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Lonah l'interview (septembre 2007)  
 

ADA: C'est qui Lonah ?

LONAH : C'est quelqu'un ? Désolée, c'est cavalier les queues-de-poisson ! Je sais pas trop en fait, peut-être vous seriez plus à même de répondre. Un projet musical et une passion portée par cinq musiciens, un ingé son et un technicien lumière. Un prétexte destiné à nos caprices.

ADA : Après une expérience surtout numérique ce passage au support physique est il le lancement véritable de votre discographie ?

LONAH : En un sens, oui. Le premier album Pièces a plus fait figure d'album-éprouvette. Et c'est certainement parce qu'il était plus abouti aussi qu'on a eu envie que le second album Au fond du temps ait une vie autre que numérique. Depuis trois ans, l'univers de Lonah s'est affirmé, nous sommes aussi devenus un groupe. Le meilleur reste encore à venir...

ADA : Comment est né le groupe Lonah ? D'ailleurs Lonah n'est il pas surtout un collectif multi supports ?

LONAH : Lonah est né d'une succession de culbutes curieuses, mais toujours guidé par cette volonté de caprices, d'ouvrir des univers qui nous soient propres. Un énergumène a d'abord embêté une autre énergumène pour composer quelques morceaux. Puis, d'autres énergumènes sont tombés du ciel pour y rajouter leurs pattes. Et tout ceci a fait un groupuscule harmonique de plus. L'idée de 'collectif multi support' est quelque part justifiée, dans le sens où nous avons à cœur de jouer de graphismes, peintures, textes, à côté des morceaux qui se baladent ici et là. Mais quand nous nous tassons dans un trou, nous tenons plutôt bien et pourrions même parler d' 'unité'

ADA : Vers quel style tendiez vous au début ?

LONAH : Vers le pop-rock. Même si on a toujours préféré l'étiquette de " confiture mélodique hallucinée ", ça sonne mieux.

ADA : Depuis Kat Onoma on n'avait pas croisé un groupe avec une vraie passion égale entre la littérature et la musique. Votre cœur balance ?

LONAH : Il balancerait s'il y avait un choix à faire. En l'occurrence, nous avons choisi la musique et notre goût pour la littérature fait partie de ce choix. Après, il ne s'agit en rien de s'approprier ce que nous avons volé. La démarche se situe plus au niveau d'un déplacement, me semble-t-il. La référence à des auteurs tels qu'Eluard ou Ionesco peut toujours paraître risquée (voire impertinente), mais elle n'en est pas moins stimulante dès lors qu'on envisage les textes sous leur jour universel, comme désolidarisés d'eux-mêmes. Les plumes que nous volons ne servent qu'à créer des avatars, toujours inutiles et libres d'interprétations.

ADA : L'autre univers de Lonah ce sont les visuels notamment sur le livret de Binarymind? Qui influence qui ? La musique ou l'image ?

LONAH : Pour le cas du livre créé par BinaryMind, il s'est agit clairement d'une collaboration entre nos deux mondes, le formidable gus en question ayant passé un nombre d'heure inacceptable à se lobotomiser sous notre café et nos harmonies pour composer chaque planche graphique. D'une manière générale, je ne suis pas sûr que l'un influence l'autre réellement, il s'agit de moyens différents d'exprimer une même chose, d'agripper ce qu'un instant peut avoir de précieux et d'essayer de le faire tenir en place.

ADA : La gestation d'un morceau est longue, lente, vous ne risquez pas de perdre la fraîcheur de la spontanéité ?

LONAH : Possible. Possible aussi que nous essayons de nouvelles approches de travail à l'avenir, notamment par le biais de collaborations. Cela dit, je ne crois pas qu'il s'agisse tant de spontanéité que d'une impression donnée de spontanéité. Il me semble que la spontanéité musicale relève plus des bœufs, des impros, ce genre de prestations excellentes. Mais il y a des cadres pour ça. Quand on fait un album c'est autre chose, il ne faut pas que le travail s'entende mais s'il n'est pas là c'est mort ! Comme pour une impro au final, sauf que le contexte n'est plus le même et que nous ne sommes pas des jazzmen, donc ça pardonne pas ! Après on apprend, on a encore beaucoup à apprendre mais on n'en est pas moins fiers de ce qui a déjà été fait. Lonah, c'est un peu sophistico-baroque à tendance asianiste mais plus notre univers évoluera, mieux on le cernera, et le prochain défi sera certainement de l'épurer sans l'affadir.

ADA : Sur votre site il y a une rubrique texticules, outre l'humour, cette rubrique vous sert elle à l'alimentation des textes de vos chansons ?

LONAH : L'honnêteté ajoutée aux probables tendances homicides de mes confrères m'oblige à avouer que non. Celles-ci sont juste des mots laissés là par un des membres du groupe en tout caprice, des essais de nouvelles ou autres, qui n'ont d'autre but que d'essayer d'offrir quelques sourires aux visiteurs de passage. Il y a des projets là-dessus, des choses à construire, mais hélas, il semblerait qu'il soit encore impossible d'insérer plus de 24 heures dans une journée, même en poussant très fort.

ADA : Il y a une chanson en anglais sur ce nouvel album, c'est une façon de vous prouver que vous êtes capables de vous éloigner de la langue française ?

LONAH : Mon Dieu non ! Ce serait plutôt une question de recul. On ne peut pas vraiment prétendre à écrire dans des langues qui ne sont pas maternelles. Par contre, l'écriture à tâtons dans une langue que l'on ne maîtrise que de façon bancale peut offrir un regard plus neuf sur les mots et réactualiser certaines images que l'on ne soupçonnait plus. En ce sens, ça peut être intéressant. Mais ça peut être encore des ambiances que votre cerveau patenté et têtu se décide juste à associer directement à du tchèque.

ADA : Raphaëlle entre Kate Bush et Camille c'est la valeur ajoutée de Lonah. Lonah c'est elle au milieu d'un dédale sonore aux structures hallucinées ?

LONAH : C'est beaucoup plus que cela, en fait, dans la mesure où elle est rarement étrangère à ce dédale en question. Certains morceaux du troisième album seront même entièrement de sa patte, et il est évident, que 'Lonah' n'aurait aucun sens sans elle. La plupart des morceaux de Lonah restent à mon goût des 'pièces', à savoir, des contes, des histoires dans des univers qui n'ont été battis que pour eux. Je pense que cette volonté d'honnêteté est le réel dénominateur des différents morceaux. Ensuite, l'unité est là, malgré tout, et grâce à elle.

ADA : Il y a des extraits de concert sur votre site. Il n'y a pas de frustration de ne faire voir qu'une dimension de Lonah et de ne pas s'appuyer sur les visuels ?

LONAH : Déjà, nous avons travaillé à plusieurs approches pour intégrer l'univers visuel en concert, et les concerts à venir retrouveront leur accompagnement vidéo et imagé qu'ils ont eu à une époque. Ensuite, il y a aussi une volonté différente entre les morceaux posés sur CD et ceux joués en live, qui est à mon goût assez fondamentale. Notre volonté est que les morceaux enregistrés sur disque soient des œuvres (sans prétention sur la qualité de celles ci) pleines du sens qui leur a été confié et ce dans le moindre détail, une volonté de 'finition' qui n'a pas lieu d'être en concert, là où l'important est de transmettre ces univers avec plaisir et énergie. De fait, les morceaux joués en concert sont donc assez différents, moins figés, beaucoup plus rock afin que chaque musicien puisse réellement s'exprimer. Ne pas jouer les morceaux à la partition mais les jouer vraiment. De là le fait qu'il n'y ai pas de telle frustration, le plaisir étant toujours là.

ADA : Lonah c'est aussi du culot, Sinatra explosé comme chez Eastwood. Vous êtes des cascadeurs ?

LONAH : L'idée de cette reprise de Fly me to the moon était d'Eric et j'avoue que c'est une de celles que je préfère chanter en concert. J'adore les reprises, je trouve que c'est un exercice excellent, très sain et aux fondements même de la musique, surtout en jazz ! Et les mélodies de Sinatra sont superbes en plus. Après pourquoi l'avoir explosé ?... Je ne sais pas, mais pour le coup je trouve ça assez jouissif d'avoir massacré ce côté justement assez propre et colgate bright des arrangements du crooner pour en faire ce truc miteux et carié du final. Qui sait, il aurait peut-être été pas mal en fin de soirée Sinatra dans notre Fly me à nous !

ADA : L'avenir de Lonah ?

LONAH : Continuer pour le plaisir et la passion, aussi con que cela puisse paraître. Nous avons fait des choix (dont celui de l'Art Libre) peu évidents, dont nous sommes assez fiers, et nous continuerons tant que se peut. Sinon, afin de rattraper une année perdue sous l'agonie de notre ancien producteur (r.i.p.), de la musique, beaucoup de musique. Un EP est prévu pour fin novembre avec Luizo Vega, réalisateur-danseur reconnu d'amérique du Sud. Un side-project assez techno (machines+voix) est né au glaz'art le 5 septembre dernier sous l'appellation peu contrôlée de 'Take your Spoon And Run', dont nous allons bosser un autre EP assez vite. Et on a déjà 8 ébauches pour le troisième album. Dormir, aussi, de temps en temps.

ADA : Le mot de la fin est pour vous :

LONAH : Tournée générale de musique à Glaz'art le 27 septembre. Venez trinquer avec nous…

Interview réalisé via mail en septembre 2007

 

 

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