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Si Keren était
un nuage, j'y verrais le frisbee lancé entre deux amis un
soir de novembre, quand l'herbe se fait glissante et les ombres
enveloppantes. Dans la foulée du chef d'oeuvre Lady and Bird,
sobre et planant duo avec son collègue de Bang Gang, voici
donc le quatrième solo pour Keren. Dés les premières notes
de "Que n'ai-je", on comprend qu'il faudra encore attendre
quelque peu pour une livraison guillerette, mais sous quel
autre prétexte ne pas désirer Keren et sa chère voix douce
amère, son petit côté je-m'amuse-mais-le-coeur-n'y-est-pas-pour-autant
? D'autant que ce nouvel album, tout de nappe céleste vêtu,
respire le grand air et poussera inévitablement l'auditeur
slow food à l'envol tout sourire vers la main adverse, alors
que l'obscurité s'épaissit encore davantage et que bientôt
peut-être, il faudra cesser de se chercher l'un l'autre pour
rentrer à pas légers à travers les rues désertes, le coeur
encore battant.
A moitié chanté
en français, à moitié en anglais, l'album de Keren est une
équation entre compositions classiques telles que déjà appréciées
sur les enregistrements précédents (L'onde amère, Midi dans
le salon de la Duchesse) et sonorités davantage Lady and Birdiennes
pour des titres longs et apathiquement classieux comme on
les aime (Nolita, et le retour de Bardi Johannson sur You
and I). L'instrumentation se veut feutrée, l'électronique
discrète, les paroles sussurées, et la part est faite belle
aux cuivres, harmonicas, pianos, tous plus enjoués les uns
que les autres. On peut bien penser à M83 sur One Day Without
You ou à l'inévitable Suzanne Vega avec la basse de "Le Fond
et la Forme", mais inutile de se triturer à détecter d'autres
influences : Keren Ann fait du Keren Ann, point. Les termes
"l'une des meilleures représentantes de la nouvelle chanson
française" vont sans nul doute à nouveau abonder, mais ceux-là
seront une fois de plus loin du compte, tant les racines de
madame Ann sont à puiser en terres folk blues, voire même
certains accents countrysants à l'occasion.
En bref : une mixture
tendre et charmeuse pas forcément accessible dés la première
écoute, mais le bonheur d'à nouveau avoir une complice avec
qui jouer à distance, dans l'herbe glissante ....
Tommy
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