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ADA
: Mobiil existe depuis quelques années maintenant. Quel regard
portes-tu sur le chemin que vous avez parcouru jusqu'à Contre
Le Centre ? Notamment par rapport à Prendre L'Eau, votre premier
album.
Olivier
Mellano : Avec Gaël Desbois, nous travaillons ensemble depuis
1987, on a commencé ensemble dans un groupe de lycée, puis
ont suivies pas mal d'expériences ensemble ou séparément sur
d'autres groupes, expériences qui ont enrichies notre travail
commun. Mobiil existe depuis 4 ou 5 ans, c'est notre projet
principal, celui dans lequel on met le plus de choses personnelles.
Prendre L'eau était une première pierre qui définissait un
peu le cadre dans lequel nous allions évoluer, tant au niveau
de la méthode de travail qu'au niveau des textes et de la
direction musicale. Contre Le Centre a été enregistré assez
rapidement après la sortie du premier album, mais il a fallut
près de deux ans pour le sortir (maisons de disques, blah
blah blah...). Je trouve qu'il s'inscrit dans la continuité
du premier album même si le propos est plus précis, je pense
qu'on a un peu mieux piloté le navire, même si il y a encore
beaucoup de chemin, je pense. On a essayé des choses un peu
plus mélodiques, parfois plus légères et au final il s'avère
que l'album semble plus sombre, c'est une histoire de contraste
.
ADA
: Contre Le Centre peut effectivement être perçu comme un
album sombre. Une partie des textes dépeint l'aliénation moderne,
etc… La palette sonore reste dans des tons chauds mais qui
prennent assez peu la lumière. J'ai l'impression que Mobiil
joue beaucoup avec le clair obscur finalement.
Olivier Mellano : C'est un album sombre mais avec un mouvement
vers le haut, dans chaque texte, il y a au moins une phrase
qui tente de s'extirper vers quelque chose de plus grand et
de plus clair, de positif. Prendre un point de départ sombre
est profondément optimiste, ça ne peut aller que mieux. Rien
ne me touche si il n'y a pas le petit truc qui tord à l'intérieur,
qui montre qu'on est pas dupe. On peut trouver ça dans n'importe
quelle musique, la bossa, par exemple, est magnifique pour
ce mélange de douleur souterraine et de sérénité absolue.
Par contre la musique qui se dit festive, me déprime à un
point pas possible, car tellement sûre d'elle même, c'est
un affreux cul de sac. Musicalement notre album est probablement
plus contrasté que le premier, des reflets sombres sur des
sons clairs ou le contraire, mais ces reflets sont peut-être
encore trop doux, on forcera sûrement le trait sur le troisième
album, tout ça mûrit doucement .
ADA
: Autant musicalement je suis assez d'accord avec toi sur
le fait que Contre Le Centre soit dans la continuité de Prendre
L'eau autant au niveau des textes je trouve qu'il y a une
réelle cassure. La forme est beaucoup plus libre, tu joues
beaucoup plus avec la langue. Parfois ça se rapproche presque
du hip hop ("les démineurs démunis démissionnent"...)
Olivier Mellano : Je ne me rend pas bien compte. Pourtant
le texte dont tu parles [Ndlr : Dans Le Mur] est un vieux
texte qui a faillit être sur le premier album, vraiment je
ne sais pas s'il y a vraiment cassure à ce niveau là, plutôt
une précision du propos. Si la forme semble plus libre peut
être que cela tient à la manière de placer les textes vocalement.
J'essaye doucement de me débarrasser de trop de jeux avec
les mots, même si parfois cela peut donner des éclairages
différents à une même phrase et que ça me semble important,
mais j'aimerais aller vers quelque chose de plus sec et de
plus direct. Mais la langue française nous tend tellement
de perches qu'il est difficile de ne pas s'amuser avec .

ADA
: Certains de tes textes abordent la société actuelle (je
pense aux Grands Magasins, Discomobiil). Est ce une façon
pour toi d'ancrer le disque dans l'époque ?
Olivier Mellano : J'aimerais vraiment que non, je parle
de l'époque car c'est un point de départ, j'ai envie d'écrire
des textes les plus larges possibles, quand ça touche à des
phénomènes de société, ce n'est qu'une manière de parler de
choses plus intimes ou plus universelles, par le prisme d'une
expérience palpable par tous, c'est vrai qu'il y a aussi un
positionnement mais il découle de la sensation particulière
de sa propre place dans le monde, c'est la partie immergée
de l'iceberg. Rien ne vieillit plus que les choses ancrées
dans l'époque, musicalement nous essayons au maximum de filtrer
les éléments qui rendraient notre musique un peu "mode". Pour
les textes, ceux qui tiennent le plus la route sont les plus
abstraits, les plus poétiques, j'arriverais à les assumer
plus longtemps. Les textes plus sociaux sont ceux dont les
gens me parlent le plus souvent, mais pour moi ils vieillissent
plus vite. Le texte Contre Le Centre est un bon équilibre,
j'aimerais réussir à continuer dans ce sens.
ADA
: L'album est musicalement plus riche que Prendre L'eau. On
retrouve Dominique A, Luc Rambo ou Christine Ott. Etait-ce
une volonté de votre part d'ouvrir la palette sonore ou juste
le fruit de rencontres ou d'amitiés de longue date ?
Olivier Mellano : Il y avait aussi pas mal d'invités sur
le premier album, dont déjà Luc Rambo, mais la magie a encore
mieux opérée cette fois ci. Tous les invités du disques sont
des amis et des gens qui ont une couleur musicale particulière.
On leur a donné carte blanche et cela a vraiment enrichi les
morceaux. Dominique a apporté avec ses guitares un couleur
fiévreuse très importante sur l'album, Christine Ott un côté
aérien avec ses ondes Martenot, Luc Rambo une élégance trouble.
ADA
: Vous mêlez "instrumentation classique" et machines dans
vos chansons. Comment êtes-vous finalement arrivés à utiliser
des machines, sachant que vous venez tout les deux d'une culture
plutôt rock ?
Olivier Mellano : C'est venu suite à une période où on
plafonnait en formation rock "classique" avec notre groupe
précédent, le fait de se retrouver en répet avec les instruments
était devenu moins excitant, on se sentait à l'étroit autant
pour travailler sur des structures plus complexes que pour
aborder des textures sonores plus riches. Les machines ont
été un déclic, elles nous ont permis de travailler un peu
plus chacun de notre côté, d'essayer de nouvelles choses.
Il n'y a pas d'incompatibilité entre une certaine énergie
rock et les machines, il n'y a qu'à voir Suicide ou Tricky,
les machines sont pour nous un moyen, jamais une fin en soi.
ADA
: Contre Le Centre, plus encore que Prendre L'Eau, tend à
déplacer les bords du cadre de la chanson. Est-ce dans cette
direction que vous souhaitez aller ? Dans des ambiances jouant
beaucoup sur un réel travail rythmique, aux arrangements soignés
et aux textures sonores denses, des mélodies claires ?
Olivier Mellano : Le point de départ de nos morceaux est
souvent une ambiance, un rythme, une texture sonore, ce sont
ces choses que jusqu'à maintenant on a essayé d'enrichir.
Ce serait intéressant si on réussissait par la suite à aller
vers plus de mélodie en gardant ces atmosphères, que la chanson
vienne se glisser dans la texture sonore et en même temps
peut être que la suite sera plus radicale et plus épurée,
on oscille souvent entre ces deux pôles, il va falloir trancher.
Mais de toutes façons, tordre ce qui est évident est dans
notre nature, on plie les choses pour voir ce qu'il y a derrière
.
ADA
: Vous collaborez, Gaël et toi, à d'autres projets (notamment
avec Laetitia Shériff). Est-ce pour vous une façon d'aborder
d'autres envies qui ne rentrent pas dans le cadre de Mobiil
?

Olivier
Mellano : Depuis que nous travaillons ensemble avec Gaël nous
avons toujours eu des projets parallèles. C'est une manière
d'aborder d'autres univers, d'autres modes de travail. Chaque
expérience est radicalement différente des autres et en même
temps elle nourrit les autres. Nous ne faisons que de la musique,
il serait probablement frustrant de ne l'aborder que sous
un seul angle .
ADA
: Des projets pour la suite ?
Olivier
Mellano : Il y a un album de remixes de Mobiil qui sortira
en décembre avec un beau casting, une tournée en Espagne en
Septembre, et on recommence à composer tranquillement pour
le troisième Mobiil. En France nous avons du mal à trouver
des concerts. Sinon Gaël et moi tournons pas mal avec Laetitia
Shériff. Gaël va jouer sur le prochain Santa Cruz. Quant à
moi, j'ai récemment collaboré avec un excellent groupe de
hip hop qui sort son album en septembre chez Idwet et qui
s'appelle Psykick Lyrikah. Je vais rejoindre Benoît Burello
pour attaquer le 3ème album de Bed qui s'annonce formidable
.
ADA
: Les dix albums qui t'ont le plus marqué ?
Olivier Mellano : 10 c'est trop peu...mais bon: Robert
Wyatt : Rock Bottom Tricky : Pre-Millenium Tension Radiohead
: Hail to the thief Arto Lindsay : Prize Suicide : Suicide
Depeche Mode : The singles Fugazi : In On The Kill Taker Cypress
Hill : 1st album Benjamin Britten : Pièces pour violoncelle
seul par L. Rostropovitch Pergolese / Vivaldi : Stabat Matter
(s) par Gérard Lesne Arrghh plus de place pour Sonic Youth
/ Goo, Pixies / Doolittle, Cure / Pornography, My Bloody Valentine
/ Isn't anything et Bashung / L'imprudence .
Gaël: Neil Young : Harvest Van Morisson : Astral Weeks
Bob Dylan : Blonde on Blonde Beattles : Double blanc Robert
Wyatt : Rock Bottom Marvin Gaye : Let's get it on Getz/Gilberto
: featuring Jobim Isaac Hayes : Black Moses Serge Gainsbourg
: Melody Nelson Pink Floyd : Dark Side of the Moon
Interview
réalisée par Stalker via e-mail juillet 2004.
Photographies
©Elie Jorand www.mobiilonline.com
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