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Festval des Inrocks - Lille 2004  
 

Lille, L'Aéronef, samedi 6 novembre 2004.

Dans l'attente d'éléments qui me permettraient de rester convaincu que cette dix-septième édition du Festival des Inrocks se hisserait à la hauteur de celles qui mirent en lumière, au hasard Pulp, je me présentai devant les grilles de l'Aéronef, circonspect à l'idée de suivre cette deuxième soirée.

D'éléments il fut question. Mais à charge. Passons sur ce que l'on qualifiera d'habitude (à en croire la chronologie de ce même festival dans la capitale ou d'autres villes de Province (cf. : l'épisode Soulwax à Paris)) du festival des Inrocks : l'entame de concert bien avant l'heure dite.

Un tel empressement nous interdit de goûter pleinement le set d'Automato, de moi inconnu mais dont ADA s'est déjà fait l'écho. Dans un mouvement d'euphorie mal contrôlée et au risque de me voir pointer du doigt par d'autres festivaliers appelés par le bar et habillés de T-Shirt The Killers, j'évoquerais ce groupe comme la meilleure performance de cette édition lilloise. Durant un set maîtrisé, Automato nous offrit le meilleur de la rencontre entre rap et électro circa les années 1990. Et nous rappela, comme l'écrit GDO, que l'inconscient se fourvoyait en claironnant la mort du genre. Dommage pour Elle qui devra modifier la une de sa page culture. Le magazine se rattrapera sans doute en annonçant la conquête programmée de l'Hexagone par les Irlandais de Snow Patrol.

Ces derniers ont en effet pour eux une morgue, un désir évident de jouer et de se produire live, domaine dans lesquels ils semblent exceller, et… l'aplomb (dénué d'arrogance) de ceux qui ont vendu les exemplaires de leurs précédents efforts par camions entiers au Royaume-Uni. Durant le premier tiers du concert je me laissais convaincre par la certitude que le groupe allait nous refaire le coup de Travis à la Route du Rock 2003, c'est-à-dire de se nourrir des quolibets prématurés des autoproclamés gardiens du temple de la cause indie (" Quoi Travis ? Attends même ma petite sœur elle est passée à aut'chose mec ! Viens on va s'écouter le dernier Liars… "), pour mieux délivrer un set emprunt de rage et de désir d'en découdre qui finit par convaincre le dernier des réticents. Cette certitude m'abandonna après quelques vingt-minutes. L'entrée en matière constituée de morceaux de leur dernier opus The Final Straw, donnait à découvrir un groupe heureux de jouer et prêt à offrir tout et tout de suite. Seulement voilà, l'offrande gratuite tourna rapidement au racolage actif et la musique en démonstration pompière. Dommage.

Dommage aussi que ma volonté neuve de me forger un amour sans borne pour les trublions de Bloc Party ne se fane à l'issue de leur prestation. Forts de trois excellents EP (mais que leur restera-t-il à placer dans leur album ?) et de tubes indéniables (Banquet, Little Thoughts, New Dephts…), le next big thing s'avance sur scène habité du désir de prouver que sa réputation n'est pas usurpée et…. Et rien. Le charisme insondable du chanteur qui transpire nettement à l'écoute de leurs oeuvres studio, s'efface pour laisser place à celui du post-adolescent qu'il est, tiraillé entre l'envie d'envoyer chier un public pas tout à fait familier de leur musique et qui, ainsi, ne répond que partiellement aux œillades pourtant imparables du combo, et le désir plus ou moins net de poser le pied sur un sol à conquérir, la France. Les morceaux s'enchaînent, efficaces mais désincarnés, et chanteur et guitariste s'emmurent dans la démonstration d'amitié qui les lient pour mieux occulter la réalité d'un jour sans. On ne les blâmera pas et on attendra avec compassion les dates françaises à venir. Comment en effet, porter un jugement hâtif sur un jeune groupe qui expérimente tournées épuisantes, interviews marathon et hostilité sourde de ceux qui " les attendent au tournant " ?

Autant d'affres que connurent sans doute les minets de Kings of Leon et qui les poussèrent sans doute à sortir trop rapidement un deuxième album qui ne dit pas plus que ce que disait le précédent. Nouvelles coupes de cheveux, joues désormais glabres et son impeccable, ils s'avancent et balancent l'essentiel de Aha Shake Heartbreak et de Youth and Young Manhood. Tout est huilé, efficace et joué vite. La voix singulière de Caleb Followill convainc. Mais…on se fait chier. Et on abandonne à leur sort, ce groupe rompu à l'exercice de la scène.

Comme on abandonne l'idée de revenir l'année prochaine ou du moins on essaie. La programmation reste impeccable et l'idée de décentraliser le festival une preuve flagrante d'ouverture d'esprit. Mais le contenu manquait. L'année prochaine le festival atteindra la majorité. On sera là quand même pour s'assurer qu'il devienne un adulte respectable… .

Benjamin

 

 

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