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Les femmes s'en mêlent #9 - Strasbourg, la Laiterie (18/04/2006)  
 

Le festival itinérant le moins burné et le plus sexiste de France, revient comme à son habitude et depuis bientôt dix ans accompagner en musique un nouvel hiver qui s'éloigne, à l'aide de sa louable programmation, qui toujours aussi pertinente oscille judicieusement entre figures légendaires, grands retours, talents confirmés et nouvelles têtes. Le meilleur de la scène indépendante féminine s'est donc donné une nouvelle fois rendez-vous sur nos plus beaux podiums hexagonaux pour prouver encore, si besoin en était, que les femmes ne servent pas qu'à habiller de leurs formes généreuses les clips bling bling de certains rappeurs misogynes, à jouer les choristes pour une tournée des stades d'un skouatteur de charts ou à grossir l'armée de réserve de nos majors du disque en beuglant dans les queues d'innombrables castings télé ; mais savent aussi être à leur place là où on aimerait bien plus souvent les voir. C'est donc dans la belle salle strasbourgeoise de Laiterie et en compagnies de quelques unes de ce ses femmes qui comptent que j'ai passé ma soirée du 18 avril dernier. Résumé des faits :

C'est au alentour de 20h que les portes s'ouvrent dans une ambiance encore toute ouatée. Je me dirige de suite vers la buvette pour deux bières blondes hollandaises en guise de repas et, tout en tenant intérieurement le crachoir à mes gobelets plastiques et en écoutant d'une oreille attentive mais indiscrète les conversations des gens qui m'entourent, je regarde le hall d'entrée se remplir doucement de beaucoup de jeunes filles et de quelques hommes aventureux, désireux de rencontrer ces femmes qui, ils l'espèrent, feront encore ce soir beaucoup d'ombre à leur homologues masculins. La petite salle est maintenant accessible et les premières notes du duo franco-finois Mi and L'Au se font déjà entendre dans une atmosphère pauvre en enthousiasme. A la vue du peu de personnes présentes et aux quelques bruits de couloirs précédemment entendus, je présume que ceux qui sont là, ont sans doute plus été poussés par une certain hasard auditif que par l'envie folle de la découverte. C'est donc face à un public non acquis à leur cause, que les deux protagonistes débutent leurs errances acoustiques, errances qui empreintes d'une fragilité toute sincère faisaient le plus souvent sur disque la part belle à l'émotion mais qui, en ce début de concert, tendaient plutôt du coté de l'ennui. Il faut dire que l'autarcie dans laquelle ces deux êtres s'étaient plongés pour composer leur album s'est ressenti encore pleinement ici, et c'est en occupant chacun un bout de la scène, assis sur une chaise, guitare identique entre les mains, le cou collé à la poitrine, les yeux fixant leurs pieds, qu'ils ont cherché à nous faire pénétrer leur petit monde délicat. Ce n'est véritablement qu'au milieux de leur set, lorsque leur voix et leur arpèges s'entremêlèrent que nous sommes parvenus à outrepasser ce sentiment général d'apathie pour comprendre enfin ce que leur folk ciselé avait véritablement à nous dire et voyant finalement apparaître derrière ce spectacle tout en retenu les mêmes paysages rêvés, les mêmes souvenirs et sentiments d'amour partagé.

C'est donc un peu sur ma faim, après un premier concert en demi teinte, que je me suis dirigé vers la grande salle où le concert d'une revenante avait déjà débuté. Mona Soyoc est seule sur scène, accompagnée de sa guitare électrique et d'un ordinateur comme objet à tout faire (basse, batterie et autres effets) ; c'est bien beau la technique mais ça manque tout de même cruellement de présence scénique, mais passons outre ce désagrément somme toute négligeable au regard de l'ex Kas Product qui elle n'en manque apparemment pas. Cependant on ne sait rien de ces projets et encore moins de sa capacité à assurer seule un concert, qui plus est, avec des chansons que le public ce soir ne pourra reprendre en cœur, et c'est avec une certaine appréhensions, je vous l'avouerai, que j'ai pénétré dans cette salle bien bondée. Mais je coupe de suite court à cette dernière impression tant la jolie américaine est parvenue avec un enthousiasme non dissimulé à remplir de sa classe le vide qui l'entourait. Elle fut d'une prestance redoutable et chacune de ses démonstrations vocales, chacun de ces riffs acérés sont parvenus à faire trémousser mes muscles jambiers. Entre rock abrasif et résurgences New Wave, Mona Soyoc s'est rappelée au bon souvenir de certains et aura fait sans nul doute une entrée fracassante dans la mémoire de beaucoup d'autres.

Suite des festivités avec les Ginger Ale qui quatre ans après le remarqué Laid Back Galerie reviennent sur scène présenter leur nouvel album Daggers Dawn sorti en ce début d'année via leur propre structure Crazy Car Driver. Cependant Jonathan Chaoul à quitté la maison et c'est en compagnie d' Angèle David-Guillou alias Klima entendue également chez Piano Magic que Stéphane Bertrand continu à faire tourner sa petite affaire electro-pop. Intérimaire hier en CDI aujourd'hui, notre jolie thésarde permet aux compositions du groupe de gagner en cohérence aussi bien sur disque que sur scène. Quelques problèmes de son et de basse vite réglés et le show des français peut atteindre avec assurance sa vitesse de croisière. Moins proprets que sur l'album mais tout aussi attractifs, les titres de Daggers Dawn apparaissent ici sous une forme beaucoup plus agressive et urgente. Un concert dans son ensemble efficace, sans fausses notes et mauvais goût, agrémenté de quelques reprises et digressions sollistiques bien emmenés et d'un rappel bien mérité. C'est décidé je n'irai pas voir les bruxellois de Soldout, non pas que je ne les aime pas (à vrai dire je ne les connais pas beaucoup) mais je préfère me réserver un peu de temps avec une nouvelles pression bien fraîches avant le grand final. Car au vu du nombre de couples lesbiens présents et de la salle bien garnie, c'est avant tout pour assister à la prestation des androgynes canadiennes de The Organ, nouvelles icônes gay depuis leur apparition dans la série L Word et musicalement meilleur révélation 2005 grâce à leur premier grand coup d'éclat Grab That Gun, que les gens se sont déplacés ce soir.

On sait par avance que la moitié du groupe ne fera pas d'efforts pour rendre le spectacle plus vivant mais on sait également que sa chanteuse charismatique, Katie Sketch, permettra d'éviter avec application le statisme pesant. Et cette dernière fut comme on l'espérait au rendez-vous portant de sa voix magnifique ces fulgurances soniques que sont Brother, Basement Band Song ou Memorize the City et quelques nouveautés tout aussi troublantes comme ce morceau final où Katie grattant les cordes d'une minuscule guitare se livre à une envolée folk poignante et envoûtante, autrement dit la parfaite synthèse d'une soirée réussie. *merci à Anne-Cécile d'Ephélide .

Benoit

 

 

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