Comme
l'an dernier, le festival Primavera se tient sur le site
du Forum-El Maresme, au bord de la mer. Beaucoup d'espace
pour 6 scènes: 2 grandes scènes (Estrella Damm, Rockdelux
by Vuelving), 1 scène moyenne (Danzka CD Drome), 1 auditorium
et une petite scène (Fira) réservée à des jeunes groupes
espagnols, avec en plus une scène pour des artistes électro
(Ya.com).
Jeudi
1er juin
Le
festival commence traditionnellement le jeudi soir avec
une programmation allégée pour se mettre en jambes. J'arrive
malheureusement trop tard sur le site du festival pour voir
les Castanets. Dommage, car leur album 'First Lights Freeze'
m'avait beaucoup plu. Je commence par aller faire un tour
au concert de No-Neck Blues Band. Annoncé comme un groupe
de rock lo-fi tendance expérimentale, je tombe sur un foutoir
monumental. Une fille agite désespérément des sacs poubelle
pour les ouvrir avant de les lancer dans le public. Un type
tape sur une petite caisse, sans qu'on n'entende rien. Le
batteur abandonne ses baguettes pour produire quelques sons
sur des instruments bizarres. Globalement pas très construit
et pas facile à suivre. Je les laisse pour aller voir Motörhead
sur la grande scène. C'est vraiment la curiosité qui me
pousse là-bas, n'étant pas un amateur de hard-rock. Curieux
de voir en chair et en os le fameux Lemmy, bassiste et chanteur
du groupe, revenu de tous les excès. Look de cow-boy et
rouflaquettes énormes (mais à ce petit jeu là, il sera battu,
voir la soirée du samedi). Le son est lourd, très lourd,
même carrément stéréotypé hard-rock des années 80, avec
les parties de guitare bien aiguës. Lemmy joue de sa basse
comme d'une guitare. La batterie est carrément gigantesque,
avec un type aux longs cheveux décolorés derrière, qui frappe
comme une mule. Les chansons ne semblent pas mauvaises,
mais le traitement sonore rend le tout pas très digeste.
J'aimerai bien voir Lemmy interpréter ses chansons avec
un backing-band folk, ça pourrait donner quelque chose de
pas mal.

Retour
à la scène Danzka pour voir Why?. Membre du groupe hip-hop
Clouddead, Why? s'est lancé en solo dans une approche plus
pop. Il est au chant, avec un clavier et une batterie réduite
à sa plus simple expression devant lui. Il est accompagné
d'un batteur qui joue en plus du xylophone, et d'un clavier/guitare.
Why? nous sort quelques mélodies qui font se trémousser
les filles dans le public (c'est déjà pas mal). Il alterne
diction hip-hop et chant pop, le tout fait un peu penser
à Beck à ses débuts. Bon concert. L'évènement annoncé de
la soirée, c'est la prestation des Babyshambles. Quelques
questions que tout le monde se pose: est-ce que Pete Doherty
sera là à l'heure, est-ce qu'il tiendra debout, est-ce que
les chansons de l'album 'Down In Albion' ne seront pas massacrées
? Le concert commence à l'heure prévue. Doherty a l'air
un peu ailleurs, mais on sent qu'il est bien épaulé par
un groupe solide. L'interprétation n'est pas excellente
sur les premiers titres. Même si par moments, Doherty donne
l'impression de tituber (il carbure à la vodka), il balance
un grand coup de pied acrobatique dans le micro. On a donc
droit à un bon concert de rock, avec des chansons simples
et efficaces. Doherty tient plus du petit branleur que de
la rock star, mais je ne peux m'empêcher de trouver qu'il
dégage un truc. Les Babyshambles nous livrent la plupart
des titres du dernier album, ainsi que 2 titres des Libertines.
Sur le titre 'Sticks & Stones', le groupe nous rappelle
que les anglais sont bien les meilleurs quand il s'agit
de mélanger le rock et le reggae. Un bon concert, sans être
non plus exceptionnel.

J'assiste
ensuite de loin à la prestation de 12twelve, un groupe espagnol
de post-rock. Un saxophone accompagne une formation guitare-contrebasse-batterie.
Pas très convaincant, mais je n'étais pas assez attentionné
pour bien apprécier. Je termine cette soirée (en petite
forme) avec Yo La Tengo. Le grand Ira Kaplan à la guitare
et sa compagne Georgia Hubley à la batterie. Le concert
débute bien, du bon indie rock avec l'ombre bienveillante
de Sonic Youth (je ne suis pas un grand connaisseur du groupe).
Malheureusement le groupe finit le concert en abusant de
passages noisy pas très convaincants sur les deux derniers
morceaux.
Vendredi
2 juin
La
soirée commence très fort avec les Yeah Yeah Yeahs. Une
grosse foule s'est rassemblée devant la grande scène pour
voir les New-Yorkais. Personnellement, je suis très impatient
de voir le groupe, puisque j'avais été très séduit par le
premier album, impression confirmée par le récent deuxième
album 'Show Your Bones'. La frontwoman du groupe, Karen
O, est en très grande forme et ne reste pas en place plus
de 10 secondes. Un grand sourire illumine son visage, elle
prend manifestement beaucoup de plaisir à être sur scène.
Les Yeah Yeah Yeahs disposent de suffisamment d'excellents
morceaux pour nous livrer un concert très très dense. En
mélangeant les titres des deux albums, ils nous régalent
avec ce rock énervé et dynamique. Leur musique rentre directement
dans le cerveau et ordonne à la tête de marquer la mesure.
Tenue excentrique pour Karen O, un batteur excellent, tout
comme le petit guitariste qui se fera remarquer en massacrant
une superbe guitare (était-ce vraiment nécessaire?). D'avance,
un des meilleurs concerts du festival, malgré l'heure avancée
du concert.

Ah
ces programmations de festival qui nous imposent des choix
cornéliens en programmant en même temps des artistes immanquables
! Pour voir en entier le set des Yeah Yeah Yeahs, j'ai loupé
la majeure partie du concert de Mick Harvey. Le bras droit
de Nick Cave est à la guitare sèche, il est accompagné d'une
charmante contrebassiste. Tempes grisonnantes, Mick Harvey
interprète ses morceaux avec une grande classe. Un concert
très sobre, conclu avec une reprise de Gainsbourg (à priori
un morceau peu connu), pas étonnant connaissant la passion
de l'australien pour le fumeur de havanes.

Je
me retrouve après ça au concert de The Hells, un groupe
espagnol manifestement influencé par les Kills. Avec une
jeune femme (qui ressemble beaucoup à la chanteuse des Kills
justement) à la guitare et au chant, accompagnée par un
guitariste, un batteur et une percussionniste, The Hells
joue un rock nerveux assez séduisant, même si on a déjà
entendu ça ailleurs. Il faudra qu'ils s'émancipent pour
vraiment séduire. J'assiste ensuite au dernier tiers du
concert de Jens Lekman, le jeune songwriter suédois. Accompagné
d'un backing band exclusivement féminin (1 saxophone, 1
trombone et une trompette, 1 batterie légère, 1 basse et
1 clavier), Lekman enchaîne une série de très belles balades.
Ses chansons romantiques seraient capables d'attendrir un
vieux hard-rocker aigri. Très bon accueil du public. Par
curiosité, je passe voir le concert de Killing Joke. Ce
groupe revient dans l'actualité après avoir été un des fondateurs
du courant industriel. Vêtements et peintures sur le visage
noirs, ces messieurs ne sont pas là pour rigoler. Le son
extrêmement lourd ne rebute pas un public relativement nombreux,
mais c'en est trop pour moi et je vais voir ailleurs. C'est
la belle Isobel Campbell qui se chargera de réconforter
mes oreilles meurtries. Pas complètement séduit par son
récent album avec Mark Lanegan (excellent par moments mais
un peu inégal), je me place cependant aux avant-postes.
Lanegan n'étais pas censé participer aux concerts de la
demoiselle, celui-ci est remplacé par un homme, certainement
moins tatoué, mais à la voix aussi râpeuse. Isobel, en plus
du chant, assure quelques parties de guitare acoustique
et de violoncelle (son instrument d'origine). Elle joue
principalement les titres du dernier album, avec une interprétation
assez fidèle. Ses ballades folk à deux voix sont globalement
assez réussies, mais l'impression laissée par l'album se
confirme. On aura droit à une très belle reprise d'un morceau
du duo Johnny Cash-June Carter, et pour terminer une reprise
de Mark Lanegan.

Après ça je file à l'auditorium où il faut faire la queue
pour rentrer assister au concert de Stuart Staples. Le bonhomme
continue en solitaire sur la voie qu'il a tracée avec les
Tindersticks, et le résultat est de très haute tenue. Encore
un qui a une classe naturelle. Le moelleux des fauteuils
combiné à la fatigue grandissante me plonge malheureusement
dans un état un peu second. Malgré tout, je ne peux m'empêcher
de trouver que Stuart Staples ne se démarque pas assez de
son oeuvre passée.

Dehors, c'est Dinosaur Jr. qui est sur scène. Pour moi qui
ne connaissait que le rock noisy et mélancolique des albums
'Where You Been' et 'Without A Sound', je suis abasourdi
de me trouver nez à nez avec une mauvaise formation de hard-rock
avec un grand chevelu (aux cheveux blancs) à sa tête. Je
déguerpi. Je termine ma soirée avec le concert de Sleater-Kinney.
Je ne connaissais que de réputation le groupe, et je découvre
le rock énervé joué par ces 3 filles. Belle prestation pleine
d'enthousiasme, de bons morceaux nerveux, mais aussi quelques
titres un peu plats. Epuisé par ces 7 heures de concerts,
je rentre dormir. Un ami me racontera le lendemain matin
le show des Flaming Lips. Un concert complètement déjanté,
où la musique a semblé passer en retrait devant la prestation
scénique (techniciens déguisés en super-héros, abondance
de confettis et d'autres détails que j'ai oubliés). A-t-il
bien vu, ou était-ce le cocktail bière-RedBull qui a provoqué
des hallucinations ? Je ne le saurai jamais. Samedi 3 juin
Cette dernière soirée promet d'être excellente, avec le
plus beau plateau des 3 jours. Ca commence avec un des concerts
que j'attendais le plus, et visiblement je n'étais pas le
seul. Il y a un mode fou pour voir jouer Shellac. Le groupe
est programmé à l'auditorium (il m'a ensuite semblé comprendre
que le groupe n'aimais pas jouer en extérieur), et celui-ci
est rempli comme un oeuf. Chacun est gentiment assis dans
son fauteuil, mais ça ne va pas durer, puisqu'à peine arrivé
sur scène, le groupe invite le public à venir se rassembler
au pied de la scène. Disposition alignée avec la batterie
de Todd Trainer au centre, Steve Albini et sa guitare à
gauche, Bob Weston et sa basse à droite (en regardant la
scène). Un set très rugueux et sans concessions, qui ravira
les inconditionnels mais laissera dubitatifs les autres.
Trop abstrait, trop noisy, trop déconstruit sûrement. Bob
Weston, très à l'aise, instaure un jeu de questions/réponses,
pendant les quelques pauses que le groupe s'autorise. On
apprend ainsi que le prochain album est quasiment terminé.
Une belle claque.

La
suite, c'est l'apparition de son altesse Lou Reed. Ne connaissant
de lui que sa période Velvet Underground, je viens par curiosité,
en espérant entendre quelques titres mythiques (et une meilleure
prestation que son ancien collègue John Cale vu à Montpellier).
Lou Reed débarque sur scène bizarrement habillé (est-ce
un pantalon de survêtement ?) et commence à nous envoyer
une pop-rock très FM. Il est accompagné par un guitariste
affublé d'un bandana sur la tête et qui assure des choeurs
horriblement mielleux. Et le batteur est enfermé dans une
"cage" en verre (???). Je craque à la fin de la deuxième
chanson et je vais voir ailleurs. Je vais voir Deerhof,
une bonne formation indie-pop, plus intéressante à écouter
que Lou Reed. Une jeune femme d'origine asiatique est à
la basse et au chant, et se démène pour animer ce concert.
On n'oubliera pas un certain morceau très entraînant dont
le refrain mémorable était aproximativement "bunny, bunny,
bunny", avec en plus un petit mime de la chanteuse pour
faire le lapin. La soirée continue avec Brian Jonestown
Massacre. Du monde sur scène, avec beaucoup de guitares.
Et un type au milieu de la scène avec des rouflaquettes
énormes, qui s'agite avec un tambourin. Il focalise l'attention
du public, alors qu'il n'est pour rien dans le son du groupe.
Une bonne prestation, un rock un peu bizarre. Je me retrouve
ensuite dans une queue d'une longueur impressionnante pour
rentrer dans l'auditorium où Lambchop va jouer. Comme prévu,
une formation nombreuse menée par Kurt Wagner (et ses casquettes
somptueuses). Lambchop nous distille son country-rock avec
la voix si particulière de Kurt Wagner. De façon étonnante,
le groupe se lancera deux fois dans des passages quasi-noisy.

Sur
la grande scène, c'est Stereolab qui occupe le terrain.
Le groupe nous livre une prestation très dansante, qui aura
satisfait beaucoup de monde, mais qui ne m'aura pas transformé
en adepte.

Un
état de fatigue prononcé explique la brièveté des 4 comptes-rendus
précédents. Le feu d'artifice final, c'est pour maintenant
: Mogwai va venir nous déboucher les tympans. Le groupe
arrive sur scène avec des vestes couleur vert Ecosse. Attitude
très discrète, et début de concert très calme. Mais ce n'est
que de courte durée et Mogwai commence à nous faire faire
le grand huit, avec ses changements d'allures brutaux, amplifiés
par le jeu de lumières. On se retrouve sur la piste de décollage
avec un airbus qui nous fonce dessus plein gaz et tous feux
allumés. Le groupe joue beaucoup des titres du dernier album,
en particulier les somptueux 'Glasgow Mega-Snake' et 'Friend
of the Night', mais revisite également les albums précédents.
Une fois le décollage effectué, c'est un long voyage que
nous offre Mogwai, scotché à la carlingue de notre airbus,
pas trop loin des réacteurs, flottant au milieu des nuages.
Enorme concert. Après ça, j'ai préféré aller me coucher
pour m'endormir avec les morceaux de Mogwai dans la tête,
plutôt que d'écouter les derniers groupes de la soirée.

Au
final, 3 très bons concerts (Yeah Yeah Yeahs, Shellac, Mogwai),
plein de bonnes choses à écouter, mais malgré tout une impression
un peu moins enthousiaste que l'an dernier .
Julien