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Dans son documentaire
Mondovino le cinéaste-œnologue amateur Jonathan Nossiter,
met en scène un personnage au charisme insondable, Hubert
de Montille, producteur bourguignon doté d'une vision bivalente
du vin. Il existerait, selon son expression, les " vins putes
", qui délivrent un goût plaisant dans l'instant mais qui
déçoivent après quelques minutes, par opposition à d'autres
plus " longs en bouche " qui, moins immédiats, ne cèdent pourtant
jamais de leur qualité à l'egrenage des secondes. Si l'on
filait la métaphore, on placerait sans conteste l'album des
Grands-Bretons érudits de Hot Chip, Coming On Strong sorti
sur Kitsuné, dans la deuxième catégorie. Leur vin semble en
effet tiré d'un fût où dort un picrate issu des plus grands
cépages ; la première lampée cependant ne provoquera pas l'affolement
joyeux des sens tant l'esprit peine à déterminer l'origine
du nectar. C'est que nos amis syncrétisent. A l'instar des
têtes d'affiche de l'année passée, d'un TV On The Radio qui
vous claque à la gueule à un Animal Collective qui vous claque
les neurones, Hot Chip choisit de ne pas choisir, amalgamant
l'essence de chacun des disques qui se relayèrent jadis à
son chevet. La première écoute peut donc laisser perplexe
: les beats finauds pas Normal datés au carbone 14 se livrent
à un mélangisme débridé et copulent avec des guitares pop
et des synthés à l'hygiène douteuse. La langue engourdie on
hésite donc à s'en jeter un deuxième, pas prêts qu'on est
à se choper à nouveau la chtouille. On aurait tort. Augmentons
l'oxygénation dans les cuves et montons le son. Coming On
Strong ne laisse pas alors de délivrer son parfum. La cave
grande ouverte, on saisit d'une main une bouteille de " The
Beach Party " et ses synthés gonflés à l'hélium, pendant qu'on
planque un " Crap Kraft Dinner " dans un coin de sa veste
et pour une consommation en solitaire-un dîner aux chandelles
pour couvert unique. La soirée bien entamée on tentera de
raisonner notre esprit embrumé afin qu'il nous interdise de
monopoliser la piste de danse et de chercher querelle à tous
sur un " Down With Prince ", hommage et exercice de style
belliqueux (l'auteur y règle ses comptes avec tous les groupes
qui se réclament de l'Artiste). Quoiqu'il arrive on rentrera
seul, seulement accompagné des notes aquatiques et joliment
dissonantes de " Shining Escalade " pour se finir à la main,
convaincu de n'être - ainsi que le chante le très albarnien
Alexis Taylor - qu'un " simple man " (" Baby Said "). Demain
on ressort ce grand cru qui ne ressemble à rien de connu et
on se remet ça. Quand le vin est tiré…
Benjamin
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