| |
Je devrais pleurer.
Ma trop grande civilisation ou mon retour à la sauvagerie
-pour plagier les propos d'un auteur dont le nom m'échappe
et que de toute façon je n'ai sans doute pas lu- m'en empêchent.
Mais je devrais pleurer. Pour deux raisons. D'abord et surtout
parce que l'émotion l'emporte à l'écoute de The Mother of
Love Emulates the Shapes of Cynthia. Une émotion identifiée
comme une vague tristesse libératrice figée dans la certitude
que l'on tient là quelque chose de grand. Ensuite et accessoirement
parce que je sais que je parviendrai difficilement à exprimer
le caractère essentiel de ce disque. Un disque dont l'écoute
ne doit rien au hasard d'un envoi promotionnel mais tout à
l'incessante force philanthropique d'Indie-Boy
Traqueur qui le conduit quotidiennement à nous livrer
le fruit de ses recherches. Parfaitement naïvement, j'envisage
d'ailleurs audioblogs, webzines, relais divers de la musique
singulière comme les composantes d'un même et unique corps.
Merci donc à ceux qui animent ces relais dont la fréquentation
charrie son lot de plaisirs musicaux quasi intarissables.
Merci en tête à Indie-Boy Traqueur -qui lui-même tenait, semble-t-il,
ce secret de Didier du webzine
Derives /, merci Didier donc : les relais font corps-
sorte de pote fidèle qui ne rechignerait jamais à vous laissez
taper dans sa discothèque. Le disque maintenant et en quelques
mots seulement : la suite vous appartient. Derrière l'impressionnant
patronyme de The Prayers and Tears of Arthur Digby Sellers
(ne) se cache (pas) Perry Wright, jeune génie d'une vingtaine
d'années parent proche de Pedro The Lion et Bright Eyes (voilà
c'est dit…le nom de The Prayers and Tears of Arthur Digby
Sellers se voit partout accolé à celui de Bright Eyes et je
suis loin d'être plus malin que les autres). Wright s'entoure
sur cet album de quelques amis autrefois aperçus au côté de
Pedro The Lion justement, Elf Power ou…-mais ne vous détournez
pas de ce disque pour autant- Sixpence None The Richer et
de l'indispensable Alex Lazara à la production. Sur son deuxième
album, The Mother of Love Emulates the Shapes of Cynthia,
Wright arpente les contre-allées d'un folk coupé dans le tissu
voilé le plus classe, d'une country pour hôtel particulier,
et d'un rock déviant agrémenté d'une electro discrète. Le
disque s'ouvre d'ailleurs avec le titre " The Eventual Intimate
Of So Much Nostalgia (Hutchison Effect) " exercice rock schizophrène
durant lequel des cordes et guitares tempétueuses exigent
de Wright, de sa voix traînante et de sa guitare taciturne
qu'ils retrouvent le moral quitte à les bousculer sans ménagement.
" Concerning Lessons Learned From The Aliens " panse les plaies.
Sur un beat electro cheap et chétif illuminé par un motif
de cordes et de xylophone d'une beauté sans nom, l'Inspiré
de Chapel Hill en Caroline du Nord évoque la capture du narrateur
par des extraterrestres et ses effets sur sa psyché. Il y
chante la phrase suivante : "So Now I Stay Inside And I Don't
Talk To Strangers/ I Consider All The Small Things From Every
Smallest Angle ". Singulière ligne minutieusement composée
comme l'ensemble des textes des douze titres terrassant de
ce long format. Terrassant tant chaque morceau impose un engagement
émotionnel constant en contrepartie d'un accès immédiat aux
chemins de la félicité. Ecoutez " Ammunition For A Bolt-Action
Heart " et rêvez-vous en marathonien délaissant le parcours
balisé pour mieux rejoindre la voie express qui quitte la
ville aux sons de son beat discoïde pervers. Brûlez vos clichés
de jeunesse sur le refrain thérapeutique de " Cannot Eat Better
Not Sleep " et recomposez-les mentalement. Cessez de ne plus
dormir grâce à "Ontothanatological ", berceuse atypique et
addictive à coloration electro. Vous aimerez sans retenue
The Mother of Love Emulates the Shapes of Cynthia. Je vous
cède mon rein dans le cas contraire.
Benjamin
|
|