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Troy Von Balthazar & Françoiz Breut L'Européen 1/04/05  
 

Quel bel endroit. La salle de l'Européen dans le 17ème… Un amphithéatre ni trop grand, ni trop petit, avec de beaux sièges rouges dignes des cinémas les plus classes. Un endroit habité. Ce soir, je suis venu voir Troy Van Balthazar et Françoiz Breut. A première vue, l'association ne semble pas évidente. En effet, le chantre du slow core avec une des plus émouvantes figures féminines de la chanson française à la Dominique A… Et pourtant, cette soirée s'avèrera être remarquablement bien agencée. Car c'était sans compter les inflexions incantatoires et intimistes du leader du Chokebore, ici en solo, et les penchants post rock des arrangements de la charmante Françoiz, tous deux en grande forme ce soir, offrant chacun leur tour un vrai spectacle transcendé par la grâce, l'émotion pure et le talent le plus évident

TROY VON BALTHAZAR

La salle se remplit très rapidement et c'est devant un public de bonne composition que le grand gaillard déboule discrètement seul sur scène avec sa guitare aux autocollants super kitschs. Desperado looké désinvolte, Troy Van Balthazar en impose. Il travaille avec des éléments simples, minimalistes: un sampler relié à son micro et à sa guitare, ainsi qu'un petit séquenceur qui balance des rythmiques crades préenregistrées, mais malléables au gré de ses envies. Dans l'esprit, ce genre d'accompagnement n'est pas sans rappeler la première partie sublime de Feist au concert de Broken Social Scene à la Maroquinerie en Juin dernier ou encore la prestation intimiste des sœurs Coco Rosie sur la Guinguette Pirate à l'automne. Les vieux samples rouillés saccadés semblent avoir été usés par le vent du large caressant les plages d'Hawaii d'où vient Troy. L'apôtre de " la lose " qu'il est nous apprend d'ailleurs que lors de son récent retour en France, son avion avait failli s'écraser et qu'il avait eu la peur de sa vie " It scared the shit out of me, I almost died " nous confesse-t-il, amusé avec un peu de recul. Cet avion a bien fait d'arriver à bon port car la salle pleine à craquer se délecte de le voir manier sa guitare bariolée comme on manierait une femme que l'on aime passionnément, avec un mélange de tendresse et de violence, par des gestes tantôts lents.....ou par accoups fiévreux, désordonnés, sexuels. Les déhanchements suggestifs ne font que confirmer cette sensualité que la gente féminine néo romantique venue applaudir Françoiz Breut ne manqua pas de remarquer, et qui atteindra son apogée par des contorsions rituelles, iggypopiennes en fin de course. Le set déborde d'émotion à peine contenue, il se livre au public comme s'il était au confessionnal d'une église : " Lord I just can't stand it anymore, we want to carry your soul away ". Les incantations presque gospel me donne la chair de poule. Les accords de guitare samplés en direct rappellent aussi bien Aerial M que Dominique A aux Bouffes du Nord. De grands gestes sculptent les rythmiques, qui ainsi posées, lui permettent d'élaborer la mélodie sur diverses couches successives. Subtil. Gracieux. Plus tard, ce minimalisme est poussé à l'extrême dans un morceau où il utilise un petit dictaphone sur le micro, délivrant une mélodie baroque faisant penser aux derniers méfaits de Blonde Redhead (" Misery is a butterfly "), sur laquelle il déclame des couplets injectés de regrets, de poison, d'amertume et d'espoirs déçus. Touchant et décalé. En fin de course, il nous gratifie cette fois d'effets spéciaux étonnants, utilisant un pitchshifter en temps réel, réglé au moins deux octaves plus bas, sur sa voix, alternant passage en voix de tête et ce qui ressemblait à la sentence d'un diable venu de l'au-delà. Le public reste béat, étonné. L'impression ainsi créée me fait penser au dernier titre de l'album " 3 " de Sebadoh ("As the World Dies, the Eyes of God Grow Bigger"). Et c'est cette dernière impression d'avoir rencontré un personnage profondément schizophrène, mi ange, à l'humour décalé, mi-démon, cette face sombre qui peut surgir à n'importe quel moment ; un homme fragile chantant avec ses tripes des histoires de perdition et d'espoir. Troy Van Balthazar a récemment sorti un EP éponyme chez Olympic disk et son album est prévu incessamment sous peu ce printemps. Il est également en tournée dans toute la France en Avril.

FRANCOIZ BREUT

A peine remis de mes émotions, l'énigme Françoiz Breut prend possession de la scène avec ses musiciens, scène qu'elle occupe quatre jours à suivre. Tout au long d'un set fleuve d'une musicalité à la fois variée et cohérente (la maestria des musiciens y étant pour beaucoup également avec un clavier me faisant penser à Jérome Lorichon de Berg Sans Nipple, s'affairant sans relâche et avec facilité entre moog, vieux instruments vintage et glockenspiels à la saveur stereolabienne ; et un guitariste au flegme impressionnant, maniant la six-cordes avec un style se rapprochant aisément d'Adrian Utley (Portishead) faisant ressortir des sons presque art-rock de sa Danelectro blanche et noire), Françoiz Breut distille des paroles douces et amères, le discours d'une femme avec un vrai vécu derrière elle, une expérience voilée de désirs et de remords, de passion et de sentiments contenus. Françoiz Breut enchaîne nouveaux morceaux et titres de ses deux précédents albums. Le phrasé fait bien sûr référence à Léo Ferré et donc à Dominque A, son pygmalion avant qu'elle ne prenne son envol avec de nombreux autres auteurs/compositeurs. En effet, la liste des de ses collaborateurs est plus qu'impressionnante et comprend des membres de Kat Onoma, Herman Düne, Katerine ou encore Jérôme Minière et Yann Tiersen. Alors, on ressent un peu du talent de composition de chacun , avec ses spécificités, englobées dans le cocon de l'interprétation toute en douceur de Françoiz ; qui fait valser les syllabes avec une légèreté déconcertante. Sorte de Fraçoise Hardy post-moderne, dont elle reprend d'ailleurs un titre ( également interprété par OS Mutantes en son temps), Françoiz Breut étend le spectre des langues (français, anglais, espagnol) pour nous conter ses amours déçues, ses actes manqués et ses illuminations. Les mélodies neo-romantiques aux accents baroques, ici aussi, rencontrent des arrangements presque noise qui surprennent, mais me comblent d'aise. Et c'est finalement la stupéfaction de la rencontre d'une véritable présence discrète et charmante qui m'envahit. Deux rappels, dont une reprise de Rita Mitsouko, finissent d'achever le tableau d'une soirée profondément irradiante. Françoiz Breut a récemment sorti un nouvel album chez Olympic Disk (" Une saison volée ") et est actuellement en tournée dans toute la France.

Les deux personnages, provenant d'horizons si différents, se rencontreront finalement sur les chemins de traverse de l'expérience apprivoisée, vers les limites pour Troy Von Balthazar, et vers le recul ironique pour Françoiz Breut. Deux univers passionnants. Un régal.

Merci à Olympic disk

Michel M.

 

 

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