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Festival Primavera Sound 2006 Barcelone, 01-02-03 juin 2006  
 

Comme l'an dernier, le festival Primavera se tient sur le site du Forum-El Maresme, au bord de la mer. Beaucoup d'espace pour 6 scènes: 2 grandes scènes (Estrella Damm, Rockdelux by Vuelving), 1 scène moyenne (Danzka CD Drome), 1 auditorium et une petite scène (Fira) réservée à des jeunes groupes espagnols, avec en plus une scène pour des artistes électro (Ya.com).

Jeudi 1er juin

Le festival commence traditionnellement le jeudi soir avec une programmation allégée pour se mettre en jambes. J'arrive malheureusement trop tard sur le site du festival pour voir les Castanets. Dommage, car leur album 'First Lights Freeze' m'avait beaucoup plu. Je commence par aller faire un tour au concert de No-Neck Blues Band. Annoncé comme un groupe de rock lo-fi tendance expérimentale, je tombe sur un foutoir monumental. Une fille agite désespérément des sacs poubelle pour les ouvrir avant de les lancer dans le public. Un type tape sur une petite caisse, sans qu'on n'entende rien. Le batteur abandonne ses baguettes pour produire quelques sons sur des instruments bizarres. Globalement pas très construit et pas facile à suivre. Je les laisse pour aller voir Motörhead sur la grande scène. C'est vraiment la curiosité qui me pousse là-bas, n'étant pas un amateur de hard-rock. Curieux de voir en chair et en os le fameux Lemmy, bassiste et chanteur du groupe, revenu de tous les excès. Look de cow-boy et rouflaquettes énormes (mais à ce petit jeu là, il sera battu, voir la soirée du samedi). Le son est lourd, très lourd, même carrément stéréotypé hard-rock des années 80, avec les parties de guitare bien aiguës. Lemmy joue de sa basse comme d'une guitare. La batterie est carrément gigantesque, avec un type aux longs cheveux décolorés derrière, qui frappe comme une mule. Les chansons ne semblent pas mauvaises, mais le traitement sonore rend le tout pas très digeste. J'aimerai bien voir Lemmy interpréter ses chansons avec un backing-band folk, ça pourrait donner quelque chose de pas mal.

Retour à la scène Danzka pour voir Why?. Membre du groupe hip-hop Clouddead, Why? s'est lancé en solo dans une approche plus pop. Il est au chant, avec un clavier et une batterie réduite à sa plus simple expression devant lui. Il est accompagné d'un batteur qui joue en plus du xylophone, et d'un clavier/guitare. Why? nous sort quelques mélodies qui font se trémousser les filles dans le public (c'est déjà pas mal). Il alterne diction hip-hop et chant pop, le tout fait un peu penser à Beck à ses débuts. Bon concert. L'évènement annoncé de la soirée, c'est la prestation des Babyshambles. Quelques questions que tout le monde se pose: est-ce que Pete Doherty sera là à l'heure, est-ce qu'il tiendra debout, est-ce que les chansons de l'album 'Down In Albion' ne seront pas massacrées ? Le concert commence à l'heure prévue. Doherty a l'air un peu ailleurs, mais on sent qu'il est bien épaulé par un groupe solide. L'interprétation n'est pas excellente sur les premiers titres. Même si par moments, Doherty donne l'impression de tituber (il carbure à la vodka), il balance un grand coup de pied acrobatique dans le micro. On a donc droit à un bon concert de rock, avec des chansons simples et efficaces. Doherty tient plus du petit branleur que de la rock star, mais je ne peux m'empêcher de trouver qu'il dégage un truc. Les Babyshambles nous livrent la plupart des titres du dernier album, ainsi que 2 titres des Libertines. Sur le titre 'Sticks & Stones', le groupe nous rappelle que les anglais sont bien les meilleurs quand il s'agit de mélanger le rock et le reggae. Un bon concert, sans être non plus exceptionnel.

J'assiste ensuite de loin à la prestation de 12twelve, un groupe espagnol de post-rock. Un saxophone accompagne une formation guitare-contrebasse-batterie. Pas très convaincant, mais je n'étais pas assez attentionné pour bien apprécier. Je termine cette soirée (en petite forme) avec Yo La Tengo. Le grand Ira Kaplan à la guitare et sa compagne Georgia Hubley à la batterie. Le concert débute bien, du bon indie rock avec l'ombre bienveillante de Sonic Youth (je ne suis pas un grand connaisseur du groupe). Malheureusement le groupe finit le concert en abusant de passages noisy pas très convaincants sur les deux derniers morceaux.

Vendredi 2 juin

La soirée commence très fort avec les Yeah Yeah Yeahs. Une grosse foule s'est rassemblée devant la grande scène pour voir les New-Yorkais. Personnellement, je suis très impatient de voir le groupe, puisque j'avais été très séduit par le premier album, impression confirmée par le récent deuxième album 'Show Your Bones'. La frontwoman du groupe, Karen O, est en très grande forme et ne reste pas en place plus de 10 secondes. Un grand sourire illumine son visage, elle prend manifestement beaucoup de plaisir à être sur scène. Les Yeah Yeah Yeahs disposent de suffisamment d'excellents morceaux pour nous livrer un concert très très dense. En mélangeant les titres des deux albums, ils nous régalent avec ce rock énervé et dynamique. Leur musique rentre directement dans le cerveau et ordonne à la tête de marquer la mesure. Tenue excentrique pour Karen O, un batteur excellent, tout comme le petit guitariste qui se fera remarquer en massacrant une superbe guitare (était-ce vraiment nécessaire?). D'avance, un des meilleurs concerts du festival, malgré l'heure avancée du concert.

Ah ces programmations de festival qui nous imposent des choix cornéliens en programmant en même temps des artistes immanquables ! Pour voir en entier le set des Yeah Yeah Yeahs, j'ai loupé la majeure partie du concert de Mick Harvey. Le bras droit de Nick Cave est à la guitare sèche, il est accompagné d'une charmante contrebassiste. Tempes grisonnantes, Mick Harvey interprète ses morceaux avec une grande classe. Un concert très sobre, conclu avec une reprise de Gainsbourg (à priori un morceau peu connu), pas étonnant connaissant la passion de l'australien pour le fumeur de havanes.

Je me retrouve après ça au concert de The Hells, un groupe espagnol manifestement influencé par les Kills. Avec une jeune femme (qui ressemble beaucoup à la chanteuse des Kills justement) à la guitare et au chant, accompagnée par un guitariste, un batteur et une percussionniste, The Hells joue un rock nerveux assez séduisant, même si on a déjà entendu ça ailleurs. Il faudra qu'ils s'émancipent pour vraiment séduire. J'assiste ensuite au dernier tiers du concert de Jens Lekman, le jeune songwriter suédois. Accompagné d'un backing band exclusivement féminin (1 saxophone, 1 trombone et une trompette, 1 batterie légère, 1 basse et 1 clavier), Lekman enchaîne une série de très belles balades. Ses chansons romantiques seraient capables d'attendrir un vieux hard-rocker aigri. Très bon accueil du public. Par curiosité, je passe voir le concert de Killing Joke. Ce groupe revient dans l'actualité après avoir été un des fondateurs du courant industriel. Vêtements et peintures sur le visage noirs, ces messieurs ne sont pas là pour rigoler. Le son extrêmement lourd ne rebute pas un public relativement nombreux, mais c'en est trop pour moi et je vais voir ailleurs. C'est la belle Isobel Campbell qui se chargera de réconforter mes oreilles meurtries. Pas complètement séduit par son récent album avec Mark Lanegan (excellent par moments mais un peu inégal), je me place cependant aux avant-postes. Lanegan n'étais pas censé participer aux concerts de la demoiselle, celui-ci est remplacé par un homme, certainement moins tatoué, mais à la voix aussi râpeuse. Isobel, en plus du chant, assure quelques parties de guitare acoustique et de violoncelle (son instrument d'origine). Elle joue principalement les titres du dernier album, avec une interprétation assez fidèle. Ses ballades folk à deux voix sont globalement assez réussies, mais l'impression laissée par l'album se confirme. On aura droit à une très belle reprise d'un morceau du duo Johnny Cash-June Carter, et pour terminer une reprise de Mark Lanegan.

Après ça je file à l'auditorium où il faut faire la queue pour rentrer assister au concert de Stuart Staples. Le bonhomme continue en solitaire sur la voie qu'il a tracée avec les Tindersticks, et le résultat est de très haute tenue. Encore un qui a une classe naturelle. Le moelleux des fauteuils combiné à la fatigue grandissante me plonge malheureusement dans un état un peu second. Malgré tout, je ne peux m'empêcher de trouver que Stuart Staples ne se démarque pas assez de son oeuvre passée.

Dehors, c'est Dinosaur Jr. qui est sur scène. Pour moi qui ne connaissait que le rock noisy et mélancolique des albums 'Where You Been' et 'Without A Sound', je suis abasourdi de me trouver nez à nez avec une mauvaise formation de hard-rock avec un grand chevelu (aux cheveux blancs) à sa tête. Je déguerpi. Je termine ma soirée avec le concert de Sleater-Kinney. Je ne connaissais que de réputation le groupe, et je découvre le rock énervé joué par ces 3 filles. Belle prestation pleine d'enthousiasme, de bons morceaux nerveux, mais aussi quelques titres un peu plats. Epuisé par ces 7 heures de concerts, je rentre dormir. Un ami me racontera le lendemain matin le show des Flaming Lips. Un concert complètement déjanté, où la musique a semblé passer en retrait devant la prestation scénique (techniciens déguisés en super-héros, abondance de confettis et d'autres détails que j'ai oubliés). A-t-il bien vu, ou était-ce le cocktail bière-RedBull qui a provoqué des hallucinations ? Je ne le saurai jamais. Samedi 3 juin Cette dernière soirée promet d'être excellente, avec le plus beau plateau des 3 jours. Ca commence avec un des concerts que j'attendais le plus, et visiblement je n'étais pas le seul. Il y a un mode fou pour voir jouer Shellac. Le groupe est programmé à l'auditorium (il m'a ensuite semblé comprendre que le groupe n'aimais pas jouer en extérieur), et celui-ci est rempli comme un oeuf. Chacun est gentiment assis dans son fauteuil, mais ça ne va pas durer, puisqu'à peine arrivé sur scène, le groupe invite le public à venir se rassembler au pied de la scène. Disposition alignée avec la batterie de Todd Trainer au centre, Steve Albini et sa guitare à gauche, Bob Weston et sa basse à droite (en regardant la scène). Un set très rugueux et sans concessions, qui ravira les inconditionnels mais laissera dubitatifs les autres. Trop abstrait, trop noisy, trop déconstruit sûrement. Bob Weston, très à l'aise, instaure un jeu de questions/réponses, pendant les quelques pauses que le groupe s'autorise. On apprend ainsi que le prochain album est quasiment terminé. Une belle claque.

La suite, c'est l'apparition de son altesse Lou Reed. Ne connaissant de lui que sa période Velvet Underground, je viens par curiosité, en espérant entendre quelques titres mythiques (et une meilleure prestation que son ancien collègue John Cale vu à Montpellier). Lou Reed débarque sur scène bizarrement habillé (est-ce un pantalon de survêtement ?) et commence à nous envoyer une pop-rock très FM. Il est accompagné par un guitariste affublé d'un bandana sur la tête et qui assure des choeurs horriblement mielleux. Et le batteur est enfermé dans une "cage" en verre (???). Je craque à la fin de la deuxième chanson et je vais voir ailleurs. Je vais voir Deerhof, une bonne formation indie-pop, plus intéressante à écouter que Lou Reed. Une jeune femme d'origine asiatique est à la basse et au chant, et se démène pour animer ce concert. On n'oubliera pas un certain morceau très entraînant dont le refrain mémorable était aproximativement "bunny, bunny, bunny", avec en plus un petit mime de la chanteuse pour faire le lapin. La soirée continue avec Brian Jonestown Massacre. Du monde sur scène, avec beaucoup de guitares. Et un type au milieu de la scène avec des rouflaquettes énormes, qui s'agite avec un tambourin. Il focalise l'attention du public, alors qu'il n'est pour rien dans le son du groupe. Une bonne prestation, un rock un peu bizarre. Je me retrouve ensuite dans une queue d'une longueur impressionnante pour rentrer dans l'auditorium où Lambchop va jouer. Comme prévu, une formation nombreuse menée par Kurt Wagner (et ses casquettes somptueuses). Lambchop nous distille son country-rock avec la voix si particulière de Kurt Wagner. De façon étonnante, le groupe se lancera deux fois dans des passages quasi-noisy.

Sur la grande scène, c'est Stereolab qui occupe le terrain. Le groupe nous livre une prestation très dansante, qui aura satisfait beaucoup de monde, mais qui ne m'aura pas transformé en adepte.

Un état de fatigue prononcé explique la brièveté des 4 comptes-rendus précédents. Le feu d'artifice final, c'est pour maintenant : Mogwai va venir nous déboucher les tympans. Le groupe arrive sur scène avec des vestes couleur vert Ecosse. Attitude très discrète, et début de concert très calme. Mais ce n'est que de courte durée et Mogwai commence à nous faire faire le grand huit, avec ses changements d'allures brutaux, amplifiés par le jeu de lumières. On se retrouve sur la piste de décollage avec un airbus qui nous fonce dessus plein gaz et tous feux allumés. Le groupe joue beaucoup des titres du dernier album, en particulier les somptueux 'Glasgow Mega-Snake' et 'Friend of the Night', mais revisite également les albums précédents. Une fois le décollage effectué, c'est un long voyage que nous offre Mogwai, scotché à la carlingue de notre airbus, pas trop loin des réacteurs, flottant au milieu des nuages. Enorme concert. Après ça, j'ai préféré aller me coucher pour m'endormir avec les morceaux de Mogwai dans la tête, plutôt que d'écouter les derniers groupes de la soirée.

Au final, 3 très bons concerts (Yeah Yeah Yeahs, Shellac, Mogwai), plein de bonnes choses à écouter, mais malgré tout une impression un peu moins enthousiaste que l'an dernier .

Julien

Toutes les photos du festival sont visibles sur le site de Primavera :

 

 

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