ADA : Vous venez tous d'horizons musicaux différents
avec des expériences dans d'autres groupes avant de
fonder GOMM. Comment vous êtes-vous retrouvés à partager
cette expérience tous les quatre ?
GOMM
: On était déjà tous plus ou moins ensemble dans les
deux groupes que l'on avait précédemment dont on s'est
lassés à cause de problèmes d'égos ou de tendances
dans la création musicale. Une fois on s'est retrouvé
à répéter à quatre et çà a été le déclic parce que
tout s'est bien passé. C'était assez naturel. La complicité
était telle qu'au bout de quelques mois, même en improvisant
, chacun avait sa place. On s'est rendu compte qu'on
était complémentaires. Sans vouloir se l'avouer, on
en avait assez du schéma leader et groupe qui accompagne.
On savait en créant GOMM dans quels travers on ne
voulait pas retomber. C'est d'ailleurs pour ça qu'on
fait l'interview à quatre parce qu'il n'y a pas de
leader. (rires)
ADA
: Si vous deviez définir cette base commune ?
GOMM
: il y a les influences, mais aussi le son, le choix
des instruments. Il y a une passion pour les vieux
instruments. On n'écoute pas tous les mêmes choses,
mais il y a cette passion qui nous unie sans que ce
soit forcément explicable par des mots. Cà se passait
bien humainement aussi entre nous, donc on ne s'est
pas posé trop de questions, on a pris les instruments.
Le fait de répéter ensemble a été une révélation.
Après la première répétition de deux heures, c'était
déjà sûr qu'il fallait continuer. Je sais plus trop
à quoi çà ressemblait mais il doit rester des vieilles
cassettes…
ADA
: Il y a une chanson en allemand sur l'album…
GOMM
: En fait c'est un titre qu'on avait déjà avec le
groupe précédent et que l'on a gardé parce qu'on l'aimait
bien. On l'a retravaillé, on l'a " gommisé ", c'est
un private joke. Le texte en allemand est extrait
d'un manuel scolaire de quatrième. Donc on ne respecte
pas forcément l'accent. Le côté un peu martial des
sonorités était intéressant car on travaille plus
sur le son que sur le sens. En tout cas sur celle
là le sens est complètement anecdotique.
ADA : Vous vous en servez pour ouvrir les concerts….
GOMM
: Oui, il y a un côté fédérateur avec une sirène en
plus. C'est pour dire aux gens qu'il faut qu'ils viennent
voir. Et puis c'est un morceau sur lequel on est tous
à l'aise et çà permet aussi aux techniciens de tout
caler.

ADA
: Comment çà se passe au niveau de la répartition
des rôles dans le processus d'écriture ?
GOMM : Il n'y a pas vraiment de règles. On compose
à quatre de plus en plus. Un de nous peut ramener
une ligne ou une mélodie. A partir de çà, tout le
monde joue autour et on pose quelque chose ensemble.
On ne réfléchit qu'après sur la musique ou les arrangements.
On improvise çà peut durer vingt/vingt-cinq minutes
en fait, on enregistre et après on réécoute. Ce n'est
pas non plus basé sur des questionnements, çà se passe
naturellement. Le vrai travail est un nettoyage si
on veut, on enlève ce qui est superflu pour arriver
à l'essence même du morceau, à l'essentiel. On sent
qu'au bout d'un moment c'est bon.
ADA
: Vous parlez de " désécriture ", ce qui rappelle
forcément le titre de l'album " destroyed to perfection
"…
GOMM
: On a des morceaux très longs, on va le détruire,
le modifier, le " triturer ", intervenir dessus et
arriver à quelque chose qui nous plait. On est très
perfectionnistes nous-mêmes. Aussi bien pour la pochette
de l'album que pour le site puisque c'est Ollivier
(NDLR : un des membres du groupe) qui s'en occupe.
Dans nos vies respectives, on s'est canalisés, on
a fait des choix qui n'étaient pas forcément agréables
ou faciles. Sur l'album, le titre " Into perfection
" développe cette idée-là. Les paroles sont sur le
site.
ADA
: D'où vient ce nom GOMM ?
GOMM
: (ils changent de place en ricanant) Ce sont les
initiales de nos prénoms : Guillaume, Ollivier, Marie,
Mathieu !
ADA
: Peut-on déjà faire un bilan entre 2004 et 2005 ?
En 2004, vous étiez Découvertes du Printemps de Bourges,
lauréats de deux prix, cette année vous revenez en
tant qu'artistes confirmés….
GOMM
: On est fier. Ce n'est pas non plus un aboutissement
; C'est une étape très importante et symbolique.
ADA
: Est-ce que le Printemps de Bourges a été un moteur
?
GOMM : Ce n'est pas vraiment le mot. Il s'était
passé pleins de choses pour nous avant le Printemps
de Bourges 2004, qui se sont cristallisées par la
suite. Il y avait une sorte de buzz, les gens parlaient
de nous. Et on a eu la chance de faire un bon concert
l'année dernière et les professionnels étaient là
et donc à partir de là on a travaillé avec Radical
(NDLR : tourneur) et çà s'est enchaîné avec PIAS.
ADA
: Avez-vous eu l'impression de galérer pour atteindre
votre situation actuelle ?
GOMM
: Cà s'est fait progressivement . On n'a jamais eu
l'impression de stagner ou de batailler. On n'a pas
toujours cherché à provoquer des rencontres. Cà s'est
passé naturellement. Pour le disque c'est la même
chose, on n'a pas attendu des labels. On a sorti d'abord
l'autoproduit et le contrat avec PIAS s'est fait après.
On galère quand on se fixe des objectifs qui ne sont
pas les bons au bon moment. Au départ on est un petit
groupe qui répète le samedi après-midi mais on a pris
les choses une à une pour apprendre à se connaître
et trouver notre identité. On a pas voulu aller trop
vite. Toutes les étapes au début, çà a été très formateur.
Le groupe s'est formé en 98, mais finalement, c'est
à partir de 2001 que l'on s'est dit qu'on voulait
en faire notre métier. Pour nous çà a été des expériences
positives. Cà dépend ce que tu entends par " galérer
". Nous on s'est dit " voilà on n'a pas de label,
on peut faire que des premières parties, on va transformer
çà en atout ", il y a cette méthode de travailler
qui consiste à dire qu'on va devenir meilleur grâce
à çà. C'est un peu notre réaction pour retourner le
sens des choses pour que quoi qu'il arrive, on grandisse.
ADA
: Vous sentez-vous proches d'autres groupes français
en ce moment ?
GOMM
: On a rencontré THE FILM en tournée. On est proche
humainement, et en termes d'influences.
ADA
: Et des groupes comme SLOY ?
GOMM : On a été rattachés à eux dans quelques chroniques.
Moi personnellement je n'ai jamais écouté SLOY…Je
connais juste le titre " Pop " (NDLR : du premier
album , indispensable), mais on a aussi joué avec
EXPERIENCE.

ADA
: Quand on lit ce qui est écrit sur vous en ce moment,
l'adjectif " neo punk " revient…
GOMM
: (rires) Cà ne veut pas dire grand chose. C'est dangereux
toutes ces étiquettes. On préfère parler de " rock
", c'est plus simple. Il y a sûrement plein de gens
qui écoutent GOMM et qui n'ont jamais écouté de punk,
selon leur culture musicale. Le coté punk vient surtout
du fait qu'on n'est pas du tout techniciens. C'est
le côté de se débrouiller un peu soi-même. Et puis
il y a un côté basique.
ADA
: Vous vous habillez en costard-cravatte sur scène…
GOMM
: On veut présenter un univers, même si le mot est
un peu pompeux, il y a les costumes, notre position
en arc de cercle sur scène avec le public qui referme
le cercle. On ne laisse pas grand chose au hasard.
On est sensible à l'art en général. Chacun à sa place
sur scène, mais ce n'est pas par défaut, c'est réfléchi.
Pour les costumes, il y avait une sorte de références
aux groupes sixties. C'est aussi l'idée de groupe…
ADA
: Interpol aussi s'habillent en costume sur scène
et eux ont une réponse très claire, c'est " Nous on
s'habille pour aller bosser " !
GOMM
: (rires) Cà c'est la phrase qui claque et qui va
être mise en exergue en gros caractères…Il y a beaucoup
de groupes en costard-cravate en ce moment mais nous
on ne se sent pas gêné par rapport à çà car on l'a
toujours fait. Le fond et la forme sont importants.
ADA
: On sent une préoccupation esthétique très " Velvet
Undergound " de l'œuvre, c'est-à-dire une vision de
l'art un peu complexe : on n'est pas seulement des
musiciens , on va travailler le côté graphisme, vous
avez travaillé sur la musique d'un court-métrage…
GOMM
: L'art est une manière de vivre. On est sensible
au cinéma. Il n'y a pas de démarche , çà vient naturellement,
çà fait partie de nous.
ADA
: Votre album a été enregistré par votre ingé son
perso et produit par le groupe. Si vous deviez choisir
un producteur pour le deuxième album…
GOMM
: C'est une question un peu délicate. Il faudrait
qu'on trouve une personne avec qui il y a un coup
de cœur, et avec lequel/laquelle on travaillerait
en confiance. Pour le premier album, on avait l'idée,
on a choisi de faire des prises de son assez brutes
car on voulait un son live et puis les sons de départ
étaient déjà travaillés et pour le mixage on avait
déjà une vision de ce que l'on voulait. On n'est pas
contre des propositions mais bon on a pas plus que
çà envie de travailler avec Steve Albini ! Moi j'adore
ce type de production, mais je ne suis pas sûr que
çà serve GOMM. Beaucoup de groupes fantasment sur
des producteurs, mais c'est un peu travestir ce qu'on
est que de prendre quelqu'un pour un nom ou son CV
.