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ADA: C'est qui
Lonah ?
LONAH : C'est
quelqu'un ? Désolée, c'est cavalier les queues-de-poisson
! Je sais pas trop en fait, peut-être vous seriez plus à même
de répondre. Un projet musical et une passion portée par cinq
musiciens, un ingé son et un technicien lumière. Un prétexte
destiné à nos caprices.

ADA : Après
une expérience surtout numérique ce passage au support physique
est il le lancement véritable de votre discographie ?
LONAH : En
un sens, oui. Le premier album Pièces a plus fait figure d'album-éprouvette.
Et c'est certainement parce qu'il était plus abouti aussi
qu'on a eu envie que le second album Au fond du temps ait
une vie autre que numérique. Depuis trois ans, l'univers de
Lonah s'est affirmé, nous sommes aussi devenus un groupe.
Le meilleur reste encore à venir...
ADA : Comment
est né le groupe Lonah ? D'ailleurs Lonah n'est il pas surtout
un collectif multi supports ?
LONAH : Lonah
est né d'une succession de culbutes curieuses, mais toujours
guidé par cette volonté de caprices, d'ouvrir des univers
qui nous soient propres. Un énergumène a d'abord embêté une
autre énergumène pour composer quelques morceaux. Puis, d'autres
énergumènes sont tombés du ciel pour y rajouter leurs pattes.
Et tout ceci a fait un groupuscule harmonique de plus. L'idée
de 'collectif multi support' est quelque part justifiée, dans
le sens où nous avons à cœur de jouer de graphismes, peintures,
textes, à côté des morceaux qui se baladent ici et là. Mais
quand nous nous tassons dans un trou, nous tenons plutôt bien
et pourrions même parler d' 'unité'

ADA : Vers quel
style tendiez vous au début ?
LONAH : Vers
le pop-rock. Même si on a toujours préféré l'étiquette de
" confiture mélodique hallucinée ", ça sonne mieux.
ADA : Depuis
Kat Onoma on n'avait pas croisé un groupe avec une vraie passion
égale entre la littérature et la musique. Votre cœur balance
?
LONAH : Il balancerait
s'il y avait un choix à faire. En l'occurrence, nous avons
choisi la musique et notre goût pour la littérature fait partie
de ce choix. Après, il ne s'agit en rien de s'approprier ce
que nous avons volé. La démarche se situe plus au niveau d'un
déplacement, me semble-t-il. La référence à des auteurs tels
qu'Eluard ou Ionesco peut toujours paraître risquée (voire
impertinente), mais elle n'en est pas moins stimulante dès
lors qu'on envisage les textes sous leur jour universel, comme
désolidarisés d'eux-mêmes. Les plumes que nous volons ne servent
qu'à créer des avatars, toujours inutiles et libres d'interprétations.
ADA : L'autre
univers de Lonah ce sont les visuels notamment sur le livret
de Binarymind? Qui influence qui ? La musique ou l'image ?
LONAH : Pour
le cas du livre créé par BinaryMind, il s'est agit clairement
d'une collaboration entre nos deux mondes, le formidable gus
en question ayant passé un nombre d'heure inacceptable à se
lobotomiser sous notre café et nos harmonies pour composer
chaque planche graphique. D'une manière générale, je ne suis
pas sûr que l'un influence l'autre réellement, il s'agit de
moyens différents d'exprimer une même chose, d'agripper ce
qu'un instant peut avoir de précieux et d'essayer de le faire
tenir en place.

ADA : La gestation
d'un morceau est longue, lente, vous ne risquez pas de perdre
la fraîcheur de la spontanéité ?
LONAH : Possible.
Possible aussi que nous essayons de nouvelles approches de
travail à l'avenir, notamment par le biais de collaborations.
Cela dit, je ne crois pas qu'il s'agisse tant de spontanéité
que d'une impression donnée de spontanéité. Il me semble que
la spontanéité musicale relève plus des bœufs, des impros,
ce genre de prestations excellentes. Mais il y a des cadres
pour ça. Quand on fait un album c'est autre chose, il ne faut
pas que le travail s'entende mais s'il n'est pas là c'est
mort ! Comme pour une impro au final, sauf que le contexte
n'est plus le même et que nous ne sommes pas des jazzmen,
donc ça pardonne pas ! Après on apprend, on a encore beaucoup
à apprendre mais on n'en est pas moins fiers de ce qui a déjà
été fait. Lonah, c'est un peu sophistico-baroque à tendance
asianiste mais plus notre univers évoluera, mieux on le cernera,
et le prochain défi sera certainement de l'épurer sans l'affadir.
ADA : Sur votre
site il y a une rubrique texticules, outre l'humour, cette
rubrique vous sert elle à l'alimentation des textes de vos
chansons ?
LONAH : L'honnêteté
ajoutée aux probables tendances homicides de mes confrères
m'oblige à avouer que non. Celles-ci sont juste des mots laissés
là par un des membres du groupe en tout caprice, des essais
de nouvelles ou autres, qui n'ont d'autre but que d'essayer
d'offrir quelques sourires aux visiteurs de passage. Il y
a des projets là-dessus, des choses à construire, mais hélas,
il semblerait qu'il soit encore impossible d'insérer plus
de 24 heures dans une journée, même en poussant très fort.
ADA : Il y a
une chanson en anglais sur ce nouvel album, c'est une façon
de vous prouver que vous êtes capables de vous éloigner de
la langue française ?
LONAH : Mon
Dieu non ! Ce serait plutôt une question de recul. On ne peut
pas vraiment prétendre à écrire dans des langues qui ne sont
pas maternelles. Par contre, l'écriture à tâtons dans une
langue que l'on ne maîtrise que de façon bancale peut offrir
un regard plus neuf sur les mots et réactualiser certaines
images que l'on ne soupçonnait plus. En ce sens, ça peut être
intéressant. Mais ça peut être encore des ambiances que votre
cerveau patenté et têtu se décide juste à associer directement
à du tchèque.

ADA : Raphaëlle
entre Kate Bush et Camille c'est la valeur ajoutée de Lonah.
Lonah c'est elle au milieu d'un dédale sonore aux structures
hallucinées ?
LONAH : C'est
beaucoup plus que cela, en fait, dans la mesure où elle est
rarement étrangère à ce dédale en question. Certains morceaux
du troisième album seront même entièrement de sa patte, et
il est évident, que 'Lonah' n'aurait aucun sens sans elle.
La plupart des morceaux de Lonah restent à mon goût des 'pièces',
à savoir, des contes, des histoires dans des univers qui n'ont
été battis que pour eux. Je pense que cette volonté d'honnêteté
est le réel dénominateur des différents morceaux. Ensuite,
l'unité est là, malgré tout, et grâce à elle.
ADA : Il y a
des extraits de concert sur votre site. Il n'y a pas de frustration
de ne faire voir qu'une dimension de Lonah et de ne pas s'appuyer
sur les visuels ?
LONAH : Déjà,
nous avons travaillé à plusieurs approches pour intégrer l'univers
visuel en concert, et les concerts à venir retrouveront leur
accompagnement vidéo et imagé qu'ils ont eu à une époque.
Ensuite, il y a aussi une volonté différente entre les morceaux
posés sur CD et ceux joués en live, qui est à mon goût assez
fondamentale. Notre volonté est que les morceaux enregistrés
sur disque soient des œuvres (sans prétention sur la qualité
de celles ci) pleines du sens qui leur a été confié et ce
dans le moindre détail, une volonté de 'finition' qui n'a
pas lieu d'être en concert, là où l'important est de transmettre
ces univers avec plaisir et énergie. De fait, les morceaux
joués en concert sont donc assez différents, moins figés,
beaucoup plus rock afin que chaque musicien puisse réellement
s'exprimer. Ne pas jouer les morceaux à la partition mais
les jouer vraiment. De là le fait qu'il n'y ai pas de telle
frustration, le plaisir étant toujours là.
ADA : Lonah
c'est aussi du culot, Sinatra explosé comme chez Eastwood.
Vous êtes des cascadeurs ?
LONAH : L'idée
de cette reprise de Fly me to the moon était d'Eric et j'avoue
que c'est une de celles que je préfère chanter en concert.
J'adore les reprises, je trouve que c'est un exercice excellent,
très sain et aux fondements même de la musique, surtout en
jazz ! Et les mélodies de Sinatra sont superbes en plus. Après
pourquoi l'avoir explosé ?... Je ne sais pas, mais pour le
coup je trouve ça assez jouissif d'avoir massacré ce côté
justement assez propre et colgate bright des arrangements
du crooner pour en faire ce truc miteux et carié du final.
Qui sait, il aurait peut-être été pas mal en fin de soirée
Sinatra dans notre Fly me à nous !

ADA : L'avenir
de Lonah ?
LONAH : Continuer
pour le plaisir et la passion, aussi con que cela puisse paraître.
Nous avons fait des choix (dont celui de l'Art Libre) peu
évidents, dont nous sommes assez fiers, et nous continuerons
tant que se peut. Sinon, afin de rattraper une année perdue
sous l'agonie de notre ancien producteur (r.i.p.), de la musique,
beaucoup de musique. Un EP est prévu pour fin novembre avec
Luizo Vega, réalisateur-danseur reconnu d'amérique du Sud.
Un side-project assez techno (machines+voix) est né au glaz'art
le 5 septembre dernier sous l'appellation peu contrôlée de
'Take your Spoon And Run', dont nous allons bosser un autre
EP assez vite. Et on a déjà 8 ébauches pour le troisième album.
Dormir, aussi, de temps en temps.
ADA : Le mot
de la fin est pour vous :
LONAH : Tournée
générale de musique à Glaz'art le 27 septembre. Venez trinquer
avec nous…
Interview
réalisé via mail en septembre 2007
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