ADA
: Dis moi il aura fallu du temps entre les premiers passages
chez Lenoir et la sortie de ce disque dans le circuit
normal de la vente ?
Lou
: à peine trois ans! une broutille...à l'âge que j'ai,
je ne compte plus.
ADA
:A part Lenoir y a t'il des coups de pouces qui ont fait
basculer la tendance ?
Lou
: La chronique de Sylvain Rosenthal dans Nova Mag, à qui
j'avais déjà envoyé l'album précédent: le distributeur
Musicast m'a contactée après l'avoir lue.Comme quoi....
ADA
: Comment as tu pu aligner un casting pareil pour ce disque
sans avoir de maison de disque ?
Lou : Parce que justement ce n'est pas un casting de
maison de disques. Dimitri a fait entendre mes demos et
des morceaux de l'album précédent aux personnes avec qui
il travaille, Paul Kendall, Michael J Sheehy ou Rob Ellis.
Ils ont d'abord écouté,il y a eu un interêt de leur part,
on a fait des choses ensemble après. Y a t'il une autre
manière de rencontrer des gens quand on fait de la musique?
Des affinités, du plaisir.

ADA
: C'est pas désespérant de ne pas pouvoir (exister?)dans
ce système alors que le disque proposé est d'une grande
facture ?
Lou : J'ai beaucoup de chance. Je fais de la musique,
cela existe. Des gens l'entendent; tu me poses des questions
sur ce que je fais...et presque cela m'étonne. Ce qui
serait désespérant ce serait de perdre le désir de le
faire. Aucun "système" n'est de taille face à ça: le plaisir
que j'ai au moment où un morceau est en train de se faire,c'est
"hors la loi". Pour ce qui est de la production ; si c'est
bien, c'est entièrement de la faute de Dimitri Tikovoï
!.
ADA
: Pour ce disque la sensualité est présente, il y a même
une forme d'érotisation de ta voix, comme sur l 'échantillon
( corps & âme) choisi sur l'ouverture de ton site. C'est
un choix ?
Lou : C'est je crois Sollers qui dit: " Quelqu'un d'érotique
c'est quelqu'un qui a une âme", De toute façon je ne sais
pas "chanter" comme on dit. C'est un autre muscle qui
s'exprime...
ADA
: Tu es donc prête pour l'enfer ! Tu insères des parcelles
de ta vie dans tes textes ou c'est un film un disque une
expo qui font travailler l'imaginaire ?
Lou : Sans doute, les oeuvres qui nous touchent, sont
celles qui nous ramènent à nous même. Par exemple, que
je fasse un morceau ou que j'en écoute un, c'est pareil;
je recherche la même sensation, c'est comme une boucle
infernale, plus il y en a , plus tu en veux. Ce n'est
pas l'imaginaire qui se met en marche, c'est le désir
de re-sentir cette émotion. C'est pour ça que je n'aime
pas les oeuvres qui sont faites pour "distraire." je ne
veux être distraite de rien, au contraire, pourvu que
tout ce que je vois, j'entends,je lis, me ramène à mon
sujet.

ADA
: Ce duo avec Michael J sheehy est une splendeur, d'autant
que l'on sent que l'homme est ici enfin la partie fragile.
Tu peux nous expliquer l'amirauté ?
Lou : Dans toutes les grandes villes portuaires, il
y a une "Amirauté". C'est comme un souvenir d'un lieu
où je ne suis jamais allée, mais que je connais très bien.
J'imaginais ce duo comme une distance infranchissable.
Je chuchote à l'oreille de Michael, et lui me réponds
dans un écho, de très loin; d'un endroit qui n'existe
plus ou qui n'a jamais existé.
ADA
: Pour l'amour vide après l'écriture de ma chronique je
me suis aperçu que ce morceau me rappelait beaucoup de
choses, un morceau imaginaire de Gainsbourg interprété
par Françoise Hardy ! C'est quoi les influences de Lou
?
Lou
: NO COMMENT...comme disait Serge G.
Influences?...malheureusement,
c'est du sang de Malouins qui coule en moi, et donc, l'idée
même de ressembler un tant soit peu, d'imiter ou de s'inspirer
de quoique ce soit m'est étrangère d'une manière chromosomique.
On me le reproche et je sais que pas mal d'artistes ont
commencé par imiter leurs propres idoles, c'est un talent
indispensable; et c'est vrai pour toutes les démarches
artistiques. Biensûr qu'on n'est à l'origine de rien,
la création, c'est juste une accumulation de preuves.
Mais quand même,il y a une phrase un peu violente mais
qui, malheureusement, fait loi: "Pour que ça marche, il
faut que ça sente!"
ADA
: Il y a donc une reprise sur ce disque. Comment le choix
s'est fait et s'est porté sur le plus beau tango du monde
avec sa relecture contemporaine ?
Lou
: Je ne l'ai pas choisi comme une reprise, ça s'est imposé
à moi. C'est une chanson que j'entends depuis longtemps
et toujours dans des moments très "chargés" émotionellement.
Je me suis juste rendu compte que je la trouvais belle.
La chanter c'était aussi l'exorciser. Dimitri n'a jamais
entendu l'original, juste ma demo. C'est le propre d'une
chanson, quelle qu'elle soit; elle accompagne des moments
de la vie, et qu'on le veuille ou non, elle prend un sens
pour chacun de nous, au delà de son "contenu".
ADA
: Tu travailles comment à l'écriture de tes morceaux ?
Lou : Musique d'abord: bidouillage très sommaire. Un
arpège de guitare , une basse maladroite, un tempo; (
je ne joue vraiment de pas grand chose !), Le son détermine
le sens, la mélodie,les mots très vite après. Il faut
que ça aille vite, comme si c'était près depuis longtemps,
sinon, c'est laborieux. Dimitri écoute ma pauvre maquette,et
il reprend tout ça .On n'en parle pas, on parle d'autre
chose. On rit beaucoup, On travaille vite ( et pour cause.....
no money!) L'album s'est réellement enregistré en une
semaine à Londres.
ADA
: Sur des longueurs, tu parles d'une vie qui te prend
tout ton temps ? Lou est désabusée ou résignée ?En fait
il n'y a que l'amour et le contact physique à sauver,
et encore le mal est souvent au bout ?
Lou : Non , ni résignée ni désabusée. Dans la vie comme
dans les longueurs de piscine, le plaisir vient de la
répétition. J'insiste. Que faire d'autre? Aimer et connaître.
C'est épuisant, c'est sûr.la vraie oeuvre c'est la vie.
Quand au mal; je ne le vois pas au bout, mais à l'origine
de tout. L'homme est mauvais...."but the night is young,
and so are we" ...
ADA
: Tu te situes ou dans le paysage musical actuel ? que
penses tu de cette scène " ligne claire " de delerm à
bruni, blanche et monotone ?
Lou
: Je suis très isolée. C'est comme en politique, les ministres
se connaissent tous depuis les bancs des grandes écoles.
Des clubs très fermés. Pas assez de gens ont "intérêt"
à diffuser mon travail. La loi est simple....je ne coûte
rien à personne, ou si peu, donc je n'ai pas besoin de
"rapporter". Ce qui est terrible c'est de faire croire
aux gens qu'ils ont fait un choix, que d'écouter Delerm
c'est "mieux" que Bruel. Je suis plus touchée par la "fausse"
marge que par la vraie variété, c'est plus pervers. Tout
est fait d'avance. Prémâché.Mou. Même la notion "d'autre
musique" devient de plus en plus litigieuse. je ne parle
pas du contenu musical, mais de l'alibi qu'il représente
pour certains media dits "spé" , qui de ce fait deviennent
eux mêmes l'alibi "de bon goût" des pôles financiers qui
les gardent undercontrol. C'est pour ça que quand je reçois
un email de quelqu'un qui a cherché à trouver mon album
, qui me le commande sur Internet , qui m'envoie un chèque,
et qui m'écrit pour me donner son avis après l'avoir écouté,
je suis ébahie de la curiosité des amateurs de musique!
Quel désir! Quelle force!
ADA
: En revenant au disque il est difficile de lui trouver
un style, de lui coller une étiquette. Si tu devais le
faire, cela donnerait quoi ?
Lou
: C'est bien ce qu'on me reproche. Où mettre l'album?
Dans quelle case? Je le découvre, ce n'est pas un choix.
Je souhaite comme tout le monde être entendue par beaucoup
de gens, sinon ça n'aurait pas de sens.j ne cherche pas
à faire" difficile". Je n'ai pas d'avis sur ça; chaque
album est à entendre en perspective de celui d'avant,
et ainsi de suite, c'est tout. La case, c'est moi. J'essaie
de la remplir .Comme style, je dirais:"chanteuse de dos".
ADA
: Et l'avenir de lou ? tu vas tourner et si oui avec qui
?
Lou
: J'ai fait quelques concerts avec cet album dont une
1ere parie pour Trash Palace au "Café de la Danse " .
J'en avais fait pas mal avec l'album précédent dont le
Festival de Bourges en 2000 Je voudrais jouer , c'est
essentiel pour moi. Autoproduire deux albums, ce n'est
rien par rapport à la difficulté d'être sur scène! Je
ne fais pas une musique franchement festive, dans les
bars pour les happy hours, ça plombe! Des vraies scènes,
des vrais concerts, des gens devant, ça ne peut venir
que d'un tourneur, d'un programmateur; Ces chansons sur
scène, je les vois comme une cérémonie, un rituel , une
prière amoureuse; Programmations, guitare, violoncelle
ou basse . Sur scène; ça "prend corps", il paraît. En
attendant, je tourne .....en rond dans ma chambre.
ADA
: Question vache, tu penses quoi du trash palace, que
j'ai ici dégommé tellement je trouve ce disque insupportable
? C'est étonnant le grand écart de Dimitri que l'on retrouve
aussi chez John cale?
Lou
: .....et chez Michael J Sheehy!
Dimitri
est très malicieux, j'ai vu le projet TP se monter comme
un jeu qui devient un monstre... Il y tient, c'est sa
créature, même si parfois elle vit sa vie sans lui...
Dimitri,
c'est une rencontre magnifique, musicale et humaine. Il
rend les choses simples, il les fait, c'est un travailleur
inoui, très doué, une personne rare, fiable et extrêmement
sincère. John Cale, Molko, Michael J Sheehy..et moi ,on
est tous d'accord là dessus.
Pour
le reste.....c'est l'histoire d'un top/journaliste musical
qui ne parle pas de mon album, (alors que si j'apparaissais
dans son journal que nous lisons toutes les semaines cela
aiderait beaucoup le disque, et il s'en doute..) en disant
; je le cite, et tant pis si c'est embêtant; " trop sombre,
trop inquiet pour moi, malgré une profondeur de champ
assez rare, l'univers de cette fille est si puissant,
si fort, que ça peut étouffer"..... Tu as trouvé T.P insupportable
et tu l'as dit ici même, c'est de bonne guerre. En ce
qui me concerne , je rêverais que le chroniqueur en question
explique à ses lecteurs que mon disque fort et puissant
l'étouffe! Merci de tes questions, donc.
ADA
: Question bête mais traditionnelle ici peux tu me faire
ton panthéon musical en dix disques au plus?
Lou
: 13 !!!( désolée)
en
n°10 : Lui: blond, dans l'immeuble d'en face, je passe
mes journées à la fenêtre: Compil"FORMIDABLE RYTHM&BLUES":
(Otis Redding, Aretha Franklin, Wilson Pickett)
en
n°9 :Vacances à Londres, dans une famille, le grand frère
écoute "ABBEY ROAD " ( Because , en boucle)
en
N°8: Un pur dandy, suisse,il me fait découvrir un album
de PETE SINFIELD (the seaghost?)
en
n° 7: Tadzio, sur la plage du Lido , trop beau ! Gustave
Malher les "KINDERTOTENLIEDER"par Kathleen Ferrier
en
n° 6: Premier groupe, un garçon punk avant l'heure qui
ressemble à Lou Reed en mieux... rupture très douloureuse:
XTC - CURE
en
n° 5: Italien , menteur, :LEONARD COHEN(Songs from a Room)
en
n° 4: Tadzio rescucité, un mirage , mais pas à Venise;
à Paris: PJ HARVEY (To bring you my love)
en
N° 3: Steeve Mac Queen.........FRANK SINATRA (tout)- WILL
OLDHAM - ( I see a darkness)- NICK CAVE( Into my arms)
en N° 2: Japonais,moine shaolin, très grand.....LES VARIATIONS
GOLDERG DE JS BACH PAR GLENN GOULD
en
N° 1: Navigateur, fan de murat: CAT POWER (Moon Pix)