On les avait
vu jouer fougueusement à quatre lors du Scopitone nantais
début juillet. Ils n'étaient plus que trois à la Route
du Rock pour assurer la mise en son d'Elephant Eyelash,
leur dernier LP en date. Pourquoi ? Parce que Matt Meldon,
guitariste et bassiste du groupe a dû choisir entre sa
petite femme et la tournée de Why ? Résultat, chacun est
plus multi-instrumentiste que jamais. Yoni Wolf, chante,
joue du clavier et bat le rythme au son du tambourin.
Son frère Joisah assure la rythmique mais aussi le metallophone.
Quand à Doug, il alterne entre guitare, basse et clavier.
Sur scène ou en voiture la musique de Why ? est le reflet
fidèle de ses créateurs : délirante, poétique mais aussi
précise et plus élaborée qu'il n'y paraît.
ADA : Quand on écoute vos textes, on sent qu'ils sont
ancrés dans une géographie et des lieux précis. Alors
que beaucoup de groupes s'en tiennent à des généralités,
à des expressions à la mode… Quelle importance accordez-vous
aux textes ?
Yoni : C'est aussi pour ça que je fais de la musique.
Je ne sais pas, mais ce sont les mots qui viennent vers
moi. Je n'éprouve pas le besoin de parler des choses "
en général ". Plus on est dans la précision et la spécificité
quand on écrit, plus l'auditeur ou le lecteur peut s'y
retrouver parce qu'il sent une réalité. Que ce soit une
chanson d'amour ou de haine, on sent la différence si
elle vient du cœur, qu'elle est réelle ou si l'on reste
dans des généralités. Mes paroles se rapportent à ma propre
culture, ma micro-culture qui est celle que je partage
avec les habitants de ma région ou mes potes… Mais ce
qui me fait toujours un drôle d'effet c'est de rencontrer
des mecs un peu partout dans le monde avec qui ces paroles
font effet. Je me rappelle de ce mec de 19 ans, il y a
un mois, qui me posait des questions et qui avait vraiment
analysé mes textes, qui les appréciait et qui y voyait
des liens avec ce qu'il pouvait vivre de son côté. C'était
cool.
ADA : Dans quelles conditions a été enregistré Elephant
Eyelash ?

Yoni : On était défoncé (rires)…
Josiah : On a tout enregistré à la maison par nos propres
moyens. On n'était pas prisonniers d'un environnement
studio…
ADA : Vous aviez une approche plutôt lo-fi, plutôt DIY
(ndlr : Do It Yourself) ?
Yoni : Non, lo-fi non, mais DIY oui, ces mots ont un
sens bien précis et ne correspondent pas à la même chose.
Ce qu'on voulait c'était enregistrer quand on le sentait.
ADA : Vous avez peut-être plus une culture hip-hop,
mais est-ce que vous vous sentez proches des groupes indés
des années 90 comme Sebadoh ?
Josiah : On a grandi en écoutant ces groupes, il y
a une certaine proximité.
Yoni : J'ai pas grandi en écoutant ces trucs mais je connais
un peu Sebadoh maintenant et tous ces groupes. C'est plutôt
sympa, je les aime bien. Mais je crois que ça vient vraiment
de l'adolescence et de mes premiers enregistrements où
je devais de toute façon me débrouiller par moi-même.
Depuis, on a toujours fait comme ça. Je ne sais pas comment
ça se passera pour le prochain mais le DIY correspond
bien à notre esprit.
ADA : Quand vous enregistrez à la maison, vous êtes
plutôt dans le contrôle alors que sur scène vous expérimentez
beaucoup. Qu'est-ce qui vous convient le plus ?
Josiah : Les approches sont différentes, mais le sens
est le même. La conception studio se fait en vue de la
performance live.
Doug : On vient tous de différents endroits. Yoni, par
exemple, ne faisait qu'enregistrer alors que je jouais
du jazz, beaucoup de trucs sur scène et je n'avais jamais
enregistré. De ce point de vue, on était donc complètement
opposés. Les deux sont bons. L'enregistrement reste, c'est
le résultat d'un travail alors que le live est l'expression
d'un instant. Les gens vous écoutent et gardent un souvenir
quel qu'il soit de votre performance. C'est juste différent.
Josiah : J'aime les deux.
ADA : Clouddead, c'est de l'histoire ancienne, ou il est
encore possible que vous collaboriez tous les trois ?
Josiah : Non, c'est fini… (rires)… c'est une blague.
C'est à Yoni de répondre.
Yoni : Pas pour le moment mais qui c'est ? Qui c'est ce
que voit le diable dans le cœur des hommes ?
ADA : Yoni, comment tu conçois ton parcours musical
entre Clouddead et ce que tu fais maintenant avec Why
? dont certains disent même que ça se rapproche de choses
comme Beck ?
Les membres du groupe improvisent un court jingle avec
human beat box et chant.
Yoni : Pour être honnête, je ne veux pas que cela se raconte
trop dans la presse mais le prochain album de Why ? sera
très rap.
Josiah : Mais tu parles à la presse !
Yoni : Le prochain Why sera plus rap mais pas comme du
Beck. C'est pas du rap Beck{et là, il se met à chantonner
doucement le refrain de 'Where it's at' dans Odelay…}.

ADA : Les structures musicales d'Elephant Eyelash me
semblent plus classiques. C'était un défi, une volonté
de votre part ?
Josiah : Quand on était plus jeune on écoutait pas
mal de pop, de rock classique à la radio. Mon père lui
écoutait des mecs comme Bob Dylan par exemple. Yoni a
plutôt grandi avec du hip-hop, dans une autre direction.
L'impression qu'ont ici les gens de Clouddead est très
différente de la nôtre et du sentiment qu'on avait en
enregistrant avec Clouddead. On s'amusait juste à bidouiller
des sons, on avait pas de théorie prédéfinie, on faisait
ce qu'on pouvait. Il y a plein de groupes rock ou pop
des années 60 et 70 qui nous ont marqués, qui font partie
de nous et il y a par exemple des chansons issues de l'EP
Sandollars qui ont cette empreinte. Et ces chansons ont
été enregistrées avant Clouddead, ce n'est donc pas nouveau
chez nous. Clouddead n'est qu'un aspect de ce que nous
faisons mais le groupe vit aussi avec ces influences.
Yoni : Tu parles de structures plus classiques mais nos
influences sont très diverses. On aime beaucoup de choses
et quand on mixe tout ça, on a envie de conserver cette
diversité. C'est pour ça qu'on a pas mal de chansons aux
structures volumineuses. Je ne sais pas si on peut vraiment
parler de structures classiques
.
Propos recueillis par
Romain (tanega.music@hotmail.fr) sur la Route du Rock
16.
Merci au service presse de la Route du Rock.
.