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Le
rendez-vous est bien loin de taormina, loin du soleil et la
mer. C'est à Reims, et plus précisément dans la superbe cartonnerie
que Murat nous a donné rendez-vous pour une nouvelle rencontre
musicale et amoureuse. A vrai dire l'amoureux est en mauvais
état, une mine de déterré fatigué par un virus qui donne à
son corps le droit de se plaindre. Plus de 140 bornes sous
un brouillard épais c'est la prise en route des Major deluxe
qui nous accueillent dans cette salle au tiers pleine. Bonne
surprise de ce groupe pop, un claviériste à la quintessence
du décalage, une sorte de Burgalat qui ferait les sorties
des collèges, une rythmique impeccable, une trompette qui
ne mérite pas la boite à gifles, et enfin une guitare mélodique
avec des chansons qui ne demandent qu'à s'allonger et se prolonger.
Changement de back line, et là un premier frisson avec colour
of the spring de talk talk.

Ce
sont des souvenirs qui passent, et l'on en serait à vouloir
prolonger l'instant, mais les lumières s'éteignent, la fumée
dernier avatar ridicule du rock donne à la scène des allures
de quai de la tamise une nuit de novembre, sauf que la tamise
en question c'est une plage plus ensoleillée, celle de Taormina
avec comme compagnon de route un Murat affûté comme un jeune
homme. C'est une longue intro qui ouvre Taormina, et il en
sera ainsi tout au long d'une première partie tout en mélancolie
en douceur si on excepte un caillou moins noisy que sur l'album.
Mais la nouveauté c'est que Murat se lâche sur la six cordes,
jouant avec elle, semblant la découvrir en direct, mais que
l'on se ne trompe pas, la fan de Neil Young est plus ici dans
son élément que dans l'électro choisi pendant la tournée Mustango,
Murat fait corps avec elle pour nous conter ses histoires
de séduction , d'amour et de mélancolie entre douceur et amertume.
Après une présentation des titres de son nouvel opus, Murat
piochera dans une discographie fournie allant jusqu'à Mokba
et lilith pour un cri du papillon semblant ne jamais avoir
déployé ses ailes dans les oreilles de ce public bien mou.
Car Murat, le sent, ce public lui échappe, mais comment en
serait il autrement quand le maître de cérémonie nous installe
progressivement dans une ouate confortable. C'est de là que
naît d'ailleurs toute l'incompréhension, la mauvaise rencontre.
Murat se rêve en Neil Young auvergnat, mais une bonne partie
de ce public ne se déplace que pour voir le type qui dynamite
les plateaux télévisés.

L'autre
malentendu cultivé par Jean Louis c'est d'avoir connu son
plus gros succès avec le moujik et sa femme, son album le
plus faiblard duquel il sortira d'au-delà, chanson, qu'un
public de congelés reprendra avec le même plaisir imbécile
qu'à un chien se mordant la queue. Murat, en plein paradoxe
ne touchera jamais les dividendes de son talent poétique,
il sera, à mon grand désespoir victime de sa petite image
médiatique, de sa façon de jouer de la facilité, laissant
souvent son esthétisme se perdre pour exister. Ce concert
sera donc tout en paradoxe, sauf un, celui de s'y rendre de
plus en plus pour assister à la représentation du dernier
des troubadours. Et de faire raisonner les paroles de perce
neige " rien n'est important, j'écris des chansons comme on
purge des vipères. Au diable mes rêves de paysan, je ne veux
plus que cesse la neige "…..
Geral
d de oliveira
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