Rodrigo Cardoso
est le fondateur du label portugais Bor Land. En moins de
cinq ans, ce label s'est affirmé comme l'un sinon LE label
le plus important de la scéne indie portugaise. Le responsable
de la découverte de Old Jerusalem (chroniqué par deux fois
en ces pages) a accepté de répondre aux questions d'ADA.
ADA : Avant
tout présente toi et présente nous Bor Land.
Rod : Rodrigo
Cardoso né le 29 Juin 1979. Producteur, éditeur et musicien
au sein des Alla Polacca. Bor Land est un label musical
fondé en 2001 avec pour objectif de créer une plateforme
à la création et production de musique de qualité. Une petite
structure hyperactive qui a commencé à susciter l'intérêt
du milieu musical grâce à la forme et à la présentation
de ses productions. Le label a ainsi acquis une place de
choix en grandissant de façon consciente et régulière.
ADA : Explique
nous comment est venu l'idée de monter un label et quelles
ont été les difficultés rencontrées ?
Rod : C'est
d'abord lié à mon plaisir d'écouter de la musique. Cela
passe avant tout. À cela il faut ajouter une passion pour
les éditions discographiques, la production musicale et
l'envie de montrer aux autres la musique que j'aime. Les
principales difficultés rencontrées concernent les personnes,
d'une part je ne connaissais personne dans le milieu (mais
vraiment personne) et d'autre part certaines avaient tendance
à ne pas vouloir partager leurs idées. Par la suite d'autres
problèmes sont apparus quand il a fallu contacter différentes
entités liées aux processus de création, production et promotion.
Ici personne ne s'intéresse vraiment à ce qui se passe autour
de soi tant qu'il n'y a pas de grandes affiches et de la
publicité partout.

ADA : Comment
s'est constitué le catalogue ?
Rod : Tout
a commencé avec la sortie de compilations (NDLR : Looking
For Something, Your Imagination et Looking For Stars) la
première édition propre étant l'album "April" de Old Jerusalem.
Ensuite tout est allé très vite, nous ont rejoint In Her
Space, Alla Polacca, Sofa Guitar, Bildmeister, Ölga, Norton....jusqu'à
obtenir le catalogue que nous avons aujourd'hui, constitué
de vingt-trois albums et onze artistes.
ADA : Avais-tu
défini une ligne de conduite quant aux groupes que tu irais
signer chez Bor Land ?
Rod : Au départ,
l'estéthique définie était plutôt associer à la musique
indie et alternative, par la suite nous nous sommes ouverts
à d'autres styles comme l'électronique, le post-rock, ....
ADA : Les
artistes viennent donc d'horizons très différents ?
Rod : Oui,
on va du folk au post-rock en passant par l'électronique.
Nous étions très proches des sons alternatifs mais cette
année nous avons pris le risque de toucher à la musique
expérimentale et à l'électro-acoustique.
ADA : Tu
t'attendais à avoir d'aussi bons retours de la part du public
et de la presse ?
Rod : Je
n'y ai jamais vraiment pensé. De ces retours je ne connais
que très peu de leurs auteurs, avec d'autres nous avons
établi d'excellentes relations mais je crois que c'est dû
en grande partie à notre façon de travailler et à la présentation
de nos productions. Mais bien évidemment nous sommes très
satisfaits de ces retours.
ADA : Et dans
le cas Old Jerusalem ? Vous vous attendiez à un tel succés
?
Rod : On ne
s'y attendait pas. On ne sait jamais vraiment ce qui va
se passer. Mais avec un bon disque, il est bien plus simple
de toucher le public et d'obtenir une certaine reconnaissance.
La vérité est que dans le cas de Old Jerusalem, les deux
disques étant excellents, cela se refléte dans la façon
dont ils ont été reçus.
ADA : Maintenant
que le Portugal est "conquis", l'objectif est l'international
?
Rod : Sans
aucun doute. Mais c'est encore un grand pas. En prenant
en compte le fait que presque toutes les éditions aient
un tirage de mille copies, il est difficile de penser tout
de suite à passer à une plus grande échelle. Cette année
nous allons beaucoup investir auprés de promoteurs, distributeurs
et presse, en fonction des résultats nous déciderons quels
chemins emprunter.

ADA : Te
sens-tu affecter par le problème "peer to peer" ou au contraire
est-ce un bon moyen de promouvoir les disques ?
Rod : Absolument
pas. Vu l'investissement et le nombre de tirage par édition,
je ne peux voir qu'avec de bons yeux ces programmes de partage.
C'est un bon moyen de communication. Je les utilise, je
ne vais donc pas critiquer ceux qui l'utilisent aussi. Et
le feedback n'est que plus important.
ADA : Le fait
de faire de chaque édition un objet avec un visuel graphique
élaboré et pas "seulement" un disque est une façon de combattre
le piratage ?
Rod : Tout
à fait, ce sont ces détails qui, avec la musique, font que
la personne voudra l'original et pas simplement une copie.
C'est une attention particulière que nous donnons à la présentation
de nos "produits". Nous utilisons toujours des packagings
originaux et peu fréquents en ayant recours aux travaux
d'artistes, de photographes ou de designers. Le langage
artistique recherché commence à se créer et nous avons remarquer
que les personnes y font attention.
ADA : Deux
albums très attendus viennent de sortir (Old Jerusalem et
Sofa Guitar). Comment se passe leur promotion ?
Rod : Vraiment
trés bien, nous avons beaucoup travaillé sur ces deux éditions
et j'espère que tout le temps investi sera récompensé. Ce
sont deux disques très forts, Old Jerusalem par ses incroyables
chansons et Sofa Guitar pour ses mutations constantes. Nous
avons déjà un grand nombre de dates de concerts et les disques
ont obtenu d'excellentes critiques dans la presse.
ADA : Vous
avez ressenti une pression particulière lors de la préparation
de "Twice The Humbling Sun" ?
Rod : Une
pression relative...Nous ne sentons pas vraiment de pression
lorsque nous produisons nos disques mais si l'on tient compte
des bons résultats obtenus par "April" il est normal qu'une
pression particulière vienne s'ajouter (que Old Jerusalem
doit sûrement sentir plus que nous).
ADA : Quelles
sont les prochaines sorties du label ?
Rod : Complicado
(NDLR : album "Hunted" le 13 Mai) puis les projets Most
People Have Been Trained To Be Bored, Carlos Bica, München
et une compilation pour fêter les cinq ans du label.

ADA : Qu'as-tu
écouté ces derniers mois ?
Rod : Des
tas de choses mais je retiendrai Animal Collective, Bright
Eyes, Kid Dakota, John Zorn, John Fahey...
ADA : Imagine
maintenant que tu es à la tête d'un énorme label international,
qui aimerais-tu signer ?
Rod : Tellement
de choses que je ne saurais pas par où commencer. Jim O'Rourke
serait toutefois une excellente option !!
ADA : Quel
est le futur de Bor Land ?
Rod : Aucune
idée. Mais j'éspère qu'il apportera toujours du son, de
préférence du son frais.
ADA : D'ailleurs
pourquoi Bor Land ?
Rod : C'est
un nom sans réelle signification qui a plus à voir avec
sa sonorité et son visuel graphique. C'est presque un concept
Kodak.
ADA : Un dernier
mot pour les lecteurs ?
Rod : Qu'ils
visitent le site, y téléchargent des mp3 et achètent quelques
disques !! www.bor-land.com !!!