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Tout vient à
point… Une interview initialement prévue au moment de la sortie
de Not On Top et de la tournée
consécutive mais qui ne trouve qu'aujourd'hui sa place dans
nos colonnes. Peu importe que la chronologie se voit contrariée
tant on se réjouit de pouvoir échanger avec les prolifiques
et fins mélomanes Herman Düne. Par courrier électronique interposé,
David-Ivar nous éclaire sur la conception de leur dernier
long format. Avec finesse, sans détours…mais pas sans ironie
: quand l'interviewer perçoit au travers de quelques réponses
la connerie de certaines de ses interrogations…
ADA : Ma copine
ne possède pas une culture musicale très étendue. Néanmoins
elle écoute les disques que je joue chez nous. Dès les premières
écoutes de Mas Cambios elle est tombée sous le charme. Durant
les années qui séparent vos précédentes productions de Not
On Top, elle passait Mas Cambios au minimum une fois par semaine.
J'en viens à ma question : elle apprécie également beaucoup
Not On Top mais elle le trouve moins " immédiat " (elle reprend
moins les paroles en chœur par exemple ;)). Il me semble que
vous avez exploré plus de pistes sur Not On Top même si vous
conservez cette facilité mélodique qui est la vôtre. Qu'en
pensez-vous ?
David-Ivar Herman
Düne : Eh, je ne crois pas que la culture musicale y soit
pour grand chose ici. Si ton amie apprécie Mas Cambios, elle
a certainement la culture pour apprécier Not On Top. Ce serait
plutôt une question de goût. J'ajouterai quand même qu'il
m'arrive souvent lorsque je découvre un artiste, de placer
l'album que j'ai découvert plus haut que les autres parmi
ses disques. Goo restera toujours mon album préfèré de Sonic
Youth, c'est le premier que j'aie eu, Sweden restera toujours
mon album préfèré des Mountain Goats, c'est le premier que
j'aie eu. C'est très dur de retrouver les sentiments qu'on
a en découvrant un artiste qu'on apprécie, dur de les retrouver
plus tard, je trouve... Enfin, pour revenir à Not On Top,
je ne pense pas que nous l'ayons écrit ou enregistré de façon
moins immédiate. La plupart des prises en studio qu'on a gardées
pour l'album sont les premières à avoir été enregistrées.
Nous avons aussi toujours aimé les chansons assez simples
et courtes avec une sorte de refrain, assez " Pop " parfois,
en somme, c'est souvent une forme que j'apprécie de l'écriture
en chanson. Bref, je ne pense pas qu'il y ait eu une différence
d'intention, entre Not On Top et Mas Cambios. Ce sont des
chansons différentes, c'est sûr et l'enregistrement était
beaucoup moins précaire.
ADA : Cela tient-il
à l'accès à un peu plus de moyens durant la phase d'enregistrement
?
DI : Vu que
le " cela " en question n'est pas vraiment clair pour moi,
je dirai que l'enregistrement a été différent, mais comme
tous nos albums se sont fait différemment avant. Notre album
Switzerland Heritage avait bénéficié de beaucoup plus de moyens
que Not On Top, déjà. Et je ne pense pas que l'enregistrement
change fondamentalement les chansons, pas si elles sont bien
écrites, j'espère.
ADA : Concernant
l'enregistrement, j'ai lu qu'André et David dormaient au studio.
Avez-vous besoin de cette proximité avec les instruments/le
matériel ?
DI : Nous dormions
tous au studio, Julie, Néman, Lisa, André et moi. André et
moi ne dormions pas, en fait, on mixait l'album la nuit, et
on enregistrait le jour. Ce sont des bonnes conditions, car
les bonnes idées ne viennent pas a une heure fixe, donc le
plus on reste au studio, le plus on a de chances de les capturer.

ADA : On sait
que l'une des particularités de l'enregistrement de Not On
Top tient au mixage en mono. Que recherchiez-vous en privilégiant
ce type de mixage ? Quels sont les apports du mono ?
DI : Comme je
l'ai souvent répondu à propos de nos dernières productions
(toutes en Mono), la question pour moi était plutôt : quels
sont les réels apports de la stéréo ? Ou bien : Y a-t-il une
réelle raison pour que presque tous les enregistrements soient
conçus dans un espace sonore stéréo. Je crois que à moins
d'écouter la musique en restant immobile entre deux speakers,
la stéréo est beaucoup moins fidèle aux intentions des musiciens
que la mono. Et que présumer de la position d'un auditeur
pour un mix est un peu autoritaire, un peu comme quand les
peintres de la renaissance, avec l'emploi de la perspective,
interdisaient les multiples points de vue, la stéréo interdit
les multiples points d'écoute, ce que je ne souhaitais pas
pour nos enregistrements. J'aime beaucoup la stéréo ceci dit,
et je pourrais l'employer, je trouvais juste intéressant de
signifier qu'elle n'est pas obligatoire.
ADA : Doutez-vous
au moment de l'enregistrement ? Par exemple savez-vous parfaitement
quand l'album est terminé ou êtes-vous du genre à retoucher
l'album indéfiniment ?
DI : Je pense
qu'on doute toujours en enregistrant. Avec l'expérience, ceci-dit,
j'ai appris que ces doutes ne portent jamais sur l'essentiel.
Du genre : oh j'ai fait telle ou telle erreur technique, ou
: la fin du morceau est trop abrupte, ce genre de détails.
Je pense que nous avons lentement appris à ne plus s'écouter
trop en détail, et à reconnaître ce qui allait à l'encontre
de la chanson. Il faut enregistrer la chanson, pour qu'elle
s'écoute bien et avec plaisir, c'est cela que nous avons en
tête. Maintenant, on doute toujours de nos chansons en studio,
ou d'une ou deux chansons, mais le studio n'est pas un temps
d'écriture, mais un temps de réalisation et de naturel, si
on veut un bon résultat je trouve. Donc, il vaut mieux inspecter
son écriture avant le studio, si on ne veut pas paniquer pendant
l'enregistrement je trouve.
ADA : J'ai beaucoup
aimé Goodnight Nobody , la voix de Julie Doiron magnifie vraiment
les morceaux où elle apparaît sur Not On Top. Pardon si l'on
vous pose souvent la question mais comment s'est faite la
rencontre ?
DI : En 1998
je crois, j'étais en séjour a l'IIT, Illinois Institute Of
Technology, pour apprendre l'architecture dans l'école de
Mies Van Der Rohe à Chicago. A Chicago, il y avait ce club
le Lounge Axe qui est ferme maintenant, où il y avait des
bons shows je trouvais. Je connaissais Jason Molina qui chante
sous le nom de Songs : Ohia et un soir qu'il jouait là-bas
Julie jouait aussi. J'ai beaucoup aimé ses chansons, et Jason
me l'a présentée et nous nous sommes bien entendus. Un peu
plus tard on jouait dans le même festival à Austin au Texas
et on a commencé à parler de jouer ensemble, et puis on l'a
invitée à tourner avec nous pour Turn Off The Light, notre
premier album, et depuis on se voit aussi souvent que possible.
Julie est la personne la plus enthousiaste que je connaisse,
et jouer avec elle est toujours un plaisir. Elle est ouverte
à tout, et bien sûr, sa voix est extraordinaire, nous nous
entendons très bien musicalement, elle a plus d'expérience
que nous et nous apprend beaucoup, en plus elle aime chanter
des morceaux de New Morning, ce qui est toujours super...
ADA : Vous semblez
apprécier les collaborations. Julien, un de nos rédacteurs,
me souffle que vous avez collaboré avec Françoiz Breut pour
son dernier album. Est-ce que ça vous a plu d'écrire des textes
pour une autre personne ?
DI : Bien, oui,
on adore les collaborations, on en fait beaucoup. Mais écrire
des chansons pour quelqu'un, c'est pas vraiment ce que j'appelle
une collaboration. Je pense qu'une bonne chanson peut se chanter
par quelqu'un d'autre, donc je suis content quand quelqu'un
veut chanter une chanson à moi, ça me fait plaisir. En plus
j'aime beaucoup Francoiz, donc ça m'a fait plaisir.

ADA : Qui rêveriez-vous
d'inviter sur votre prochain album ?
DI : J'aimerais
que notre prochain album soit très simple, je ne sais pas
si il y aura des invités. Je ne rêve pas d'enregistrer avec
telle ou telle star, ceci dit j'ai la chance que mes artistes
préférés soient aussi mes amis ou même de ma famille, donc
si je veux enregistrer avec eux, je le peux. Comme : Turner
Cody, Jeff and Jack Lewis, Kimya Dawson, Prewar Yardsale,
Lisa Li-Lund, Rachel Lipson, The Wave Pictures etc... Voilà
la musique qui me fait rêver. Maintenant, j'aimerais beaucoup
qu'on m'invite à jouer sur des albums plus souvent. Et je
rêverais d'être invité à jouer avec David Berman (Silver Jews),
ça, ça serait un rêve.
ADA : Not On
Top et Goodnight Nobody quoique
différents dans l'atmosphère qu'ils créent me semblent quasi
indissociables. Vous paraissez vous être fondus dans l'univers
de Julie Doiron et réciproquement, comment expliquez cette
proximité d'état d'esprit ?
DI : Comme je
te l'ai dit, on passe beaucoup de temps avec Julie, c'est
normal qu'on soit proches en son, et en idées. Et nous sommes
devenus amis par la musique, et c'est notre plus fort point
commun. Elle joue sur une guitare Hagstrom, par exemple, et
ces guitares étaient fabriquées dans le village de mon Grand-père,
en Suède... Enfin, je veux dire, notre connection est d'abord
musicale, même si maintenant nous sommes très proches en d'autres
points aussi...
ADA : Quels
retours avez-vous de Not On Top depuis sa sortie ?
DI : Bien, Not
On Top, les gens qui l'écoutent ont l'air de beaucoup aimer
les chansons, ça fait plaisir. Je pense que les gens font
de plus en plus attention à nos paroles maintenant, ce qui
a toujours été de la plus haute importance pour nous. J'ai
eu quelques compliments sur le son aussi, surtout par des
gens qui s'y connaissent (soient des musiciens, soient des
producteurs/ingénieurs), j'étais content de ça. C'est vrai,
par contre, que beaucoup parlent encore de " Lo Fi " a propos
de Not On Top, ça m'a surpris, je ne pense pas que l'album
soit Lofi du tout.
ADA : A qui
présentez-vous vos albums en premier en général ?
DI : En sortant
du studio, je cours chez Ome, qui fait la batterie sur Turn
Off The Light et They Go To The Woods. C'est l'avis qui compte
le plus pour moi, car nous avons grandi ensemble et découvert
la musique ensemble, ensuite je le fais écouter à mes parents.
Ils sont assez sévères en musique, donc ça me fait peur des
fois, mais ils ont un don pour savoir si une chanson est bonne
ou pas, c'est assez fascinant. Si je passe le test Ome et
parents, après ça, honnêtement, peu d'avis me font peur, je
dois dire, et si Ome et mes parents aiment un album, je le
considère bon.
ADA : Comment
s'est opéré le contact avec PIAS ?
DI : Assez simplement
je dois dire, nous avons signé un contrat et ils ont sorti
Not On Top en France, et ils ont l'air d'aimer l'album, donc
tout est bien pour le moment.
ADA : Que vous
permet la distribution dont vous bénéficiez désormais ?
DI : Je dois
dire, pour l'instant, je n'ai pas vraiment vu de différence,
nous sommes toujours très underground, il me semble, et tout
est toujours très DIY (fait maison) en ce qui concerne Herman
Düne. J'aimerais bien que tout devienne plus facile du jour
au lendemain, mais je crois que ça ne marche pas comme ça,
à moins d'être sur une major ou un truc comme ça...
ADA : Votre
audience semble s'accroître de manière régulière depuis le
début. A Paris vous semblez pouvoir compter par exemple sur
une base d'auditeurs conquis qui donnent leurs couleurs à
vos concerts : une communion entre le groupe et des gens ultra-respectueux
et en même temps la grosse fête. Comment l'expliquez-vous
?
DI : Eh, je
crois que ça prend du temps, si on n'utilise pas de plan marketing
ou des armes de lavage de cerveau comme ça, pour qu'un public
prenne conscience qu'un artiste existe, et qu'il a quelque
chose à dire, de la façon dont il le dit. Donc, je crois que
ça a pris du temps pour que les gens s'habituent à nos concerts
assez improvisés, sans set list, sans forcement jouer tout
l'album. Ils ont dû s'habituer à s'intéresser à des nouveaux
morceaux, qu'ils ne connaissaient pas, à en écouter les paroles.
Et puis maintenant, un certain public vient nous voir souvent,
pour être surpris à chaque fois.
ADA : Au sujet
des concerts, vous avez tourné et tournerez encore notamment
pour présenter Not On Top. J'ai raté votre concert au Grand
Mix mais me souviens avec émotion du concert de juin 2004
à La Pizza Soleil [au passage des nouvelles de Royal City
?]. Je sais que vous n'avez jamais de plans prédéfinis pour
le live, comment jouer vous vos morceaux sur scène en ce moment
?
DI : Je n'ai
pas de nouvelles de Royal City, ce groupe m'ennuie un peu
je dois dire, c'était une des rares fois ou nous ne partions
pas avec des bons amis. Je ne sais pas comment on va jouer
la prochaine tournée, Je crois que Julie fera la basse, donc
ça dépendra un peu d'elle, des morceaux qu'elle préfère.
ADA : J'ai lu
l'ensemble du journal
de tournée. David, tu as cette théorie sur une limite
de 3 semaines en tournée : quand le groupe n'est pas suffisamment
avancé dans la tournée pour pouvoir l'apprécier pleinement
mais suffisamment éloigné de la " maison " pour se sentir
un peu nostalgique. Qu'en est-il ces derniers temps ?
DI : Je crois
que c'est comme ça, en effet, Trois semaines c'est trop court
pour une tournée. Apres ce seuil, la tournée devient un incroyable
moment de bonheur, en général.
ADA : Dans ce
journal tu évoques notamment quelques concerts en Hollande
je crois où les promoteurs abusaient du terme " antifolk "
pour vous présenter à tel point qu'un jour le gérant d'une
salle pensait voir débarquer Kimya Dawson ! A vous lire j'avais
l'impression qu'effectivement vous tentiez de vous dégager
de ce terme qui n'est finalement qu'une construction. Je me
trompe ?
DI : Je sais
pas, ça me dérangeait à l'époque ou Kimya et Adam avaient
beaucoup de succès avec les Moldy Peaches, parce que j'avais
l'impression que les promoteurs se " servaient " de leur nom,
comme si le nôtre n'était pas suffisant ou quelque chose comme
ça. Maintenant, ça ne me dérange plus. La mode est un peu
passée, et j'entends le mot Antifolk différemment. Je veux
dire, il serait absurde de dire que je ne fais pas partie
d'un groupe d'artistes qui sont pour la plupart mes amis,
et avec qui je passe beaucoup de temps, principalement à faire
de la musique. Je n'aime pas le mot lui-même, c'est ça le
problème, je le trouve un peu idiot, maintenant, je n'ai pas
honte de mes amis, donc voilà, pourquoi pas antifolk ? Ca
ne fait pas vendre plus de disques pour autant, c'est un peu
ça le problème, ceci-dit...

ADA : De la
même façon, vous devez avoir votre lot de questions au sujet
de la lo-fi. Devoir répondre à ce type de questions pour un
album aussi travaillé que Not On Top ne vous agace-t-il pas
?
DI : La LoFi,
je sais pas, ça ne veut rien dire, vraiment... Daniel Johnston
écrit de très belles chansons et les enregistrait avec un
magnétophone, Ok, c'est LoFi. The Mountain Goats aussi, LoFi.
Ces deux artistes ont des moyens immenses maintenant, et ils
font toujours des bonnes chansons. Il y a eu plein de super
artistes Lo Fi, comme Refrigerator, Royal Trux ou John Davis
par exemple. Ce que j'aime, c'est les bonnes chansons, de
toute façon. Il y a eu aussi plein de trucs vraiment nuls
enregistrés en LoFi, je pense à God Is My Co Pilot par exemple.
En résumé : avoir un son cheap, rustique ou avoir peu de moyens
pour enregistrer, ne change pas le critère principal de qualité,
qui concerne l'écriture elle même. Après, il faut savoir se
servir de ce qui est bien dans diverses techniques, et des
fois tel ou tel instrument sonnera bien enregistré avec du
matériel peu cher, il ne faut pas l'oublier lorsque l'on a
plus de moyens pour enregistrer. En clair, c'est pas parce
que l'on a 48 pistes pour enregistrer qu'il faut avoir 48
instruments sur chaque chanson.
ADA : Pour conclure
: dans quelles circonstances conseillez-vous d'écouter Not
On Top ?
DI : Les vôtres...
Je veux dire les meilleures conditions sont les plus personnelles.
J'aime écouter New Morning pour m'endormir, John Wesley Harding
en conduisant, Goo quand il fait froid, White Light/ White
Heat quand il fait chaud, Lee Dorsey le matin, j'aime danser
avec les Meters, et écouter les Shangri-Las à Hannukkah, J'écoute
New Skin For The Old Ceremony en Suède et I see A darkness
quand je vais a la plage, je ne sais pas, J'adore Ice Cube
quand je prends le métro, enfin, tu vois ce que je veux dire.
J'aimerais bien que certaines personnes aiment Not OnTop d'une
façon particulière, et le rattachent à des moment spéciaux.
ADA : Quels
sont chacun vos titres favoris ?
DI : Sur Not
On Top, mes titres favoris sont " You Could Be A Model Goodbye
", " Slow Century ", " Walk Don't Run ", " This Will Never
Happen " et " Eleven Stones ", je suis très fier de ces chansons...
ADA : Quels
sont les derniers Cds qui passent dans votre van de tournée
?
DI : Little
Wings " Magic Wand ", je pense que c'est un CLASSIC, j'aime
cet album de tout mon coeur, sinon, le nouvel album de Jeff
Lewis, et celui de Turner Cody...
Interview préparée
par Benjamin en Mai 2005 et réalisée
en Septembre 2005.
Merci à David-Ivar.
Merci à Arnault CHAGNON pour son efficacité. Merci à Julien.
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