Festival
Primavera Sound 2005 Barcelone, 26-27-28 mai 2005

J'arrive
donc le samedi en fin de journée pour voir Coralie Clément.
La sœur de l'incontournable Benjamin B. vient de sortir
un nouvel album assez attachant, et j'attendais beaucoup
de sa prestation. Look de lolita, avec un petit coté Bardot,
elle chante d'une voix douce et sensuelle, un peu comme
Françoise Hardy. Le set sera principalement constitué de
chansons du dernier album, au son plus rock que le précédent.
Avec une grâce de félin, elle évolue sur scène accompagnée
de trois musiciens sortis tout droit d'un groupe lo-fi :
guitariste mal rasé, batteur chevelu avec des lunettes de
soleil énormes, et bassiste nonchalant, mais tous ont l'air
de bien s'amuser. Un bon moment rafraîchissant.

Retour vers la grande scène pour voir Josh Rouse
qui assure avec son folk-rock bien léché. Histoire de ne
pas attaquer trop fort et de garder des forces pour la suite,
je suis ce concert de loin, un peu distraitement. Un petit
tour au chapiteau, où joue Grabba Grabba Tape. Deux
fous furieux vêtus de combinaisons rouges et de (fausses)
fourrures blanches s'agitent sur scène avec beaucoup d'enthousiasme.
L'un triture un clavier pour en sortir des sons (datables
au carbone 14) tandis que l'autre martèle sa batterie, le
tout dans un climat très punk minimaliste. Et leur formule
se révèle très accrocheuse, et ces deux types font preuve
d'un humour second degré, par exemple quand l'un des deux
descend de scène en plein morceau pour aller serrer les
mains des quelques curieux placés au premier rang. Encore
une bonne découverte.

J'avais bien noté dans mon agenda la programmation entièrement
française de la scène Danzka CD Drome ce soir-là, avec de
beaux enchaînements en perspective. Après Coralie Clément
(et Bertrand Betsch), c'est au tour de Françoiz
Breut. La grande classe. Très concentrée pendant les
morceaux, elle nous livrera principalement des morceaux
du dernier album, mais aussi quelques uns de celui d'avant,
dont une étrange version de "L'origine du monde". Très souriante,
resplendissante même. Et très bien accompagnée, son groupe
assure, donnant un peu plus de pêche aux morceaux par rapport
aux versions studio.
Ensuite, c'est Expérience qui investit la scène.
Début de concert déstabilisant pour les fans de Diabologum,
puisque c'est pratiquement un chanteur de hip-hop engagé
accompagné par un backing-band métal que l'on découvre.
Grosse présence de Michel Cloup, aussi bien physiquement
que vocalement, ce type doit à coup sûr avoir quelques disques
de rap chez lui (cf. la participation de La Caution sur
le dernier album). Avec lui, un petit guitariste qui assure
également quelques chœurs, et surtout un bassiste qu'on
dirait échappé de Suicidal Tendencies, tatoué, qui harangue
le public et saute partout, plus le batteur. Quand Michel
Cloup reprend sa guitare, on retrouve le groupe de rock
noisy. Les textes toujours engagés, parfois à la limite
de la caricature, sont la marque de fabrique du groupe.
Beaucoup de morceaux du dernier album, dont les excellents
"Too much love" et "Traquer la fièvre …", mais aussi les
deux perles de l'album précédent, "Aujourd'hui, maintenant"
et "Deux" en duo avec la petite amie de Michel Cloup. On
enchaîne avec Dominique A. Je ne l'avais jamais vu
de visu, et le bonhomme impressionne par son gabarit. Tout
de noir vêtu, Dominique est à la guitare, et a recours comme
à son habitude aux pédales sampler. Il est accompagné d'un
clavier, d'un bassiste et d'un batteur. On le sent habité,
très agité sur sa guitare. Il nous livre des versions sobres
des titres du dernier album, et peut se balader à loisir
dans son répertoire.

A noter que le public n'était pas uniquement français, un
certain nombre d'Espagnols ont manifesté leur attachement
aux différents artistes présents. Malheureusement, Dominique
A. a un peu débordé sur son horaire, et quand je retourne
vers la grande scène, je m'aperçois que Sonic Youth
a déjà commencé. Enorme affluence, je suis relégué très
loin de la scène, réduit à regarder les écrans géants. Pas
tous des amateurs inconditionnels du groupe, puisque les
spectateurs restent de marbre alors que Sonic Youth
enchaîne ses morceaux de bravoure. Je me faufile pour me
rapprocher de la scène, et apprécier un peu mieux la prestation
du groupe. Thurston Moore (sur qui les années semblent
ne pas avoir de prise), à la guitare (avec une superbe bandoulière/ceinture
de peignoir), et Kim Gordon (dans une jolie petite
robe), à la basse principalement, sont en avant. Lee
Ranaldo à la guitare, Jim O'Rourke à la guitare
ou à la basse sont en retrait sur scène, Steve Shelley
est derrière ses fûts. Que des titres supersoniques, remontant
jusqu'à l'album Dirty. Mis à part Thurston Moore
qui se lancera dans une séance de torture de guitare (guitare
par terre, guitare en l'air, guitare contre l'ampli), le
groupe reste très posé. On mettra ça sur le compte de la
maturité. Un super live donc, mais je resterai dramatiquement
frustré de ne pas avoir pu suivre ce concert de plus près.


Après
ça, je retourne à la scène Danzka CD Drome pour continuer
la soirée française, avec Married Monk. Le groupe
nous livre ses morceaux sombres et classes, avec leurs textes
amers. Même si le dernier album ne m'a pas autant convaincu
que les précédents, leur prestation est à la hauteur de
la réputation du groupe. La fatigue se fait de plus en plus
pressante, il est 1h00 passé, les paupières sont très lourdes.
Je préfère rester assis dans le petit amphithéâtre qui fait
face à la scène. C'est Daniel Darc qui prend le relais.
Bonne prestation, pour moi qui ne connaissait presque rien
de ce qu'il a fait. On aura droit à une reprise du "Cherchez
le garçon" de Taxi Girl. Je retourne à la grande scène pour
voir Gang of Four, intrigué par la reformation de
ce groupe mythique du début des années 80. Et là enchaînement
de deux grands titres "At home he's a tourist" et "I love
a man in a uniform". On retrouve l'énergie brute et dansante
de ce groupe, à faire pâlir beaucoup des nouveaux groupes
qui font l'actualité. Le chanteur Jon King a peu
changé physiquement, costume mao bleu, il se démène sur
scène comme s'il avait encore vingt ans. Le guitariste Andy
Gill assure sobrement à la guitare. Les deux membres
fondateurs du groupe sont accompagnés par un bassiste (dynamique)
et un batteur (que je n'ai pas reconnus).

Alors
que je pensais aller me coucher pour une "nuit" méritée,
je passe devant le chapiteau et je tombe sur Les Georges
Leningrad. Complètement kitsch, ce trio évolue dans
une sorte d'électro-punk complètement décalé. Un batteur
avec des faux tatouages grossièrement faits au marqueur,
très parodie rock'n'roll, une nana habillée d'une robe informe
et coiffée d'une perruque aux claviers, et un troisième
larron en costume de super héros également aux claviers.
Vieux sons de synthés et batterie speedée. Malgré tout ce
coté visuel, les chansons tiennent la route et on se surprend
à taper du pied. Le concert se finira en grand n'importe
quoi. Trois collègues à eux montent sur scène, l'un agite
un tambourin, le deuxième tape sur le premier et le troisième
lance des morceaux de viennoiseries dans le public.

Cette
fois, c'est terminé pour de bon. Il est 4h du matin, il
reste encore beaucoup de monde sur le site du festival quand
je quitte les lieux. Les artistes manqués de la journée
sont Christina Rosenvingue, excellente songwriteuse
norvégienne, The Wedding Present, M83 et les Dirtbombs
que j'avais eu la chance de voir à Monpellier, les petits
nouveaux Dogs Die In Hot Cars et Futureheads,
et aussi The Czars, Vic Chestnutt et Tortoise.
Dommage.
Un excellent festival, recommandé à tous les amateurs de
musique pas comme les autres, pour paraphraser quelqu'un.
Pas si loin de la France, d'ailleurs les Français étaient
assez nombreux. Un site bien desservi par les transports
en commun et une ville agréable à visiter. Seul point négatif
: alors qu'une zone VIP était censée permettre aux journalistes
(et assimilés) de rencontrer les artistes du festival, je
n'y ait aperçu que deux musiciennes de Erase Errata. Sinon,
que des journalistes en train de boire des bières. Dommage.
Merci
à Vincent pour m'avoir aidé à obtenir une accréditation
presse. Merci à l'organisation du festival pour la mise
à disposition de certaines des photos de ce reportage (www.primaverasound.com)
Julien
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