Tu
peux nous présenter ton groupe ?
Yasmine:
A mes côtés, quatre musiciens :Alastair Price, notre
guitariste, anglais originaire de la région de Manchester,
véritable encyclopédie musicale ; Nicolas Ruffault,
bassiste et touche à tout, Frédéric Gransard, batteur
aux multiples compétences (il risque de nous quitter
prochainement pour se consacrer pleinement à son autre
projet Bikini Machine), et Nicolas Guibert, aux claviers,
il a seulement l'air ténébreux !
Que
c'est il passé entre le split de lighthouse et ce
nouveau projet ?
Yasmine:
J'ai quitté Lighthouse avec l'envie de faire une pause,
un peu fatiguée du groupe. J'ai repris mes études
et je me suis remise à écrire petit à petit sans projet
précis. Puis il est devenu clair que j'allais remonter
quelque chose, un projet centré sur mes chansons.
Le groupe s'est constitué avec des musiciens déjà
proches, que je connaissais du temps de Lighthouse.
Au début, François de Lighthouse était d'ailleurs
de la partie, puis il a monté Octet et arrêté la musique
acoustique.
Y
a t'il une forme de renoncement a tout recommencer
ou l'aventure est elle de toutes les façons complètement
plaisante, grimper, grimper et le haut c'est une joie
de l'instant ?
Yasmine: Avec Lighthouse, j'étais prise dans une
dynamique sur laquelle je n'avais pas tellement de
prise et qui ne me convenait pas trop, même si j'ai
appris plein de choses, passé de bons moments et enregistré
pas mal de chouettes morceaux avec ce groupe. Désormais
mon état d'esprit est très différent. Je m'offre un
luxe, celui de réaliser quelque chose qui me tient
à cœur, c'est beaucoup plus personnel et aussi plus
conscient car plusieurs années se sont écoulées. Pour
moi " la joie de l'instant " c'est de rechercher des
petits moments de grâce, de partager une certaine
fraîcheur, même si ce n'est pas toujours évident de
préserver ça, car nous ne sommes pas des naïfs imbéciles
; c'est un peu notre militantisme !. Sinon, faire
de la musique n'a plus d'intérêt à mes yeux.
Comment
est venue cette idée de novela qui est à contre-courant
de tout ce que l'on peut écouter depuis dix ans ?
Yasmine: Il n'y a pas de concept ! Nous n'avons
la volonté de nous inscrire ni dans un courant ni
à contre-courant,. novela, c'est l'expression de notre
personnalité en tout premier lieu. Pourquoi se figer
dans une posture, ou dans un genre trop étroit ? D'ailleurs,
les disques qui suivent un courant, une mode, se retrouvent
parfois inécoutables quelques années après.
C'est
un disque qui a une maturation longue ou le style
est venu rapidement, car à l'écoute on pense à quelque
chose de très travaillé, pas de surproduit mais de
très léché ?
Yasmine: Le disque a été enregistré au printemps
dernier dans notre local de répé, et c'est vraiment
nous sans artifice, sans moyens. C'est le résultat
d'un travail d'abord un peu épisodique, au début,
il y a deux ans et demi trois ans, puis plus intensif
vers la fin de cette période où le groupe s'est formé,
en fait. Certaines chansons avaient donc eu le temps
de grandir. Il nous faut moins de temps aujourd'hui
pour faire d'une chanson quelque chose qui nous satisfait,
car le groupe progresse, mais nous répétons assez
peu.
Je
m'extasie sur ta voix, te donnant le titre de plus
belle voix d'ici. Tu es consciente de l'importance
de celle-ci ?
Yasmine: Merci pour ce titre !

On
sent la fragilité de cette musique et de ta voix sur
certains morceaux où tu frôles l'émotion donnée par
beth gibbons par exemple. C'est un terrain que tu
comptes explorer plus profondément ?
Yasmine: oui, disons que je chante vraiment. Communiquer
une émotion, refléter une intériorité, ça me semble
être la beauté du chant. Ce n'est pas si évident d'abandonner
les poses ou la fausse pudeur, et juste de se concentrer
sur l'émotion du chant et de la musique ; mais c'est
très agréable ; je crois qu'il faut un peu de temps
pour y arriver, ce n'est pas seulement une histoire
de technique. Beth Gibbons est une chanteuse très
créative et très touchante, elle s'abandonne avec
beaucoup de grâce et de générosité. La comparaison
est flatteuse. On entend beaucoup de gens qui chantent,
mais souvent sans donner grand chose, sans trop de
personnalité. Rien ne me touche plus que les voix,
en fait,. Je trouve que c'est ce qu'il y a de plus
direct, de plus vrai dans l'expression musicale. (particulièrement
en live). " Birds " parle un peu de ça en fait.
On
peut souvent lire dans les papiers vous concernant
que vous délivrez une pop sucrée. C'est rasoir ou
vous comprenez ce jugement ?
Yasmine:
Ca ne me dérange pas, peut-être parce que nous n'avons
encore eu que peu de presse ! C'est en général formulé
de manière positive, donc tant mieux et merci ! Mais
en effet ça me semble un peu réducteur par rapport
à ce que le groupe a à offrir. Ca touche à quelque
chose que j'aime beaucoup dans la bonne musique pop
: deux niveaux de lecture. D'abord un attrait assez
immédiat, du plaisir, et ensuite une deuxième approche
: une mélancolie qui se révèle, une émotion pas si
évidente … ça a l'air gai et léger, ça ne l'est pas.
Ce qui peut faire d'un disque un disque de chevet,
une relation intime peut s'établir.
Actuellement
vous vous sentez proche de qui dans le "grand
cirque musical interplanétaire" ?
Yasmine:
Je ne sais pas trop, en fait. Il y a plein de trucs
que j'apprécie, mais quant à me sentir proche, c'est
une question plus difficile. L'artiste qui m'a le
plus intéressée l'an dernier, c'est sans doute Gonzales,
mais novela n'en est pas tellement proche. Quoique
… J'ai beaucoup écouté par exemple Kaleidoscope de
Kelis ou certains trucs hip hop, mais il n'y a pas
forcément de proximité ! En France, j'aime beaucoup
Katerine et Burgalat. Bertrand joue d'ailleurs sur
trois morceaux du disque.

Que
pensez-vous de l'état actuel du circuit indépendant
? Pour vous c'était " mieux avant " ou les structures
et le circuit sont meilleurs ?
Yasmine: A l'évidence les promesses du début des
années 90 n'ont pas vraiment été tenues. Mais c'est
peut-être un phénomène inévitable. L'indé n'est pas
un but en soi, juste le seul moyen de se faire entendre
quand on débute ou qu'on ne s'inscrit pas dans les
formats marketing du moment, c'est parfois le seul
moyen aussi d'avoir une liberté artistique. Tous les
artistes souhaitent toucher un public large, ou alors
on tombe dans le snobisme et le nombrilisme, ce n'est
pas très intéressant. Même si le gros business s'évertue
à mentir au public, il y a plein d'artistes indépendants,
de petites structures plus ou moins locales, de radios,
de webzines, de gens animés par la passion et la générosité.
Par contre l'indépendance a un prix personnel qu'il
faut assumer. On ne peut compter que sur soi.
D'ailleurs
vous avez signé pour sortir votre petite merveille
? et si oui c'est pour quand la sortie ?
Yasmine: Date officielle de sortie 15 mai Chez
ELP ! Records, distrib Mosaic Music.
Pensez
vous que le travail réalisé par les webzines sur le
net soit d'un quelconque impact servant de relais
réel à l'actualité souterraine délaissée depuis longtemps
par les hebdo ou mensuels papiers "indépendant (ce
mot me fait rire quand je retourne 15 ans en arrière
!) " ?
Yasmine: Ça rejoint ta précédente question sur
les réseaux indés. Les webzines sont nécessaires à
mon sens. C'est un esprit de partage et de dynamisme,
une fenêtre ouverte. Evidemment l'écueil est de se
retrouver en circuit fermé, mais ce n'est pas une
fatalité. J'espère que le phénomène va prendre de
l'importance car plus il y a de diversification, plus
la musique circule, et mieux c'est. La toile est là,
alors autant s'en servir ! Je ne suis pas trop cliente
de la presse écrite dite culturelle. Je n'ai pas trop
de temps et ça m'ennuie le plus souvent car ces parutions
donnent parfois l'impression d'être une succession
de pages de pub : une pub Placebo, puis une pub Machin
et une pub truc ... Mais il y a des gens supers dans
certains magazines, ouverts et enthousiastes, il ne
faut pas non plus généraliser.
J'allais
oublier, pourquoi Novela ?
Yasmine: Il y a la référence au domaine de la fiction
et puis la sonorité féminine et latine ; c'est ouvert.
novela se propose de vous emmener quelque part, on
fait un pas de côté et on regarde les choses avec
un œil différent, peut-être une complicité émotive.
Ça fait du bien de poétiser un peu le quotidien, de
transfigurer le banal. Ça n'a rien de fleur bleue.
Et
la question dont vous n'échapperez pas votre collection
de disques sans laquelle la vie ne serait plus pareille.
Yasmine:
ça change tout le temps ! mais il y a des intemporels
The Beach Boys : peut-être Sunflower, s'il faut vraiment
choisir . Cet album contient certaines de mes chansons
préférées des Boys ( All I Wanna Do, qui pour moi
touche au sublime, et aussi bien sûr Forever) The
Beatles : album blanc Elvis Costello : Imperial Bedroom
ou Trust Un disque Motown des 60s : Reflections de
Diana Ross and The Supremes par exemple quelque chose
d'Aretha Franklin Ella Fitzgerald : The Cole Porter
Songbook Ça m'ennuie pour les autres … Bye !