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J'aime la noise.
Ces éjaculations sonores coordonnées avec autant de chaos
que de précision. J'en suis gaga. Et ce soir par un temps
estival qui me fait sortir le T-shirt de Sonic Youth (c'est
raccord), je suis gâté, c'est la fête ! Soirée Noise rock
organisée par l'excellentissime label Ruminance (Oui c'est
français, monsieur !) dans la non moins sympathique salle
du Nouveau Casino (bière fraîche, bon son). La première bière
commandée, je me retrouve nez à nez avec Christopher Freeland,
l'immense batteur d'OXES, avec qui je décide de lier conversation,
histoire de pouvoir m'en vanter lors de cette chronique. Celui-ci
est tout disposé à discutailler et me demande quels morceaux
je veux entendre ce soir. Le premier album ! Et les nouveaux
titres du EP tout frais , sorti en conjonction avec les labels
Monitor (US) et Ruminance , donc (France). Pas de problème,
c'est le programme. " Ouais le deuxième album est tout pourri,
c'est vrai !!! " me dit-il. M'apercevant de ma gaffe, je lance
un faiblard " Oh bah non c'est pas ce que j'ai voulu dire
!… ". Je m'enfonce jusqu'à ce qu'il ne s'éclipse pour aller
gérer le stand de T-shirts à l'effigie du pape. (sic)

C'est Gordz qui
ouvre ce soir. Gordz, c'est un groupe de noise rock bien barré,
à situer entre les guitares acérées et sèches de Shellac avec
un style bizarroïde à la Arab on Radar et une basse tendue,
aussi tendue qu'un… Bref. Je suis agréablement surpris par
la prestation instrumentale du groupe qui ne s'exprime que
par des onomatopées volontairement confuses. Pas de paroles,
mais des décibels. C'est radical, carré, habité, fou-fou.
De bons fills de batterie, des stops-and-starts radicaux,
bien maîtrisés. Le bassiste envahit l'espace minimum vital
du public et lance des regards déterminés, fiers, hallucinés
parfois. Voilà donc un bon groupe de noise français et une
introduction plus que pertinente aux excellents Oxes qui ne
tardent pas à rentrer dans le vif du sujet.

Bon. Moi j'adore
Oxes. Le style, le travail de photographie sur les albums,
l'esthétique sarcastique, la maîtrise des instruments, la
violence classieuse de leurs grooves hypnotiques me met en
transe. Et ce soir comme prévu j'en prends pour mon grade.
Le set commence par un long morceau du nouveau EP. Excellent.
Epique. Grandiose. Les fils batards de Shellac et de Black
Sabbath. Les guitaristes jouent sur des cubes, se balladent
(les guitaristes se sont débarrassés des jacks et utilisent
l'ingénieux système de transmission " wireless ", sans fil
donc); l'un deux pousse la plaisanterie jusqu'à discuter avec
la serveuse du bar en plein morceau (mais ce n'est rien comparé
à ce qui suivra). Les meilleurs morceaux du premier album
me sont assenés sans vergogne et le batteur croise mon regard
et me défie à de nombreuses reprises et c'est un sourire hébété,
incrédule et complice que je lui renvoie. Mon crâne exécute
un mouvement de bas en haut et d'avant en arrière qui donnerait
un torticolis à une girafe. Je saute , je virevolte, j'exulte.
C'est énorme. Les morceaux sont maîtrisés et magnétisent une
salle de connaisseurs qui scandent des " Oi " à chaque arrêt
brutal de la batterie. Le groupe s'éclate. Entre deux morceaux
, un des guitaristes nous racontent l'accueil lamentable qu'ils
avaient reçu à Bordeaux quelques jours auparavant et nous
signifie le bonne surprise que ce concert leur procure. Alors
ils donnent tout. Mais vraiment tout. Et le final enfoncera
le clou.

En guise de rappel
après près d'une heure d'un set enragé et victorieux, le batteur,
en bon MC digne des meilleurs acteurs de Stand up amerloques,
nous garantit un final " opera rock ", nous fait descendre
les cubes de bois dans le public et les superpose… Que va-t-il
se passer ? Un saut de l'ange ? Non, un véritable happening
hilarant. L'un des guitaristes et le batteur se lancent dans
une reprise free noise du thème de " 2001, Odyssée de l'espace
" de Kubrik tandis que l'autre guitariste tarde à revenir.
Mais au bout de quelques minutes, celui-ci sort des loges,
mais marche à quatre pattes vers le public… Mais…. J'y crois
pas…. Il est à poil !!! Mais pas en caleçon ou en string !
Non ! A POIL ! Celui-ci se dirige vers le centre du public
qui, placé en cercle autour des cubes superposés, l'observe
mimer une scène d'un homme de cro-magnon ( astuce DIY : prenez
une baguette de batterie et enveloppez la d'une crêpe bretonne,
vous obtenez une simulation de bout de viande ???) découvrant
la découverte des cubes et donc du groupe, et par la même
de l'art en général. Après avoir tâté les cubes fébrilement,
celui-ci s'énerve et regagne les loges à toute vitesse après
que chacun ait pu observer l'anatomie (flatteuse ma foi) de
l'Apollon nu. Les deux tiers du groupe restant sur scène termine
leur symphonie free noise et salue un public entre incrédulité
et hilarité générale, devant l'allégorie osée. Mémorable,
frais et impressionnant ! Yeah !
Website label
: ruminance.free.fr
OXES: http://www.monitorrecords.com/ultimaterebel
Gordz : album " Charge " disponible sur le site de Ruminance
et chez les bons disquaires. OXES : nouvel EP éponyme disponible
sur le site de Ruminance et chez les bons disquaires (aussi)
.
Michel
M.
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