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Angil and the hidden tracks au théâtre de l'Européen. Paris - 4/04/05  
 

Cosmique…

Je me retrouve une nouvelle fois dans la superbe salle de l'Européen, place de Clichy, pour admirer ce soir Angil and the Hidden Tracks, avec Alexei Aigui en première partie. J'ai des échos. Les Hidden tracks pratiquement au complet ce soir. Et un quartet neo classique pour se mettre en jambe. Je suis de très bonne humeur. Chouette. Lever de rideau.

ALEXEI AIGUI

Alexei Augui est un violoniste classique venant tout droit de Russie, accompagné ce soir d'un autre violon, d'une basse électrique et de deux cuivres. Un quintet donc. Les musiques qu'ils interprètent sont matinées d'humour, de petites touches d'ironie rafraîchissante et d'un certain recul par rapport au conformisme habituellement de rigueur dans ce style. Les mouvements interprétés oscillent entre lenteur réflexive et polymélodies menées à tambour battant (" Equus 2 "). Il est passionnant de regarder la figure d'Alexei Aigui se déformer au contact de son instrument qu'il maltraite au point d'en abîmer son archet jusqu'à la corde. On a souvent l'impression d'écouter une réinterprétation du Kronos Quartet et de Philip Glass, ou encore d'Eric Satie ou Steve Reich dans l'accumulation/répétition. Un bien belle prestation donc pour démarrer cette soirée qui allait en fait dévoiler des crescendos sans concessions tout au long du sublimissime récital d'Angil. Mais un petit verre de vin rouge à l'entracte.

ANGIL AND THE HIDDEN TRACKS

D'aucuns sauront que je ne suis pas objectif, mais la critique étant par essence subjective, je vais être radical. Ce spectacle m'a cloué sur place d'admiration, de jalousie, d'envie. J'en suis ressorti avec le sentiment d'avoir vécu quelque chose de franchement exceptionnel. De pas commun. Comme chacune des personnes dans cette salle. Flashback. Angil débarque sur scène, accompagné de son orchestre foutraque : les Hidden tracks. Ce soir, c'est le grand jeu. Un violon, un violoncelle, Flavien aux petits sons, David au glockenspiel et percus, notre joueuse de flûte préférée, un saxo et un trombone. L'ensemble free-jazz fourre-tout fait déjà bel effet sans le son. Et si on appuie sur " on ", çà décolle aussi sec. Angil nous livre les plus beaux morceaux de " Teaser : for Matter " arrangés pour cordes et cuivres dans des versions longues, à tiroirs. Le plus souvent et sur chaque titre, on assiste à un véritable grand huit symphonique pour folk intimiste. Le titre démarre sur les rythmiques de Mickaël, qui comme à son habitude, fait tourner la pédale Boomerang et les rythmes ainsi dessinés en tapotant sur le micro vous reviennent en pleine face, euh, comme un boomerang. Là dessus, le titre commence souvent dans sa version dépouillée, pour progressivement accueillir les cordes magnifiquement arrangées, subtilement déstabilisées par les mini sons décalés de Flavien, qui prend un malin plaisir à aller à contre-courant des mélodies principales pour en faire ressortir les détails. Là dessus, les cuivres s'excitent, sont malaxés, triturés, torturés, s'essoufflent pour exploser encore et encore, jusqu'à l'épuisement. Donner tout. Sur chaque titre. La version orchestrée de " Beginning of the Fall " donne la chair de poule à la salle toute entière, qui écoute religieusement les paroles déclamées avec emphase et retenue à la fois par notre barde barbu. Il est vrai qu'il est difficile de ne pas aimer les chansons d'Angil. A moins d'y mettre une certaine mauvaise volonté. Mais en live et surtout avec cette formation, le pouvoir hypnotique et émotionnel de ces chansons semble être décuplé, démultiplié. Une ambiance concentrée règne dans l'amphithéâtre aux sièges rouges. Et on est sous le charme de ce film d'auteur mis en musique ; on observe des personnages surréalistes se débattre avec leurs instruments, essayant à tout prix d'en extraire la quintessence ultime. La " note " bleue peut-être. Car c'est bien de free folk qu'il s'agit, une base folk authentique de laquelle surgit des aspirations free jazz dignes du meilleur de Sun Ra , Miles Davis ou John Coltrane dans les pulsations fiévreuses désordonnées de " Meditations ", par exemple.

Par moment, on songe aussi à John Barry ; A d'autres, on s'émerveille devant la nudité pathétique d'un Nick Drake, s'étant payé un sens de l'humour et de l'auto dérision et ayant maîtrisé sa peur chronique du live. Même les couacs techniques semblent avoir été répétés au préalable. Mickaël, s'emmêlant dans les méandres de ses samples de guitare sèche en direct, mime un concert de techno minimaliste à la Oval, aussitôt relayé par ses compères de la section cuivres. Le détachement et la décontraction du groupe force une réelle admiration. " The sixties ", que l'on retrouve sur le live entièrement téléchargeable sur le site d'Unique Records, une des nombreuses réinterprétations des titres de " Teaser for : matter ", en l'occurence ici du sarcastique et métamusical " No more guitars ", s'étend sur une longue plage abstraite, sur laquelle chacun ajoute une touche personnelle, d'une singularité expérimentale rare. Comme si les Hidden Tracks avait réinventé l'Action painting de Pollock en musique avant-gardiste de haute volée, aussi malhabile que vertueuse. Envoûtant, captivant de fragilité. Angil nous gave de nouveautés, de titres inédits, tous aussi étonnants les uns que les autres jusqu'à un final apocalyptique, avant d'être rappelé sur scène par un public pas encore rassasié, avide et ébahi. Mickaël revient seul, se réinstalle au fond de la scène, desperado nihiliste et débridé, cherche son matériel ; on a l'impression de cette proximité d'un gars qui va nous jouer sa nouvelle chanson écrite l'après-midi , dans sa chambre. Un peu plus et il nous sert le café…. Et une fois de plus, la magie opère, naturellement sans forcer. Un sample de guitare sèche en finger picking à la " halfway to a threeway " (Jim O'Rourke). Cà tourne tout seul. Spoken word envoûté, impovisé, Leonard Cohen rajeuni de 30 ans, halluciné, habité, des histoires d'extraterrestres perdus à la Black Francis, Thom qui jette des pièces de monnaie sur son trombone et en sample les cliquetis fébriles pour les transformer en magma sonore, musique concrète, le saxo s'égosille, risque la crise cardiaque dans un élan maniaque désespéré. Il faut trouver le son. Le verbe " Fuck " est répété sans cesse comme un leitmotiv oppressant, presque révolutionnaire. Tous les instruments sont maintenant à l'unisson, une note. La note. Une éjaculation sonore, contrôlée , mais libre. Libérée de toute contrainte.

 

J'écoute beaucoup de folk, je connais bien Nick Drake et Swell. J'apprécie les musiques libres de contraintes qui utilisent néanmoins des schémas pop. Angil met tout çà dan sa marmite. Si l'album est une réelle découverte, ce concert fut une expérience magistrale. Expérience : Epreuve visant à étudier un phénomène .

Merci à Gérald, Mickaël et Gilles. Unique records - Angil

Michel M.

 

 

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