ADA
: Ca va mieux non ?
La
fresto: Ce soir, ça va. Mais, je ne sais pas ce que me réserve
l'avenir. Mis de côté tous les problèmes que chacun peut
rencontre, je ne suis pas quelqu'un de pessimiste. Donc,
je peux dire, sans trop avoir peur, que oui, ça va mieux.
Mais, ai-je été plus mal que d'habitude qu'aujourd'hui .
ADA
: Ce disque c'est comme une thérapie pour toi, l'instant
où tu as décidé de tout vider ?
La
fresto: Non, pas vraiment. Si je parlais de mes problèmes
personnels dans mes chansons, ce n'aurait pas beaucoup d'intérêt.
Je n'ai d'ailleurs jamais agi ainsi. Bien sûr, ma vie interfère
sur les histoires que je raconte, mais, heureusement pour
moi, je ne raconte que des histoires….

ADA
:C'est quoi l'histoire de La Fresto avant ce disque ?
La fresto: J'ai commencé à faire de la musique très jeune,
mais je n'ai jamais été doué pour le jeu en tant que tel.
Alors, j'ai tenté de m'adapter, d'utiliser mes capacités
dans des créations non classiques. Puis, j'ai réussi à acquérir
un quatre pistes et comme je n'aimais pas ma voix à l'époque
(1992), je l'accélérais, inspiré par les Residents. En fait,
j'ai toujours fonctionné de la même manière. Je me suis
constamment adapté à mes déficiences de musicien en devenir.
J'ai écrit plusieurs albums cassettes sur des labels underground
à partir de 1992. Et puis, j'ai rencontré Vincent Chauvier
de Lithium qui a crû assez rapidement en moi et qui m'a
surtout permis de m'affirmer un peu plus. Cette confiance
m'a aussi aidé à explorer d'autres voix.
ADA
: Les personnages de ce disque sont-ils des gens de ta connaissance
(La Mégère, Arnaqueur) ?
La fresto: Il n'y a aucune histoire de ce disque qui
n'ait pas été vécue d'une certaine manière. Alors, oui,
forcément, je me suis inspiré de personnes de mon entourage.
Leurs histoires, souvent dramatiques, parfois drôles, je
les ai transformées et grossies. Ce que je raconte n'est
pas ce qu'elles ont vécues réellement, mais ce qu'elles
auraient vécues si j'avais été à leur place… .
ADA
: Tu travailles comment ? L'accident est il le moteur de
la création pour toi ?
La fresto: Je travaille avec les moyens du bord. C'est
à dire avec un ordinateur, un sampleur, des claviers et
une guitare. L'accident est effectivement tout ce que j'aime
dans la musique. C'est l'imprévu, l'aléatoire, la défaillance
qui font avancer les choses. Je déteste par dessus tout
ce qui est figé, la bienséance et la coutume musicale. C'est
aussi pour cela que je développe un projet purement électronique,
annexe à La Fresto, qui s'appelle The Crisding Bladading,
basé justement sur des erreurs de programmations et instruit
par toute une histoire de bidouilles. Pour La Fresto, c'est
un peu la même chose, sauf qu'il y a des textes.
ADA
: Cela te dérange le côté psychiatrique de ton disque au
final ? je sais en lisant des papiers sur ce disque que
beaucoup n'ont pas eu le courage de le percer et d'aller
plus loin ?
La fresto: Je ne crois pas que ce disque ait une facette
psychiatrique. C'est une analyse purement journalistique.
Qu'il dévoile des pans de ma personnalité, je ne le conteste
pas. Il ne faut pas chercher midi à quatorze heures cependant.
Si je développe une certaine folie, elle est mienne et ne
relève pas de la psychiatrie. Et je pense que si tel était
le cas, je ne serais pas le seul à goûter aux plaisirs des
pilules. Maintenant, que des journalistes n'aient pas désiré
aller plus loin qu'une première ou ébauche de première écoute,
je ne peux pas leur en vouloir. Ils sont débordés de travail,
les journalistes chroniqueurs. Parler de courage dans ce
cas précis ne me paraît pas adéquat. Je n'ai quand même
pas révolutionné le genre ! .
ADA
: La filiation Dominique A, Diabologum, Programme tu l'acceptes
?
La fresto: Je l'accepte sans aucun problème, évidemment.
Dominique A est un artiste dont le talent est incontestable.
Il a pris énormément de risques à différentes étapes de
sa carrière, je pense notamment à l'album Remué alors que
tout le monde attendait un Mémoire Neuve bis ; c'est la
locomotive de la nouvelle génération. S'inspirer d'un homme
comme lui ne devrait choquer personne. Diabologum, Programme,
et tu aurais pu citer Expérience, sont ce qui se fait de
mieux en France depuis des lustres. On peut pavoiser devant
des groupes qui remplissent les caisses des maisons de disques
ou qui ne sont crées que pour ça, mais il va falloir attendre
un bon bout de temps avant de découvrir de nouveaux talents
qui arrivent à la cheville de ces groupes là ! Cependant,
je ne prétends pas faire aussi bien qu'eux. Je m'en suis
inspiré, et c'est déjà pas mal. Ces références, au même
titre que Lithium, m'ont permis d'y croire un peu plus.
ADA
: Tu te situes dans le paysage music français ?
La
fresto: Je ne cherche pas vraiment à me situer, en fait.
J'écoute ce qui se fait. J'aime, je n'aime pas et je continue.
Miossec, TTC ou MC Jean Gab'1 me plaisent bien.
ADA
: C'est qui en fin de compte La Fresto ?
La
fresto: C'est un projet qui remonte au début des années
90 et c'est moi en même temps. Je ne suis pas vraiment ce
que je laisse paraître. Il aurait été dommage alors de signer
un album avec mon vrai nom. La Fresto, c'est une partie
de ce que je ne serais jamais, finalement .

ADA
: Tu connais les asiles d'aliénés ? Enfin moi je vais pas
tarder à connaître, tellement Allo ? me fait flipper. L'expérience
est d'ailleurs de s'en servir sur un film de Murnau ! ?
La fresto:Tu parles de Friedrich-Wilhelm Murnau ? Je
ne connais pas bien ce cinéaste. Allo ? me fait aujourd'hui
flipper parce que Colette est morte. On l'entend sur ce
morceau.
ADA
: Tu t'es rendu compte de la monté en puissance glauque
de ton disque ?
La fresto:Je ne trouve pas que mon disque soit glauque.
Il est vrai que si l'on s'arrête au premier degré des textes,
ce n'est pas simple. Je suis quelqu'un pourtant de foncièrement
optimiste et la couverture de l'album est justement là pour
le prouver. Le track-listing de l'album fonctionne aussi
en ce sens. Quatre Années, l'une des chansons les plus dures,
achève l'aventure de Ca va mieux, non ? mais répond en quelque
sorte à la question initiale.
ADA
: En voyant la pochette on pouvait croire à un disque d'un
gentil déconneur et on se retrouve avec un Programme caché
? t'es malade non ?
La
fresto: C'est vrai que Programme a été l'une de mes dernières
grosses références musicales, au même titre que Aphex Twin
ou Matmos. C'est l'attachement à la musique concrète qui
m'a touché et surtout le côté novateur chez ces artistes
ou groupes. Pourtant, je ne crois pas jouer dans la même
cour que Programme. Mes propos sont moins sombres quand
même.
ADA
: Question qui me taraude…. Les lions de la pochette il
sont mort de rire ?
La
fresto : Les lions ? Nous les avons mangés avec le photographe
William Denizet et le graphiste Noky. Il suffit d'y penser
très fort !
ADA
: On ne peut pas se quitter sans parler de la fin de l'emblème
de l'indépendance en France ? La vie sans Lithium est elle
possible !
La
fresto: Je ne sais pas si Lithium était l'emblème de l'indépendance
en France, mais il est vrai que la situation actuelle n'est
pas très rassurante. Les références n'existent plus. Il
va falloir attendre le contre mouvement qui va forcément
naître dans les mois à venir. Pour le moment, on est mal
barré. La vie sans Lithium est forcément possible. Pour
ce qui est de La Fresto, je ne sais pas précisément ce que
je vais faire. J'écris de nouvelles chansons en prenant
un temps précieux. Je ne suis pas au pied du mur pour sortir
un second disque dans l'immédiat. En fait, je travaille
la scène avec Guilhem, un guitariste. Ce musicien avec qui
je m'entends très bien jouera sur le deuxième album, si
celui-ci doit voir le jour. Ce sera beaucoup plus tendu
musicalement, plus punk dans l'esprit aussi. Enfin, j'ai
des tonnes de projets annexes : The Crisding Bladading (musique
électronique expérimentale), un livre, une BD et un space-opera.
Tout ça m'occupe entre deux tasses de café .
ADA
: Ton panthéon en une dizaine de disque ?
La
fresto : Tricky, Tricky Kid / Aphex Twin, Girl Boy ep. /
OMD, Messages / Frank Black, Los Angeles / Robert Wyatt,
Seasong / Angelo Badalamenti, Falling / Dominique A, Le
courage des oiseaux / Diabologum, La maman et la putain
/ Pauline, new ep. / The Third Eye Foundation, Fear of a
wack planet