remplacer par votre propre pub
          

Chroniques
Coups de pouce
Compilations d'ADA

Concours
Spéciales
Interviews
Ubu d'or

 
Newsletter:
s'abonner se désabonner
Recherchez:

Les Nuits du Botanique, du 28 avril au 15 mai 2005  
 

Chronique tricéphale en plein coeur culturel bruxellois

Présentées depuis deux ans comme étant le "premier festival de l'été", les autrefois automnales nuits Botanique (du nom des superbes jardins entourant les diverses salles et chapitaux), sont un rendez-vous incontournable pour tout mélomane curieux, l'occasion de devancer les hypes à venir, de se faire une idée plus précise quant à celles du moment ou d'enfin retrouver quelques valeurs sûres. Rien de plus agréable, en outre, que de se promener entre les concerts avec l'assurance de tomber tôt ou tard sur l'une ou l'autre connaissance - à Bruxelles, tout le monde se connait - et de savourer les nourritures exotiques offertes à notre gourmandise.

Etalée sur une semaine, la programmation de cette édition était sur papier étincelante tant d'originalité (Une collaboration entre Keren Ann et le Mons Orchestra, trois soirées consacrées à Archive, également appelé à se produire avec ces derniers, puis en acoustique, avant de conclure tout watts dehors) que de ces moments rares que l'on regrette ensuite longuement d'avoir loupé (le triomphe de Camille, la séduction opérée par Arcade Fire - très attendus, merci les webzines ! - la tornade Kaiser Chiefs, le retour des vieux Human League, Mano Solo, Cake ...).

Ne pouvant tout couvrir - fichus boulot, grèves de train, santé, déplacements parfois compliqués ! - l'équipe adecouvrirabsolument s'est coupée en trois pour glaner un maximum de sensations, le temps de trois soirées dont deux en parrallèle.

Mercredi 11 mai : Baz Baz, JP Nataf, Keren Ann (Tommy et Fab)

Pour un premier soir, le choix s'est donc porté sur la prometteuse collaboration entre la franco-hollando-israélo Keren Ann (américaine de coeur, également) et le Mons Orchestra, déjà recruté en d'autres occasions remarquées (Divine Comedy, An Pierlé, Archive). Après avoir erré quelque peu dans le quartier du Botanique, manqué de peu être renversé par un infirmier slalommant sur le trottoir, sac plastique faisant flotch flotch à la main, et m'être extasié devant une affiche vantant les offres d'une certaine agence de voyage au nom d'Ebola, je retrouve Fabrice, autre confrère belge d'ADA. Tout en devisant de nos accoutrements respectifs - ou comment se distinguer respectivement parmi une foule d'inconnus - nous nous dirigeons vers le Cirque Royal, qui accueillera notre spectacle tant attendu.

Le temps de nous avertir de la présence de caméras parmi nous, le concert de Keren devant par la suite faire l'objet d'un DVD, c'est à Bazbaz d'ouvrir le feu, et de nous faire part de son plaisir à être parmi nous. L'homme au bérêt est bien sympa, et recueille aisément les suffrages d'un public qu'on devine peu fréquenteur de concerts devant l'éternel. Avec sa voix légèrement M-esque et son aisance naturelle, le gaillard joue à faire répéter des yeah et des hooo, et ça passe heureusement pour lui à merveille. Comme le fait remarquer Fab, on se ferait lyncher pour moins que ça à Dour ! Un texte vaguement grivois ("Je suis si bien en toi, dans le creux de tes mains" ai-je perçu) m'évoque le roman de Bukowski terminé ce jour-là, mais au final on rne retiendra de ce concert que l'impression d'avoir entendu une seule et même chanson d'un bout à l'autre du set, tant rythmes, sonorités et timbre de voix nous auront semblés immuables.

JP Nataf prend le relais, et annonce d'entrée de jeu qu'il expédiera son concert pour ensuite se réserver une bonne place face à Keren. Si seulement il avait tenu parole ! Entré seul avec sa guitare acoustique, puis rejoint par ses musiciens, JP s'obstine à nous délivrer ses textes parfois intéressants (certaines trouvailles me font dresser l'oreille) mais bien souvent risibles de trop de mièvrerie. Hélas pour l'ancien leader des Innocents, qui semble également bien brave (ce qui n'a jamais excusé un concert rasoir), la sauce ne prend pas et les commentaires entre chansons n'arrangeront rien. S'improvisant roi du bide (on n'a toujours pas compris ce que venait faire Nick Nolte là-dedans) on remerciera tout de même monsieur Nataf pour l'étrange sensation d'une salle entière répondant à une blague de l'artiste par un silence glacé, mais on criera pouce pour la reprise finale aussi assourdissante que convenue.

En attendant le concert phare de la soirée, je suppute avec Fab d'une venue sur scène de Bardi "Bird" Johannsson, Coralie Clément ou autre invité possible de la demoiselle au chat goguenard. Il n'en sera rien, même si Sean Gulette, l'acteur de Pi, nous récite en intro par bande interposée sa chanson d'Alice, morceau de cloture du récent Nolita. Entrée de Keren et des musiciens habituels, pour un autre morceau de fin d'album (Not Going Anywhere) sur lequel l'orchestre de cordes de Mons se chauffe. La voix de Keren est magnifique, et contraste avec ses remerciements inaudibles entre les chansons. Suit la douce et quelque peu country Chelsea Burns, un peu gâchée par le Mons Orchestra, qui soit peine à trouver ses marques en début de concert, soit tombe dans la piège de la surenchère. Heureusement, nous ne remarquerons plus rien de déplacé au cours du défilé de merveilles que l'on nous infligera dés lors : Que n'ai-je, By The Cathedral, End of May, Nolita, La forme et le fond, et le bondissant Sailor and Widow (qui a toujours autant la côté auprès du public) pour cloturer une première partie, le concert étant scindé pour les besoins du DVD. C'est donc sans le Mons Orchestra, mais en conservant une violoniste et un contrebassiste que les perles se réenchainent aussitôt, mais la coupure nous aura quelque peu mis hors contexte le temps d'une Onde Amère n'apportant rien de plus par rapport à la version de l'album. Keren se lâche toujours aussi peu, on ne serait pas étonné si un quelconque metteur en scène lui avait dessiné des marques à la craie pour poser ses pieds en début de concert et ne plus les bouger ensuite. Par bonheur, quelques problèmes technique viennent bouleverser cette trop belle mécanique, et un lien ténu finit tout de même par se créer entre Keren et son public. Les temps forts de cette suite et fin : Quelques pas de danse esquissés durant Spanish Songbird, "Sur le Fil" qu'on aime à retrouver telle une vieille amie, la reprise d' "Are you lonesome Tonight", et la sublimissime "Rose de Washington Square", heureusement dénuée de toute intrusion Delerm-esque. En guise de rappel et histoire de plaire à tout le monde, nous avons droit au tube Jardin d'hiver qui clôt une soirée riche en charme et émotion.

Le même soir, vu par Fab : Auteur méconnu de trois albums dont un petit dernier Sur Le Bout De La Langue qui commence à faire partie de lui, Bazbaz fait partie de ces musiciens discrets aux collaborations multiples (cinéma, album de Gérard Darmon) qui ne souhaite qu'une chose, sortir de l'ornière. Hier soir, sur la scène d'un Cirque Royal encore passablement dépeuplé sur le coup de 20 heures, accompagné de son guitariste aux relents jazzy prononcés, Camille Bazbaz de son vrai nom a entonné un récital encombré de chansons néo-réalistes vieillottes heureusement saupoudrées d'un second degré qui sauve la mise, sans plus. Finalement bien plus proche du très gnangnan Bénabar que du génial Arthur H, Bazbaz et ses textes qui tournent en rond (huit-neuf titres qui parlent de la même chose, et dans le même style, c'est franchement pénible) ont eu un seul mérite, mieux nous faire apprécier la suite.

Guère besoin par contre de présenter JP Nataf, vingt années à la tête des Innocents, ça vous marque un homme. Débutant son set par deux chansons acoustiques qui ont eu le délicat privilège de plonger le public dans un bain de jouvence mélancoliquement tenace, JP Nataf a dévoilé la part de féminité troublée qui l'habite, où la profondeur de Laura Veirs côtoie la délicatesse de Françoiz Breut, la barbe et le pantalon rouge en plus. Et dans ce monde imparfait où les mignardises du succès volage s'embourbent dans la virevolte médiatique, nous constatons avec optimisme qu'un artiste comme JP Nataf peut encore balader ses chansons pop aux quatre vents, puisse-t-il encore nous offrir longtemps Plus de Sucre.

Débarquant à Bruxelles deux ans après un concert assez fantastique au Théâtre 140 qui faisait la part belle à l'acoustique, Keren Ann a prouvé une fois de plus que sa réputation scénique n'était pas usurpée. Et pourtant on a eu chaud ! Après un Follow Me qui nous a étonnamment fait penser à Mogwai (ô divine surprise) dans ses moments les plus tempétueux, le superbe Chelsea Bird a quant a lieu été gâche par un Mons Orchestra qui semblait occupé à marquer sa présence, heureusement cette collision malvenue n'eut guère de conséquences sur la suite des événements, et le ma-gni-fi-que Que N'Ai-Je? est heureusement venu nous confirmer que la rencontre entre Keren Ann et le Mons Orchestra n'était pas un affrontement mais un ravissement. Et quand Nolita (du nom du superbe dernier album de la demoiselle) nous a embaumés en un instant de beauté paradisiaque, nous nous sommes dits que nous vendrions bien toute notre collection de disques pour avoir la chance de revivre de tels instants de lévitation éternelle.

Après une pause de dix minutes bien méritée, la chanteuse franco-hollando-israélienne est réapparue, sans l'orchestre mais non sans envie, et nous avons constaté que sa caresse de la sensibilité n'était pas restée au vestiaire (il faut bien dire que nous n'étions pas trop inquiets). De plus en plus à l'aise sur une scène qu'elle dominait de sa présence timide, Keren Ann et sa bonne humeur enchanteresse (Le Chien d'Avant-Garde) a mis le public dans une poche remplie de trésors mélodiques, dommage cependant que les vieux trucs des concerts variétoches (faire claquer le public dans les mains, ce genre de trucs ringards quoi.) soient de temps en temps réapparus à la surface. Dommage aussi les quelques problèmes techniques de fin de concert. Mais trêve de chicaneries, nous n'allons pas gâcher le souvenir d'un merveilleux moment poétique.

Vendredi 13 mai : Brother Danielson, The Czars, Flexa Lyndo (Tommy et Marc)

Deux jours plus tard, changement de décor avec la salle de la Rotonde, splendide lieu au toit en coupole et ambiance feutrée toute différente du jardin où quelques jeunes rappers distribuent mandales et remarques désolbligeantes ! Marc et moi commençons par rater un certain Brother Danielson du fait de notre estomac en détresse (il le sera encore davantage durant la digestion, d'ailleurs) et le regretterons bien par la suite, l'énergumène ayant semble-t-il joué son set déguisé en arbre ! Mais place aux Czars, deuxième groupe de la soirée et petite déception à ce sujet, car avec tout le respect dû aux namurois de Flexa Lyndo, on est stupéfaits de ne voir accordés aux américains qu'une petite quarantaine de minutes en première partie d'un groupe local (Flexa, donc) à l'intensité et qualités musicales moins évidentes. Mais passons, car au vu des nombreux problèmes techniques rencontrés par les Czars, on en finira presque par être soulagés pour eux que le concert s'achève si vite ! Nous retoruvons John Grant aussi habité qu'à l'accoutumée, le lyrisme de ces musiciens d'exception nous éleve chaque instant davantage, mais il est pourtant impossible de se lâcher davantage quand les retours s'obstinent à ne pas donner la puissance voulue, occasionnant des difficultés au guitariste à garder le rythme, tandis que son confrère, déconcentré, loupe quelque peu certains solos ou envolées aériennes. On devine le calvaire, et faire comme si de rien n'était ne doit pas être aisé tous les soirs ... Heureusement, les fragiles et tristes compositions du groupe ne peuvent qu'époustoufler, et on ne lasse pas d'un Val, Drug, Killjoy ou des plus pop et très réussies Paint The Moon et I'm The Man, grands moments du dernier album en date. A vous revoir très vite et dans de meilleures conditions, chers Czars !

Un comparatif d'appareils numériques plus tard (c'est qu'il faut bien penser à nourrir cette chronique en photos, sous peine de paraître rébarbatifs), c'est au tour de Marc de prendre le relais de cette chronique, tandis que Flexa Lyndo s'installe sur scène. Quand on voit le chemin parcouru, je trouve qu'ils ont fameusement mûri, au point même de sortir un album qui confirme tout le bien qu'on pensait d'eux. Un album lumineux, à la hauteur des plus hautes ambitions, peut-être pas le nouveau deus, mais pas loin. Force est de constater qu'ils assurent en live, les morceaux lents en imposent et les morceaux énergiques font bouger, bref c'est efficace et le public en est conscient, mieux, il en redemande. Un set bien organisé, douze morceaux plus deux pour le rappel, Loic ne faiblit pas, insiste pour qu'on achète son album (et il a raison) et quand certains disent : "on l'a déjà", il nous sort : "Oui, mais faut en acheter par cinq, pour les amis qui sont pas venus". Le sens des affaires, non ? ;)

Get Down to Work ouvre le concert, images projetées et éclairage original (sorte de néons), le morceau démarre au quart de tour et donne le ton. Ensuite Probability, (du 1er album), Bang on The Motorcade (du nouvel album), la superbe Love Forever Knows (une de mes favorites, du 1er), Kind of, Cleo, Lo (ma préférée du nouvel album), don't have it, Love the Bomb (excellente), Satellite, Thanks the Scene (forcément), Grand Jumble Army (un titre atomique !) Le guitariste a un impressionnant pédalier, et le son va avec, enchaînant disto, delay, filtres divers et même un E-bow, peut-être pas le meilleur guitariste du monde mais ce qu'il fait, il le fait bien. La claviériste (Marie, de Smog88) en tout cas avait du charme, une petite voix sympa et toujours le sourire (contagieux d'ailleurs). Vous l'aurez compris, peut-être ne suis-je pas très objectif pour la simple raison que j'ai toujours aimé les Flexa, et je pense qu'à voir les réactions du public, je n'étais pas le seul !

Samedi 14 mai - V.O., Morning Star (Fab)

Changement de décor total pour les Bruxellois de V.O. et les Bristoliens de Morning Star pour une soirée toute en délicatesse pop dans une Rotonde convenablement garnie. Auteurs d'un premier album magnifique de simplicité rugueuse à la Jim O' Rourke, V.O. a semble-t-il appris un muscler son discours par rapport au disque, notamment sur le Wet, Windy & Cloudy qui a ouvert le bal. Montrant allègrement qu'ils n'avaient pas froid aux yeux, Boris Gronemberger et ses potes, en géographes de l'éternelle splendeur, n'ont pas eu peur de situer Bruxelles quelque part entre New York et Tucson, Arizona, histoire d'assumer jusqu'au bout un propos à la personnalité chaque jour un peu plus attachante. Et si, de temps à autre, une certaine rigidité est venue quelque fois tiédir ces moments trop précieux, un spectateur intrépide s'est chargé à lui seul de relancer la machine, et au diable le ridicule ! Quant au vent glacé qui a balayé la salle lors du dernier morceau, la transformant du même coup en désert hivernal sublime de lucidité trompeuse. Après ces quarante minutes de bonheur intensément intériorisé, Morning Star se devait de faire au moins aussi bien, et nous n'avons pas été déçus, que du contraire. Conjuguant dans un équilibre spectral sidérant de justesse la tristesse des textes, la musicalité du propos et la bonne humeur ensoleillée, Jesse D. Vernon et sa bande (dont la délicatement ondine Banjokate, sorte de croisement entre Joan Baez et une chanteuse de pub celtique, et ce n'est en rien péjoratif) ont entamé les débats à un niveau rarement atteint en ces murs de la Rotonde, quel plaisir c'était. Et en grand mélodiste qu'il est, le camarade Jesse n'est pas le dernier de la classe quand il s'agit de mélanger pop classique et folk moderne, et sa complicité scénique avec Banjokate ajoute une plus-value émotionnelle qui nous réconcilie d'un coup avec l'humanité toute entière. De quoi donner envie au public de découvrir son dernier bébé, le déjà indispensable The Opposite Is True, véritable tsunami de beauté opaline, à découvrir absolument bien sûr.

Le mot de la fin ? On a déjà fait bien assez long ainsi !

Fab, Marc et Tommy

 

 

   © Copyright A découvrir absolument Tous droits réservés