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Les Shadow Animals
ne seront décidément jamais fatigués. La nébuleuse d'activistes
belges n'a eu de cesse depuis sa création de multiplier les
projets et les collaborations en tout genre tout en infiltrant
au passage les labels les plus attachants du moment. Cependant
à y regarder de plus près cette acharnement à vouloir toujours
occuper les premières places de la modeste actualité du rap
indé européen n'a, qu'en de rares occasions, été suivi de
sorties mémorables. Face à cette accumulation de demi déceptions,
on avait fini par se faire une raison : les Shadow Animals
ne parviendront sans doute jamais à rendre pleinement fructueuses
ces multiples agrégations (Cavemen Speak, Gunporn et autres
Zucchini Drive,) d'individualités pourtant talentueuses. D'autant
plus qu'à l'arrivée, c'est bien l'album d'un homme seul, loin
de toutes agitations collectives, qui réussit là où toutes
les autres combinaisons avaient ces derniers temps plus ou
moins échoué. Déjà auteur d'un duo remarqué avec le poivre&sel
Epic chez nos amis canadiens de Clothes Horse Records, Nomad,
il porte définitivement bien son nom, poursuit son petit tour
du monde des bonnes adresses en sortant en catimini sur l'irréprochable
label japonais Hue, Lemon Tea, album tout court, tout con
mais au final tout bon. Pour Lemon Tea, Nomad c'est recentré
sur l'essentiel à savoir lui-même et son petit univers d'artiste
précaire mais téméraire, qui avec juste une guitare acoustique,
une vulgaire boite à rythmes, quelques sons de synthé un brin
désuets, et surtout une voix qui ne se serait jamais remise
d'un vieux coup de santiags dans les rognons, vous organise
un petit truc bien sympa. Cet album possède le bon côté des
disques faits à la maison. Modeste et intimiste sans être
simpliste ou obscure, parfois étrange mais jamais solipsiste,
il évite la surenchère introspective de certains emo rap chiants
qui, à force de jouer les mères pleureuses, finissent par
ne plus toucher qu'eux-mêmes ou qui, à trop se contempler
le nombril aux travers d'ego trip interminables finissent
malheureusement par s'y perdre. Nomad fait du hip-hop certes
mais autrement, un hip-hop qui aurait plus avoir avec Robert
Wyatt que Public Enemy, un hip-hop à guitare agrémenté de
petits plaisirs électroniques, un peu comme si Owen Ashworth
s'était fait remixer par encore plus pauvre que lui et qu'on
avait finalement remplacé son chant de nounours malheureux
par le rap d'un clown triste à la voix d'enfant. Lemon Tea
c'est peut-être lo-fi mais avec tous le guillemets de circonstances,
c'est bancal, faussement naïf et habilement ridicule, c'est
parfois profond mais jamais pour paraître plus intelligent
et c'est toujours musicalement fécond et humainement sincère,
bref c'est bon et c'est bien là l'essentiel.
Benoit
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