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Le festival itinérant
le moins burné et le plus sexiste de France, revient comme
à son habitude et depuis bientôt dix ans accompagner en musique
un nouvel hiver qui s'éloigne, à l'aide de sa louable programmation,
qui toujours aussi pertinente oscille judicieusement entre
figures légendaires, grands retours, talents confirmés et
nouvelles têtes. Le meilleur de la scène indépendante féminine
s'est donc donné une nouvelle fois rendez-vous sur nos plus
beaux podiums hexagonaux pour prouver encore, si besoin en
était, que les femmes ne servent pas qu'à habiller de leurs
formes généreuses les clips bling bling de certains rappeurs
misogynes, à jouer les choristes pour une tournée des stades
d'un skouatteur de charts ou à grossir l'armée de réserve
de nos majors du disque en beuglant dans les queues d'innombrables
castings télé ; mais savent aussi être à leur place là où
on aimerait bien plus souvent les voir. C'est donc dans la
belle salle strasbourgeoise de Laiterie et en compagnies de
quelques unes de ce ses femmes qui comptent que j'ai passé
ma soirée du 18 avril dernier. Résumé des faits :
C'est au alentour
de 20h que les portes s'ouvrent dans une ambiance encore toute
ouatée. Je me dirige de suite vers la buvette pour deux bières
blondes hollandaises en guise de repas et, tout en tenant
intérieurement le crachoir à mes gobelets plastiques et en
écoutant d'une oreille attentive mais indiscrète les conversations
des gens qui m'entourent, je regarde le hall d'entrée se remplir
doucement de beaucoup de jeunes filles et de quelques hommes
aventureux, désireux de rencontrer ces femmes qui, ils l'espèrent,
feront encore ce soir beaucoup d'ombre à leur homologues masculins.
La petite salle est maintenant accessible et les premières
notes du duo franco-finois Mi and L'Au se font déjà
entendre dans une atmosphère pauvre en enthousiasme. A la
vue du peu de personnes présentes et aux quelques bruits de
couloirs précédemment entendus, je présume que ceux qui sont
là, ont sans doute plus été poussés par une certain hasard
auditif que par l'envie folle de la découverte. C'est donc
face à un public non acquis à leur cause, que les deux protagonistes
débutent leurs errances acoustiques, errances qui empreintes
d'une fragilité toute sincère faisaient le plus souvent sur
disque la part belle à l'émotion mais qui, en ce début de
concert, tendaient plutôt du coté de l'ennui. Il faut dire
que l'autarcie dans laquelle ces deux êtres s'étaient plongés
pour composer leur album s'est ressenti encore pleinement
ici, et c'est en occupant chacun un bout de la scène, assis
sur une chaise, guitare identique entre les mains, le cou
collé à la poitrine, les yeux fixant leurs pieds, qu'ils ont
cherché à nous faire pénétrer leur petit monde délicat. Ce
n'est véritablement qu'au milieux de leur set, lorsque leur
voix et leur arpèges s'entremêlèrent que nous sommes parvenus
à outrepasser ce sentiment général d'apathie pour comprendre
enfin ce que leur folk ciselé avait véritablement à nous dire
et voyant finalement apparaître derrière ce spectacle tout
en retenu les mêmes paysages rêvés, les mêmes souvenirs et
sentiments d'amour partagé.
C'est donc un
peu sur ma faim, après un premier concert en demi teinte,
que je me suis dirigé vers la grande salle où le concert d'une
revenante avait déjà débuté. Mona Soyoc est seule sur
scène, accompagnée de sa guitare électrique et d'un ordinateur
comme objet à tout faire (basse, batterie et autres effets)
; c'est bien beau la technique mais ça manque tout de même
cruellement de présence scénique, mais passons outre ce désagrément
somme toute négligeable au regard de l'ex Kas Product qui
elle n'en manque apparemment pas. Cependant on ne sait rien
de ces projets et encore moins de sa capacité à assurer seule
un concert, qui plus est, avec des chansons que le public
ce soir ne pourra reprendre en cœur, et c'est avec une certaine
appréhensions, je vous l'avouerai, que j'ai pénétré dans cette
salle bien bondée. Mais je coupe de suite court à cette dernière
impression tant la jolie américaine est parvenue avec un enthousiasme
non dissimulé à remplir de sa classe le vide qui l'entourait.
Elle fut d'une prestance redoutable et chacune de ses démonstrations
vocales, chacun de ces riffs acérés sont parvenus à faire
trémousser mes muscles jambiers. Entre rock abrasif et résurgences
New Wave, Mona Soyoc s'est rappelée au bon souvenir de certains
et aura fait sans nul doute une entrée fracassante dans la
mémoire de beaucoup d'autres.

Suite des festivités
avec les Ginger Ale qui quatre ans après le remarqué
Laid Back Galerie reviennent sur scène présenter leur nouvel
album Daggers Dawn sorti en ce début d'année via leur propre
structure Crazy Car Driver. Cependant Jonathan Chaoul à quitté
la maison et c'est en compagnie d' Angèle David-Guillou alias
Klima entendue également chez Piano Magic que Stéphane Bertrand
continu à faire tourner sa petite affaire electro-pop. Intérimaire
hier en CDI aujourd'hui, notre jolie thésarde permet aux compositions
du groupe de gagner en cohérence aussi bien sur disque que
sur scène. Quelques problèmes de son et de basse vite réglés
et le show des français peut atteindre avec assurance sa vitesse
de croisière. Moins proprets que sur l'album mais tout aussi
attractifs, les titres de Daggers Dawn apparaissent ici sous
une forme beaucoup plus agressive et urgente. Un concert dans
son ensemble efficace, sans fausses notes et mauvais goût,
agrémenté de quelques reprises et digressions sollistiques
bien emmenés et d'un rappel bien mérité. C'est décidé je n'irai
pas voir les bruxellois de Soldout, non pas que je ne les
aime pas (à vrai dire je ne les connais pas beaucoup) mais
je préfère me réserver un peu de temps avec une nouvelles
pression bien fraîches avant le grand final. Car au vu du
nombre de couples lesbiens présents et de la salle bien garnie,
c'est avant tout pour assister à la prestation des androgynes
canadiennes de The Organ, nouvelles icônes gay depuis
leur apparition dans la série L Word et musicalement meilleur
révélation 2005 grâce à leur premier grand coup d'éclat Grab
That Gun, que les gens se sont déplacés ce soir.

On sait par avance
que la moitié du groupe ne fera pas d'efforts pour rendre
le spectacle plus vivant mais on sait également que sa chanteuse
charismatique, Katie Sketch, permettra d'éviter avec application
le statisme pesant. Et cette dernière fut comme on l'espérait
au rendez-vous portant de sa voix magnifique ces fulgurances
soniques que sont Brother, Basement Band Song ou Memorize
the City et quelques nouveautés tout aussi troublantes comme
ce morceau final où Katie grattant les cordes d'une minuscule
guitare se livre à une envolée folk poignante et envoûtante,
autrement dit la parfaite synthèse d'une soirée réussie. *merci
à Anne-Cécile d'Ephélide .
Benoit
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