ADA : Histoire
de planter le décor peux-tu te présenter ?
Fuck buddies
: Je m'appelle Sébastien, j'ai 24 ans
ADA : Quelle
est la genèse de fuck buddies, et de ce nom ?
Fuck buddies
: Au départ il y a The Nova Express, groupe dans lequel
je chante et joue de la guitare, qui existe depuis 2002.
Au printemps 2004 j'ai commencé à écrire des petites chansons
rêches, on a essayé de les jouer en groupe mais je trouvais
que ça ne convenait pas vraiment à l'orientation plutôt
power pop que l'on prenait. Alors je les ai gardées sous
le coude, ne sachant pas trop quoi en faire, jusqu'à ce
que je joue trois chansons seul avec mon ami Vincent (de
Director's Cut) à la batterie, sous le nom de Fuck Buddies
lors d'une soirée Dead Bees. J'avais ce nom en tête depuis
un moment je trouvais que ça sonnait bien et j'étais étonné
que personne ne l'ai utilisé avant. J'aime bien le coté
cru, à coté de la plaque, et je trouvais ça pas mal de l'utiliser
pour un projet solo crépusculaire plutôt que pour un énième
projet electropunk.

ADA : Après
un premier album aussi noir que torturé (j'ai souvent pensé
aux travaux autistes de smog) tu es de retour avec un album
plus apaisé et plus ouvert. Comment expliques-tu ce changement
?
Fuck buddies
: Merci pour la comparaison, Bill Callahan est un des mes
artistes préférés. A Storm a été un effort quasi thérapeutique
d'expulsion d'émotions, d'images, de souvenirs qui m'empêchaient
d'aller de l'avant, un passage obligé avant un " mieux "
nécessaire. J'avais besoin de sortir ce disque pour exorciser
un certain nombre de choses qui m'étaient viscéralement
insupportables, et une fois ce travail accompli, j'ai pu
passer a autre chose. J'ai envisagé le disque de manière
très naïve. La chanson du " mieux " est " Be Home for Christmas
", que j'ai écrite en Décembre 2004 et qui a été une vraie
révélation pour moi.
ADA : Comment
as-tu travaillé sur ce disque ?
Fuck buddies
: J'avais des morceaux écrits avant A Storm, qui n'avaient
pas leur place dans celui-ci et qui ont pas mal changé,
et des morceaux écrits après. L'enregistrement de Fuck Buddies
in Slumberland en lui-même a été très rapide : " Be Home
for Christmas " a servi de matrice au niveau des arrangements
et du son et j'ai mis du piano sur tous les morceaux, souvent
en improvisant des mélodies en une ou deux prises. " Will
You Be Here For Me " et " Another Time Next Year " ont été
écrites au fur et à mesure de la composition, en quelques
heures. J'ai trouvé les rythmes, les parties de guitare,
le chant, les paroles puis les parties de piano, dans l'ordre
et assez rapidement. Je ne suis ni perfectionniste ni patient,
en général soit ça marche du premier ou du deuxième coup,
soit je mets le truc de coté.
ADA : Ta vie
est-elle le ferment de ton inspiration ou as-tu recours
à la littérature au cinéma, à l'imagination ?
Fuck buddies
: A Storm est très autobiographique, disons qu'il y a deux
personnages centraux et l'un d'entre eux est moi. J'ai romancé,
exagéré ou atténué certains éléments, mais à chaque fois
le point de départ était un sentiment fort. In Slumberland
est plus ouvert, sur tous les niveaux. Certains morceaux
sont sur des personnes que je connais ou que j'ai connu,
et puis il y a des chansons écrites sur le moment, sans
arrière pensée ou base réelle. Je lis pas mal et je regarde
beaucoup de trucs, je sais pas jusqu'à quel point ça m'influence
mais ça peut me donner des idées, de nouveaux angles d'attaque
pour la narration.
ADA : La satisfaction
de ce nouvel opus, en plus de sa réussite, n'est-elle pas
de t'ouvrir des horizons plus vastes que le claustrophobe
premier album ?
Fuck buddies
: Merci. Disons que c'était ce qui était prévu dès le départ.
Je ne voulais pas refaire A Storm, de toute façon je n'aurai
pas pu le refaire de manière sincère. Je voulais ajouter
de nouveaux éléments et arranger les morceaux pour leur
donner une plus grande ampleur, j'ai utilisé les boucles
et le piano pour mettre en perspective le contenu, pour
l'alléger aussi.

ADA : L'autre
satisfaction n'est-elle pas l'absence de référence évidente.
A l'heure des étiquettes, c'est jouissif de ne pas être
collé aux basques d'un artiste ?
Fuck buddies
: Oui, je trouve ça assez appréciable. J'écoute beaucoup
de musique, il y a énormément de choses susceptibles de
m'influencer et je suppose que c'est pour ça que mes chansons
ne sonnent pas comme un artiste en particulier.
ADA : L'aridité
qui semble s'éloigner était-elle la simple conséquence d'un
manque de moyen, ou les pensées du moment étaient elles
les raisons de cette rudesse ?
Fuck buddies
: Au départ c'était les deux. J'ai enregistré A Storm deux
fois, la première avec un micro d'ordinateur très cheap,
ça sonnait vraiment mal mais je n'y prêtais pas trop attention,
je me disais que ce qui était important, c'était le fond.
C'est Pierre (de Dead Bees) qui m'a conseillé de réenregistrer
le disque, il m'a prêté un vieux quatre pistes à utiliser
comme table de mixage en amont de l'ordinateur, et j'ai
récupéré des micros. Dès le départ je savais que j'allais
enregistrer ces chansons live, une prise, un micro, et les
sortir comme ça. Les arrangements me faisaient assez peur
et la limitation était surtout due à moi, je voulais sortir
un premier disque complètement dénudé, avec rien qui ne
puisse distraire l'auditeur du contenu. Je pense que c'était
un bon point de départ. J'ai enregistré In Slumberland chez
moi avec le même matériel.
ADA : Comment
juges-tu les réactions à tes deux albums ? sont ils des
lumières nouvelles pour toi, la découverte d'angle que tu
ne pouvais imaginer ?
Fuck buddies
: C'est vraiment étonnant. Je suis touché quand je vois
que quelqu'un a écouté et compris le disque et ça m'arrive
d'avoir l'impression d'être en face d'un psychanalyste qui
me sort des trucs énormes qui ne m'ont jamais traversé l'esprit.
ADA : Cette
sortie de lit est elle définitive ? tu penses en avoir fini
avec le repos obligatoire cloué par la douleur (rires) ?
Fuck buddies
: J'espère !

ADA : Toulouse
n'est-il pas depuis une bonne dizaine d'années le lieu idéal
pour être musicien. ? Des labels et artistes à profusion
Fuck buddies
: Pas vraiment. Toulouse est une toute petite ville, tout
le monde se connaît, tout le monde est plus ou moins hypocrite…
C'est pas plus lié à la ville qu'au milieu de la musique,
qu'elle soit indépendante ou non. Il y a néanmoins deux
ou trois lieux où l'on peut faire des petits concerts, des
gens adorables, de bonnes initiatives (comme le FAM) et
de très bons groupes. C'est une ville confortable, mais
c'est pas le paradis.
ADA : tu vois
comment le futur ? Tu as déjà en tête des évolutions ?
Fuck buddies
: Je vais continuer à sortir des disques. Il y a un ep qui
sort dans les prochains jours, quatre chansons écrites sur
une période de temps assez longue et dont je ne savais pas
trop quoi faire, un morceau pop somnolent, deux morceaux
acoustiques et une reprise assez barrée de " Peach Plum
Pear " de Joanna Newsom. Après, j'ai enregistré 6 nouveaux
morceaux pour le troisième album qui sortira l'an prochain,
pour l'instant c'est sombre, il y a plein de rythmes et
une reprise d'Arab Strap. J'aimerais aussi sortir un disque
plus simple avec une amie qui joue très bien du piano, j'ai
enregistré des démos, elle est en train de travailler dessus.
ADA : C'est
envisageable de te voir chanter en français ?
Fuck buddies
: Pas pour l'instant en tout cas, c'est pas vraiment ma
culture musicale. De toute façon Dominique A m'a complètement
complexé.
ADA : Dans
l'avenir proche des concerts sont en vue et si oui quel
en sera le dispositif ?
Fuck buddies
: Je joue début novembre à la médiathèque associative de
Toulouse et je vais essayer de me bouger et d'aller jouer
ailleurs que dans le sud-ouest. Au niveau du dispositif
c'est assez sommaire : guitare acoustique, chant et boucles.

ADA : le mot
de la fin est pour toi
Fuck buddies
: Tigre