| |
Au cours d'une
édition récente du Fou Du Roi, la romancière Annie Duperey
relatait avec émotions sa participation malheureuse à une
émission littéraire du câble présentée comme non-complaisante.
Elle y expliquait comment, dans les dernières minutes de l'émission,
elle avait subi les assauts répétés de deux chroniqueuses.
L'une d'elle, notamment, semblait avoir laissé entendre que
le livre duquel elle venait faire la promotion, " faisait
honte à sa bibliothèque ". Les propos demanderaient à se voir
éclaircis mais tout laisse à penser que la charge manquait
de finesse. En réaction, Guy Carlier précisa ce qui, pour
lui, entrait dans les attributions d'un chroniqueur : en l'espèce,
susciter le goût de la lecture, pour tous et le plus simplement
possible. Il ajouta que réaliser des émissions littéraires
qui présenteraient des livres qui ne s'adresseraient qu'à
un public d'initiés dont émaneraient les chroniqueurs eux-mêmes,
n'offrirait aucun intérêt… A la suite de cette émission, une
équation s'impose à moi : Embrace est l'Annie Duperey de la
musique pop. Entendez que le groupe attire à la musique qui
nous est chère des milliers d'auditeurs qui ne lui auraient
offert qu'une oreille (au mieux) distraite ou s'en seraient
totalement détournés. En ce sens, considérer Out Of Nothing
en se pinçant le nez ou en l'extrayant de sa discothèque par
suite d'un jugement hâtif et par peur que nos amis à favoris
soigneusement entretenus et à lunettes Top Gun garants de
notre " indie crédibilité " ne tombent dessus, tiendrait sans
doute de la connerie. Ce quatrième disque des frères McNamara
reste un pur produit de la défunte scène, osons le mot, Britpop.
Cette spécificité britannique a enfanté son lot de bonnes
(Supergrass, à mon sens) ou (beaucoup) moins bonnes formations
(Cast, à mon sens également). Elle a en outre enrichi les
disquaires qui se sont vus délestés de quelques disques des
Kinks, des Jam ou des Who…par ceux-là même qui leur demandaient
avec frénésie la date de sortie du dernier 2 Unlimited quelques
semaines auparavant. Embrace suscite donc l'envie d'écouter
de la musique et ADA relaie cette envie… Alors bien sûr, Embrace
n'invente pas le fil à couper l'eau tiède. Mais il s'applique
à la manière d'un étudiant lettré à offrir un patchwork joliment
troussé de sa culture musicale toute britannique. Ceux qui
abhorrent les ballades hymniques piano/voix/choeur/cordes
et final à guitares saturées (le single " Gravity " composé
par Coldplay (Gérald je fais encore partie de la rédaction
?) ou encore " A Glorious Day ", le même titre en moins bien)
glisseront vers des titres plus immédiatement enthousiasmants
(" Ashes ", " Keeping " sans doute). Embrace remporte la mise
sur son territoire et joue pour les stades, cela suffira sans
doute, en France, pour que certains continuent de les ignorer
superbement. Ils pousseront alors du bout du pied cet album
qu'ils jugeront sans doute souillé par ce qu'ils considèrent
comme la fange mainstream. Qu'il en soit parmi vous qui s'empresse
de récupérer l'objet : votre petit frère souhaitera sans doute
débuter en confiance son apprentissage pop sans s'enfiler
toute votre discothèque…
Benjamin
|
|