ADA
:D'où venez-vous anglophiles convaincus (même votre bio)
!! ?
Toma :On vient quasiment tous de Normandie, de Caen, excepté
Vincent qui vient de Saint Denis-93. On trouvait que ça
faisait trop gentil un groupe composé que de Normands.
Maintenant, moi (Toma) et Vincent sommes installés sur
Paris et David et Claire sont restés sur Caen.

ADA : Comment vous est venu ce patronyme ?
Toma: C'est un phénomène assez étrange. Nous nous sommes
mis à penser. Mais au fait qu'est-ce que penser ?? Par
le mot penser, j'entends tout ce qui se fait en nous de
telle sorte que nous l'apercevons immédiatement par nous-mêmes;
c'est pourquoi non seulement entendre, vouloir, imaginer,
mais aussi sentir, est la même chose ici que penser. Car
si je dis que je vois ou que je marche, et que j'infère
de là que je suis; si j'entends parler de l'action qui
se fait avec mes yeux ou avec mes jambes, cette conclusion
n'est pas tellement infaillible, que je n'aie quelque
sujet d'en douter, à cause qu'il se peut faire que je
pense voir ou marcher, encore que je n'ouvre point les
yeux et que je ne bouge de ma place; car cela m'arrive
quelquefois en dormant, et le même pourrait peut-être
arriver si je n'avais point de corps; au lieu que si j'entends
parler seulement de l'action de ma pensée ou du sentiment,
c'est-à-dire de la connaissance qui est en moi, qui fait
qu'il me semble que je vois ou que je marche, cette même
conclusion est si absolument vraie que je n'en puis douter,
à cause qu'elle se rapporte à l'âme, qui seule a la faculté
de sentir ou bien de penser en quelque autre façon que
ce soit. Enfin voilà quoi. Ca nous est tombé dessus comme
ça Paf ! Cornflakes Heroes. On a trouvé ça marrant. Ca
sonnait bien, c'est aussi débile que nous et chacun peut
trouver une signification différente. Nickel quoi !!
ADA: Off with your heads ! Est votre première référence
discographique. Etrange d'être passé directement par un
LP sans passer par la case EP ?
Toma : Je sais pas si y a vraiment un ordre à suivre.
Nous ne nous sommes jamais posé cette question (à ce que
je me souvienne ??!!). On avait pas mal de titres en stock.
On a donc fait un 1er choix parmi tous ces morceaux pour
l'enregistrement. On a enregistré 13 morceaux et on en
a encore viré un qui ne sonnait pas aussi bien que les
autres et ne collait pas trop avec le reste du disque.
Ca faisait 12 morceaux. Enregistrons un LP !!
ADA : Quelles étaient vos références ?
Toma : Nos références viennent surtout de la musique anglophone,
surtout des USA. On écoute beaucoup des gens comme Sonic
Youth, Calexico, Pavement, The Make up, Lee Hazlewood,
PJ Harvey, Jonathan Richman, la scene anti folk, et tout
un tas de trucs différents. On s'est forcément inspiré
de toutes ces musiques et tout ces sons qui rythment notre
vie de tous les jours.
Vincent :Moi à la base je ne suis pas aussi à fond dans
le rock indé qu'eux, j'ai écouté pas mal de jazz moderne,
de funk, de rap, de classique, de musiques du monde, de
blues, de rythme & blues, d'électro, de chanson française
aussi…et sinon en rock je viens plutôt des années 60-70,
avec des artistes et des groupes comme Janis Joplin, Jimi
Hendrix, les Beatles bien sûr, les Doors, Pink Floyd,
Deep Purple, Led Zeppelin…mes principales références en
rock datent de cette période, et je pense que ça se sent
dans mon jeu de batterie. Maintenant toutes les références
qu'a citées Toma me plaisent aussi énormément, merci les
caennais !…
ADA : Si je parle d'un vrai disque dans l'esprit
indé du début des années 90 je passe pour un vieux con
passéiste ou je prends une pour vous coller une étiquette
poussiéreuse me renvoyant l'intégralité de cet interview
avec un monstre en guise de cadeau ?
Toma : Ben il n'y a qu'à voir les références citées au-dessus.
C'est avec ces groupes qu'on a plongé dans la musique
donc forcément ils ont laissé un trace indélébile dans
nos petites têtes. C'est quand même une époque ou de grands
disques ont été composés : " Spiderland " de Slint a inspiré
combien de groupes après sa sortie ?? Une bonne partie
de la scène Post-Rock et bien d'autres groupes. C'est
énorme ! " nevermind " et surtout " In Utero ", n'en parlons
même pas. " Mellowgold ", " Sister ", " Goo ", " Crooked
Rain ", " At Action Park " et des centaines d'albums comme
ça ont fait bouger les choses, ont inspiré des tas de
gens et se sont aussi inspirés de tas de choses, notamment
des années 60-70 et l'émergence du punk aux USA (Ramones,
Patti Smith, Television, Suicide,…) puis en Angleterre,
mais aussi de la musique Black. Enfin, ça n'a pas de limite.
Donc ça nous convient. Nous sommes des jeunes cons passéistes
!! Yeaah !!

ADA : A l'écoute de bible belt (morceau phare
de notre v10) j'ai tout de suite pensé à Pavement sans
le côté faussement dilettante. Ce style s'est imposé à
vous ?
Toma : On peut dire ça oui. La plupart de nos morceaux
sont composés de la même façon. Je ramène un morceau qu'on
bosse tous ensemble. Ca fonctionne de façon spontanée.
On ne se dit pas il faut que ça ressemble à ça ou à ça.
On tente des trucs. Si on voit que ça ne fonctionne pas
on reprend du début plusieurs fois et si ça marche toujours
pas on jette le morceau. En règle général, les morceaux
les plus efficaces sont ceux qu'on met le moins de temps
à composer, ceux qui sortent directs. En tout cas, ce
n'est pas la 1ère fois qu'on nous parle de Pavement et
je dois dire que ça nous fait vraiment plaisir. Ils sont
quand même super balaises Pavement non ???
ADA : L'autre particularité c'est la qualité de votre
" parler anglais ". Vos origines ou vos métiers peuvent
expliquer cela ?
Toma : Hormis Vincent qui est un peu à la traîne, on parle
tous un bon anglais. C'est une langue qu'on apprécie de
part sa sonorité, son côté chantant. Moi, j'ai fait des
études d'anglais ce qui aide & Claire l'enseigne même.
Donc dès que je me plante dans l'accentuation et tout,
Claire me jette des craies et sort son martinet. J'peux
te dire que je fais gaffe. Et puis, le fait d'écouter
beaucoup de musique anglophone aide énormément. La meilleure
façon de commencer l'anglais, c'est d'écouter des K7 de
Daniel Johnston. Tu comprends tout ce qu'il dit et t'agrandis
ton vocabulaire mystique.
Vincent : Oui moi c'est ça qui me fascine aussi chez eux
c'est la crédibilité de leur anglais, et on retrouve ça
aussi dans d'autres groupes français actuels comme Hushpuppies,
Phoenix ou The film, ça je crois que c'est un phénomène
assez nouveau, cette capacité des groupes français à être
crédibles en anglais. Moi c'est d'ailleurs ça qui m'a
plu dans les compos de Toma dès le départ, c'est cette
authenticité et le fait que ça sonne réellement anglo-saxon
et pas imitation de groupes anglo-saxons. On sent qu'il
baigne dans cette culture depuis très longtemps et qu'il
se l'est vraiment approprié.
ADA : Votre écriture me fait penser à celle de Franck
Black, vous partez de quoi pour écrire vos textes ?
Toma : Des fois une idée me vient dans la rue ou je remarque
quelque chose qui me fait marrer et j'essaie de construire
quelque chose autour de ça. En règle général, je n'arrive
pas à aller là ou je voulais me rendre au départ. Mais
bon, des fois c'est aussi bien. Je me laisse porter jusqu'à
ce que ça sonne bien, que ça colle bien avec la musique
et que ça ne soit pas trop ridicule.
ADA : Tout en étant un disque remarquablement
produit, off with your heads ! est un album pour la scène.
C'était obligatoire pour vous ?
Toma : Disons que nous voulions que ce disque soit naturel
et spontané et donc cela paraît logique qu'il soit facile
à réaliser sur scène. Quasiment toutes les prises son
ont été réalisées en live et forcément ça s'entend et
ça se sent. En plus, ça nous arrangeait que ce ne soit
pas un casse-tête pour faire sonner les morceaux en concert.

ADA : D'ailleurs coucher vos titres n'a-t-il pas
été une souffrance ?
Toma : Non pas du tout. C'était même très agréable de
leur trouver une structure définitive et de pouvoir les
écouter assis dans un canapé.
ADA : Les structures de vos chansons sont souvent
complexes, des têtes à queue, des dérapages (comme sur
mon morceau préféré good for nothing). La musique c'est
cela pour vous, de l'émotion au milieu d'un chaos mélodique
?
Toma : C'est très agréable d'avoir différentes variations
dans un même morceau. C'est un peu comme l'humeur d'une
journée. Le matin, on est de mauvaise humeur, l'après
midi, on se calme un peu et le soir tout explose ou inversement.
De plus, sur scène, c'est souvent assez efficace des montées
subites et violentes. Pour nous, ça augmente notre degré
d'excitation et du coup ça se ressent souvent aussi auprès
du public.
ADA : Take me out of town semble être la chansons
vers laquelle Dionysos court toujours ; vous avez quel
regard sur la scène française, quels sont vos appointances
avec la scène française ?
Toma : Le problème avec la scène française, c'est qu'il
faut creuser, savoir chercher par soi-même et surtout
sortir pour trouver les groupes intéressants. La scène
indé n'est pas très représentée par les medias. Pourtant,
il y a un grand nombre de groupes intéressants et il y
en a sûrement encore pleins que je ne connais pas. Internet
est super pratique pour ça aussi. Sur la scène française,
on adore Herman Düne qui ont vraiment un bon esprit "
underground " et des morceaux terribles, les Hushpuppies
sont bien efficaces (surtout sous la douche ah ah), j'ai
écouté le disque de Nelson qui est très bien aussi. Sinon
pour les moins connus, on aime beaucoup Lapin Machin,
Gable, Crack und Ultra Eczéma, Gâtechien, Kimmo, Cheveu,
Cyann & Ben, Kim, Ben Lupus, Dirge, Mona Mona, Top Montagne,
…
Vincent :Avec Cornflakes on est évidemment plus tournés
vers la musique anglo-saxonne, qu'elle soit faite dans
les pays anglo-saxons, en France ou ailleurs, mais sinon
ya des artistes français qui chantent en français qu'on
aime bien aussi comme Katerine par exemple. On adore son
côté rentre-dedans, stupide et " j'm'en-foutiste ", et
d'ailleurs on retrouve un peu ce côté là dans Cornflakes
Heroes, dans le nom mais aussi dans les paroles et la
musique de certains morceaux. Et puis sinon ya tout le
mouvement du slam français actuel qui personnellement
m'intéresse beaucoup, ya beaucoup de gens talentueux par
là aussi.
ADA : Pour lifeline c'est l'ombre des derniers
Sonic Youth qui plane. En imaginant une telle longévité
vous souhaiteriez explorer quoi dans le futur (excepté
une planète) ?
Toma : Le Bronx
ADA : L'esprit High Heels on the beach c'est pour
le plaisir du chant en chorale ?
Toma : Oui et non. En fait, c'est parti d'un délire sur
les paroles. Pour une fois, j'avais écrit les paroles
avant la musique. Puis en m'emmerdant au taf, j'ai trouvé
une mélodie. Je me suis dit que ce serait pas mal de faire
un morceau tout a capella comme un morceau présent sur
la compile Dub Narcotic Sound System que j'aimais tout
particulièrement. Et puis ça pouvait faire une sorte de
transition au milieu du disque. Sinon, je dois dire que
je n'ai pas regardé l'émission de Flavie Flamant sur les
chorales. L'intérêt, c'était aussi de faire ça avec des
amis.
ADA : Les chœurs sont d'ailleurs super importants comme
sur words in the door way. C'est pas aussi cela qui fait
que cet album marque les esprits c'est que l'on y chante
bien voir très bien ?
Toma : D'une façon générale, on aime bien les morceaux
qui restent dans la tête, les mélodies accrocheuses. Tu
sors de chez toi et t'as ce morceau qui te poursuit toute
la journée. Le problème, c'est quand c'est un morceau
d'un mec que tu peux pas blairer ou d'une pub. AAAHhh
Rien que d'y penser. En tout cas, je ne sais pas si on
chante bien mais on prend plaisir à chanter ces morceaux.

ADA : Je parlais de monstre tout à l'heure, la
pochette et les dessins sont de qui ? Le côté arrondi
sied parfaitement à votre musique qui sait jouer mais
qui sait surtout émouvoir (écouter overcome et pleurer)
Toma : C'est notre ami Gable qui a gracieusement accepté
de nous faire cette pochette. Gable, c'est un mec de Caen
qui fait des dessins, mais aussi un groupe composé de
trois personnes et qui joue une musique géniale et terriblement
inventive et fun. Ca fait très longtemps qu'on se connaît
et on aime toujours autant se rencontrer. On avait totalement
confiance en lui et on lui a laissé carte blanche et on
est loin d'être déçus du résultat. On trouve la pochette
magnifique et elle colle très bien à l'esprit que l'on
voulait donner au disque. Hourra Hourra Gable !!!
ADA : Comment vous êtes vous retrouvés chez Greed
recordings de l'ami Michel ?
Toma : Myspace Myspace. On a contacté Michel qui a écouté
les quelques morceaux disponibles puis nous a recontactés.
On lui a ensuite envoyé le disque. Il est venu nous voir
en concert où on s'est rencontrés pour la première fois
et c'était parti.
ADA :Que va t'il se passer chez les cornflakes
en 2007 ?
Toma : Si tout se passe bien, on a une tournée prévue
pour début Avril (on a besoin d'aide pour les dates d'ailleurs…),
on espère beaucoup de concerts, quelques festivals et
l'enregistrement d'un nouveau disque.
ADA : Quelles sont vos références en définitive
?
Toma : Les Charlots, Bernard Menez et Jean-Louis Murat
ADA : Le mot de la fin est pour vous
Toma : FIN