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ADA : Que retiendras-tu
de tes débuts et de tout ce qui a suivi Gargilesse ?
Florent Marchet :Il s'agit d'une suite plus ou moins logique,
depuis 10 ans j'écris des chansons et là elles deviennent
l'objet d'un album. Curieusement, ça ne change pas grand-chose
au processus créatif si ce n'est le fait que je me suis plus
libre qu'avant.
ADA : Cette première tournée a-t-elle répondu à tes attentes
?
Florent Marchet :Oui, avec une centaine de concerts, on
a vécu quelque chose de très dense. Mais j'avoue que les Paris-Marseille-Nantes
m'ont un peu épuisé à la longue.
ADA : Le fameux passage au deuxième album t'as fait flippé
?
Florent Marchet :Je n'ai pas réfléchi à ça. Écrire et composer
sont des choses essentielles et quotidiennes pour moi. Je
songe rarement au fait que mon travail sera commercialisé.
ADA : Comment est arrivée l'idée du concept album ?
Florent Marchet :Le mot concept est rattaché à un terme
marketing. Il suppose une réflexion en amont et ne réserve
que très peu de surprise, tout l'inverse du processus créatif
en somme. Je me suis laissé surprendre par l'écriture avec
un profond désir de ne plus quitter la ville de Rio Baril
(une des première chanson écrite pour l'album) où je me sentais
bien.
ADA : Tu n'as pas eu peur d'avoir tout dit avec ton premier
album ?
Florent Marchet :Et vous, avez-vous tout dit dans cette
interview pour tout le reste de votre vie?
Est-ce la même interview pour chaque artiste?
Non, sérieusement quand on n'a plus rien à dire c'est qu'on
est mort.

ADA : Ce Rio baril n'est-il pas la transposition de l'endroit
où tu as vécu ?
Florent Marchet :Pas vraiment, il se situerait plutôt en
bord de mer et correspond à la vie dans les petites villes
de provinces telles que je me l'imagine. Ces petites villes
sont des lieux idéaux pour les choses romanesques. Ce qui
m'intéresse dans ces ambiances de province, c'est le côté
universel des comportements et l'effet loupe qui s'en dégage.
ADA : Ta vision de la bourgade de province n'est pas des plus
optimistes (Rio baril) ?
Florent Marchet :Ah mais la vie n'est pas toujours drôle
et les créations artistiques tendent aussi à sublimer le tragique.Pas
toujours à amuser la galerie. Le cinéma et la littérature
s'autorisent des thèmes mélancoliques ou graves, pourquoi
pas la chanson? N'aurait-on que le droit de raconter son quotidien?
ADA : Ton adolescence a-t-elle ressemblé à sous les draps
?
Florent Marchet :Je revendique le droit à la fiction. Cela
vous importe-t-il de le savoir? Etes-vous bien certain d'avoir
compris cette chanson? Mes parents sont des gens formidables.
ADA : Rio Baril est une façon de régler tes comptes avec
ton passé, une façon de vider ton sac comme Angot peut le
faire sans nommer ?
Florent Marchet :Non pas vraiment, la vie d'une petite
ville de province chabrolienne me parle parce qu'il s'agit
là d'un merveilleux théâtre romanesque où l'anonymat renforce
les secrets, les non-dits et où les personnages sont davantage
à découvert.
ADA : Une transposition en vidéo de cette vie à rio baril
est-elle dans l'air ?
Florent Marchet :Un petit cousin vidéo existe déjà, écrit
par Arnaud Cathrine et moi, réalisé par Charles Fréger mais
pourquoi pas se lancer dans quelque chose de plus ambitieux
même si les projets cinématographiques prennent parfois un
temps fou. En tout cas, si d'aventure un film se tournait
à Rio Baril (ou ailleurs), j'espère bien avoir l'occasion
d'en signer la musique.
ADA : Comme chez Emmanuel Poirier, cinéaste que je trouve
prêt de ton univers, le Western est situé loin de l'Amérique.
Un hasard ?
Florent Marchet :Pour moi un Western ne signifie pas toujours
un décor de Far West. Dog ville est un très beau western avec
ce personnage mystérieux qui arrive en ville avec sa douleur
secrète. Un western, c'est bien souvent un personnage qui
revient sur un lieu douloureux pour en découdre avec ces propres
démons.
ADA : Avec j'ai trente-cinq ans comme sur il fait beau tu
inventes un nouveau format, ce n'est pas une chanson, c'est
comme une lecture mise en musique. C'est pour le confort d'écriture
?
Florent Marchet :Le mot confort à tendance à m'évoquer
le champ lexical de l'industrie automobile. La prose ou la
versification sont des contraintes essentielles qui permettent
de trouver une liberté dans la création. Par contre, ça me
permet effectivement d'écrire des textes différents, plus
longs et emprunt d'une forme narrative proche de la nouvelle.
Je n'ai pas la sensation d'avoir inventé un nouveau format.
Il y avait le talk-over avec Gainsbourg, aujourd'hui il y
le slam, le rap, et puis des groupes merveilleux comme Mendelson
ou Expérience… tout ça n'est pas très éloigné en définitive.

ADA : Chanter les cachets avec Katerine s'imposait, face
à l'auteur de poulet N°…. Comment lui as-tu proposé ce duo
?
Florent Marchet :Il y a 2 ans, je croisais régulièrement Philippe.
A la suite de l'une de ces performances à Nantes, l'idée d'une
invitation a été évoquée. L'idée qu'il endosse la panoplie
de pharmacien fou pour ponctuer les refrains "des cachets"
m'a séduit.
ADA : La rumeur et les conséquences de on a rien vu
venir puis sur France 3 est-elle pour toi inhérente à la province,
plus encore qu'au grand tout d'internet ?
Florent Marchet :Ce qui m'intéresse, c'est la rengaine récurrente
de la rumeur qui survient à chaque fois dans les petites villes
(où l'on entend systématiquement les mêmes phrases).
ADA : Les influences sont importantes et cela se sent dés
l'ouverture certainement pas éloignée d'écoutes de calexico
?
Florent Marchet :Ah les influences, j'ai commencé par 15
ans de musique classique, puis le jazz, la musique irlandaise
et yiddish, la folk, le rock…Calexico, Herman Dune et bien
d'autres sont eux même le résultat de métissages, d'influences.
C'est tant mieux et c'est sans fin.
ADA : Ces influences, tu n'as pas eu peur en avançant sur
l'album qu'elles finissent pas être trop présentes ?
Florent Marchet :Me reprocherait-on d'écouter trop de musique?
On écoute jamais assez de musique et l'important est de trouver
son mode de communication, d'expression au sein d'une famille.

ADA : Tu as un vrai talent de chroniqueur, de conteur.
En littérature tu es plus amateurs de nouvelles que de format
long ?
Florent Marchet :Je lis de tout sauf la notice du paic
citron.
ADA : Tu peux nous parler de ta rencontre avec Arnaud Cathrine
Florent Marchet :Cette rencontre a eu lieu à l'occasion
d'une carte blanche qui m'était proposée au festival des correspondances
de Manosque qui propose, à l'initiative de son directeur Olivier
Chaudenson de décloisonner la littérature et la musique. Avec
Arnaud, nous avons appris à nous connaître, nous apprécier.
Nous avons beaucoup échangé sur la création et participé ensemble
à des lectures musicales. Lui écrivait son roman ("la disparition
de Richard Taylor"), moi mon album. J'ai eu envie de l'inviter
sur certains titres afin de partager nos univers. Ecrire à
4 mains est une chose rare et précieuse.
ADA : Dominique A, Katerine en guest star, c'est une façon
pour toi d'assumer la filiation ?
Florent Marchet :Le hasard des rencontres, des calendriers
avec les gens que j'aime artistiquement. C'est une chance
pour moi.
ADA : Tu t'imagines dans dix ans dans une version de Louxor
?
Florent Marchet :J'ai déjà du mal à envisager la fin de
la journée, alors dans 10 ans…

ADA : Tout ce chemin c'est aussi de la mélancolie comme sur
tout est oublié ? le temps passe vite Florent ?
Florent Marchet :Ça va, je n'ai pas à me plaindre. La mélancolie
n'est pas une histoire de minutes mais de pulsations cardiaques
contrairement à la nostalgie.
ADA : Comme tu en parles rapidement dans la chance de ta
vie, tu pourrais écrire pour quelqu'un d'autre, mais à des
fins autres que financières (rires) ?
Florent Marchet :Je ne peux pas me passer d'écrire et de
composer. Je suis devenu interprète pour porter mes chansons.
De toute évidence, j'ai aujourd'hui plus de chansons que de
temps pour les chanter.
Bien sûr que je serais ravi de leurs trouver des interprètes
ADA : Pour ADA, tu peux nous le dire, le chien de Neil
Young tu l'as caressé où il t'a mordu ?
Florent Marchet :Il m'a refilé ses puces et depuis j'aime
les choyer comme des reliques.
ADA : Le mot de la fin est pour toi
Florent Marchet :Pfou, longue interview, suis rincé.Vous
embrasse
Interview
réalisée par email par Gerald de oliveira
en janvier 2007
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