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Deux ans après
Soft Spot, Clem Snide -conduit part l'omnipotent Eef Barzelay-
accouche de son cinquième effort au titre pas poilant, End
Of Love. Le groupe emprunte son nom à ce personnage du Festin
Nu de W. Burroughs, une évocation barrée d'un parcours psychotrope
: sujétion, délivrance, rechute. A de fondamentaux points
près -ici l'expérience n'engendre ni altération physique ni
délitement psychique- l'auditeur d'End Of Love mène une expérience
pourtant identiquement rythmée.
La dépendance
s'opère ainsi dès la première écoute. Impossible en effet
de ne pas céder face aux avances alt-country ou folko- popisantes
des compositions savamment calibrées de Barzelay. Placé en
ouverture, le titre éponyme " End Of Love " s'avance comme
une entrée en matière idéale : la première partie du morceau,
toutes guitares et section rythmique en avant, saisit l'auditeur
par la main pour une course lumineuse à travers des paysages
faulkneriens (épithète pompé au dictionnaire Inrocks, pardon
!) avant de lui imposer le repos durant les quelques dernières
deux minutes de ballade épique qui concluent le morceau. Saisissant
d'élégance. " Fill Me With Your Light ", un peu plus loin,
s'apparente à une réplique country-pop du titre introductif.
Sans doute l'une des grandes réussites de l'album avec " When
We Become ", magistrale ballade folk sur laquelle la voix
harmonieusement nasillarde de Barzelay se voit secondée par
un timbre féminin qui magnifie un morceau aux paroles pourtant
amères.
Ce talent de narrateur
de Barzelay concourt d'ailleurs à notre sujétion. A la manière
d'un Dylan, le leader de Clem Snide peint un univers emprunt
d'humour quoique grinçant, porteur d'une réalité universelle
quoique profondément surréaliste. Le titre " Jews For Jesus
Blues " par exemple évoque l'abandon par le narrateur de sa
judéité au profit d'une foi chrétienne neuve ; les paroles
amusent : " I opened my heart and I let Jesus in / With the
promise that I would be free of my sins/ But I only felt guilty
that he died on the cross " mais conduisent à un refrain qui
efface lui tout sourire : " Now that I'm found/ I miss being
lost "…
La délivrance
succède malgré tout à la dépendance. A force d'écoutes, la
puissance psychotrope musicale d'End Of Love s'estompe un
peu et la descente s'amorce. Quelques titres révèlent ainsi
leur faiblesse (relative). " God Answers Back ", un morceau
qui suffirait pourtant à combler le moindre dealer de shit
sonore, s'englue dans son formalisme et les chœurs tongue
in cheek de " Something Beautiful " plombent un morceau pourtant
plaisant.
En dépit de cela,
" Made For TV Movie " exercice de folk dépouillé traversé
par la voix d'une jeune enfant -un peu à la manière d' " All
About Eve " des trop méconnus Old Mountain Station- conduit
à une inéluctable issue, la rechute. Difficile en effet de
résister bien longtemps à un disque qui, quoique imparfait,
conjugue la classe d'un Lambchop (Mark Nevers produit d'ailleurs
End Of Love) au cynisme savoureux d'un American Music Club
.
Benjamin
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