objectif de chauffer la salle pour les rockeurs British en tête d'affiche. De nombreux fans au premier rang arborent la panoplie : chemise noire et cravate bordeaux. C'est dans ces costumes bien classes que les quatre rockeurs (trois gars /une fille et de nombreuses possibilités) font remuer les p'tits culs (désolé) et taper du pied en rythme. J'apprécie particulièrement un titre comme " into perfection " qui me rappelle les meilleurs morceaux de " Goo " (Sonic Youth) ; à d'autres moments on se situe plus du côté d'un rock répétitif à la Can gonflé au Fugazi ou Blonde Redhead de l'album rouge. Noisy pop à souhait, c'est frais, c'est parfait. Il est déjà temps de retrouver les Bloc Party, de la hype en veux-tu en voilà, tout le monde scrute du regard l'arrivée du Robert Smith black et de ses compères.

Bon… alors ? Sur scène, çà donne quoi ? C'est bien curieux que je découvre le set des esthètes de la pop indé…Mais je suis déçu. Et je savais que j'allais être déçu. J'avais en effet comme tout le monde bien accroché à la collection de singles qui avaient précédée l'album cet hiver. Et puis ce " Silent alarm " s'était avéré prémonitoire : un alarme silencieuse, comme pour beaucoup de bruit pour rien. On aurait pu rebaptisé cet album " Much ado about nothing ", au diapason de leur prestation scénique, tout à fait correcte, mais tellement classique, au mieux on verse dans la Placebo du début, un peu angulaire et sexy ; au pire c'est du mauvais Blur indigeste et brouillon. Le public, prêt à avaler n'importe quoi pourvu que çà figure dans la playlist de Magic ! juste avant Kylie M. (oui c'est ma sœur…), s'extasie devant les galipettes des 4 rosbeefs. A peine deux titres de leurs singles sont joués ce soir et le côté fâde et superficiel du reste du set me pousse à me demander s'il n'avaient pas en fait fait appel au nègre de Sullitzer pour leur écrire les énormes " Banquet " ou " Tulips "… A confirmer donc sur la longueur, mais je reste perplexe. Bon. Pour Interpol, je n'attendais pas grand chose et j'ai obtenu… pas grand chose ! En effet, je m'ennuie fermement devant ces Cure de pacotille. Tous le morceaux sont joués sur le même tempo, avec une voix monotone, voire atonale, (voire fausse) et les comparaisons font parfois bien mal. Il est clair que les morceaux sont bien en place et que , sur le forme, l'ensemble reste bien exécuté mais, si le second guitariste s'évertue à tenter de rehausser la pression, c'est en vain. Il est clair que le battage médiatique n'achète pas une aura et que ce " spectacle ", qui sonne curieusement différemment de l'album, me semble " fâde ", voire daté. N'est pas Joy Division qui veut et les Interpol me transportent…..

… directement vers la sortie de la salle aux deux-tiers de leur set. Au même moment, la sublimissime Keren Ann joue à la Hune. Alors, que fais-je entre deux stands de merguez-frites ? Je vous le donne en mille. Le spectacle est archi complet. " Les cartes vertes ne rentrent pas ". C'est donc en traînant ma poisse lamentable que je m'en vais tester l'ambiance du gigantesque Phenix. Ce soir, c'est cadeau. TTC (miam), LCD Soundsystem (yeah), Mass Hysteria (ooch) et Asian Dub Foundation (aïe) font vibrer l'énorme chapiteau. On me rapporte que les filles en folie n'ont vu que du feu aux lyrics misogynes des " batards sensibles " et que ces derniers ont invité une trentaine de " Kevina " à bouger leur body sur la scène. Il paraît que çà valait le détour. Il se dit également que le LCD soundsystem a offert une belle prestation groovy à souhait et que les Mass Hysteria ont tout dégommé sur leur passage ; moi j'ai eu le droit à dix minutes d'éclatement de tympans grâce aux bourratifs Asian Dub Foundation, très en verve devant la masse de teenagers en baggy/casquette. Très peu pour moi car j'ai mieux dans ma besace. En effet, en remontant vers la scène gratuite " Région Centre ", on trouve les excellents français de Poney Club .

Voilà un très bon groupe français, très singulier et talentueux, à mettre en avant et à découvrir absolument. Récemment signé chez Noise Digger, ces dignes héritiers de Tortoise, Berg Sans Nipple ou Rachel's livrent un set émouvant, ponctué par de sublimes projections abstraites sur grand écran et par les danses tribales et sensibles d'une jeune danseuse possédée, habitée. Le batteur est tout particulièrement talentueux et me rappelle John Mc Entire, dans son approche très Chicago, du groove répétitif et subtil tandis que le guitariste, précis, distille des arpèges complexes lorgnant parfois vers du Derek Bailey ou Gastr Del Sol. Et c'est Français, monsieur !

Il ne me reste plus qu'à regagner une dernière fois le 22 pour une soirée prometteuse.

Le Sayag Jazz Machine ouvre le bal. Je suis tout ouï, je ne connais pas et c'est tout simplement extraordinaire.

Peu adepte des mélanges et autres " fusions ", je découvre néanmoins ici des musiciens chevronnés, non loin de l'esprit de nos Bumcello dans l'approche respectueuse et originale des sonorités, qui déroulent un live qui synchronise visuel (projections/V.J) et sons à la perfection. Un tourbillon hyper stimulant de jazz, de bossa, de hip hop, jungle et autres drum'n'bass avec un contrebassiste absolument phénoménal, utilisant toutes les possibilités de son instrument via des effets qui vont jusqu'à des saturations supersoniques du meilleur effet. Enorme succès. Parfait.

Boom Bip enchaîne et petite déception. J'apprécie beaucoup sur disque, mais en live, la magie opère plus difficilement Il faut dire que tout est joué live ce soir et que l'exercice est périlleux. Sorte de hip hop subliminal, un peu post-rock dans l'esprit, l'artiste de collectif Clouddead, se donne une contenance expérimentale, mais arrive difficilement à me faire décoller. Là aussi, il eut été intéressant de placer Boom Bip avant les étonnants Sayag Jazz Machine car tout est relatif. Le set est de qualité, mais l'énergie insufflée au public par ces derniers retombe un peu. Les visuels projetés sont cependant de toute beauté et on retrouve l'esthétique liquide des pochettes de chez LEX et les musiciens assurent. C'est Prefuse 73 dont je ne suis pas très fan qui clôture la soirée pour moi. Autant j'arrive à trouver le salut sur disque avec quelques morceaux proches du " Endtroducing " de DJ Shadow, autant ce soir Scott Herren et son équipe offrent une performance très " décousue " et indigeste. Même les amateurs semblent un peu déçus. Un manque de simplicité et aucune communication avec le public ; caché derrière ses 12 platines et autres machines (sont-elles branchées ?), Prefuse semble se débattre pour faire sonner sa petite cuisine electronica difficile à avaler.

Mais qu'importe, j'aurai vécu un super festival ; pléthore de concerts, des rencontres étonnantes avec des artistes de qualité, dans un cadre agréable. A souligner l'organisation sans faille du festival, chaque concert à l'heure, aucune déprogrammation.

Mes coups de cœur ? Valhère, Gomm, les Domestics, Busdriver, Vive la Fête, Herman Düne, Diane Cluck et the Go team !

Le valeureux Kangoo me ramène sain et sauf à la maison, la tête pleine de souvenirs, de bons moments. Merci à l'organisation du Printemps et, surtout aux artistes et à leur générosité… A l'année prochaine ! .

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Michel M.

 

 

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