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GORDZ + OXES Au Nouveau Casino / Paris (01/06/2005)  
 

J'aime la noise. Ces éjaculations sonores coordonnées avec autant de chaos que de précision. J'en suis gaga. Et ce soir par un temps estival qui me fait sortir le T-shirt de Sonic Youth (c'est raccord), je suis gâté, c'est la fête ! Soirée Noise rock organisée par l'excellentissime label Ruminance (Oui c'est français, monsieur !) dans la non moins sympathique salle du Nouveau Casino (bière fraîche, bon son). La première bière commandée, je me retrouve nez à nez avec Christopher Freeland, l'immense batteur d'OXES, avec qui je décide de lier conversation, histoire de pouvoir m'en vanter lors de cette chronique. Celui-ci est tout disposé à discutailler et me demande quels morceaux je veux entendre ce soir. Le premier album ! Et les nouveaux titres du EP tout frais , sorti en conjonction avec les labels Monitor (US) et Ruminance , donc (France). Pas de problème, c'est le programme. " Ouais le deuxième album est tout pourri, c'est vrai !!! " me dit-il. M'apercevant de ma gaffe, je lance un faiblard " Oh bah non c'est pas ce que j'ai voulu dire !… ". Je m'enfonce jusqu'à ce qu'il ne s'éclipse pour aller gérer le stand de T-shirts à l'effigie du pape. (sic)

C'est Gordz qui ouvre ce soir. Gordz, c'est un groupe de noise rock bien barré, à situer entre les guitares acérées et sèches de Shellac avec un style bizarroïde à la Arab on Radar et une basse tendue, aussi tendue qu'un… Bref. Je suis agréablement surpris par la prestation instrumentale du groupe qui ne s'exprime que par des onomatopées volontairement confuses. Pas de paroles, mais des décibels. C'est radical, carré, habité, fou-fou. De bons fills de batterie, des stops-and-starts radicaux, bien maîtrisés. Le bassiste envahit l'espace minimum vital du public et lance des regards déterminés, fiers, hallucinés parfois. Voilà donc un bon groupe de noise français et une introduction plus que pertinente aux excellents Oxes qui ne tardent pas à rentrer dans le vif du sujet.

Bon. Moi j'adore Oxes. Le style, le travail de photographie sur les albums, l'esthétique sarcastique, la maîtrise des instruments, la violence classieuse de leurs grooves hypnotiques me met en transe. Et ce soir comme prévu j'en prends pour mon grade. Le set commence par un long morceau du nouveau EP. Excellent. Epique. Grandiose. Les fils batards de Shellac et de Black Sabbath. Les guitaristes jouent sur des cubes, se balladent (les guitaristes se sont débarrassés des jacks et utilisent l'ingénieux système de transmission " wireless ", sans fil donc); l'un deux pousse la plaisanterie jusqu'à discuter avec la serveuse du bar en plein morceau (mais ce n'est rien comparé à ce qui suivra). Les meilleurs morceaux du premier album me sont assenés sans vergogne et le batteur croise mon regard et me défie à de nombreuses reprises et c'est un sourire hébété, incrédule et complice que je lui renvoie. Mon crâne exécute un mouvement de bas en haut et d'avant en arrière qui donnerait un torticolis à une girafe. Je saute , je virevolte, j'exulte. C'est énorme. Les morceaux sont maîtrisés et magnétisent une salle de connaisseurs qui scandent des " Oi " à chaque arrêt brutal de la batterie. Le groupe s'éclate. Entre deux morceaux , un des guitaristes nous racontent l'accueil lamentable qu'ils avaient reçu à Bordeaux quelques jours auparavant et nous signifie le bonne surprise que ce concert leur procure. Alors ils donnent tout. Mais vraiment tout. Et le final enfoncera le clou.

En guise de rappel après près d'une heure d'un set enragé et victorieux, le batteur, en bon MC digne des meilleurs acteurs de Stand up amerloques, nous garantit un final " opera rock ", nous fait descendre les cubes de bois dans le public et les superpose… Que va-t-il se passer ? Un saut de l'ange ? Non, un véritable happening hilarant. L'un des guitaristes et le batteur se lancent dans une reprise free noise du thème de " 2001, Odyssée de l'espace " de Kubrik tandis que l'autre guitariste tarde à revenir. Mais au bout de quelques minutes, celui-ci sort des loges, mais marche à quatre pattes vers le public… Mais…. J'y crois pas…. Il est à poil !!! Mais pas en caleçon ou en string ! Non ! A POIL ! Celui-ci se dirige vers le centre du public qui, placé en cercle autour des cubes superposés, l'observe mimer une scène d'un homme de cro-magnon ( astuce DIY : prenez une baguette de batterie et enveloppez la d'une crêpe bretonne, vous obtenez une simulation de bout de viande ???) découvrant la découverte des cubes et donc du groupe, et par la même de l'art en général. Après avoir tâté les cubes fébrilement, celui-ci s'énerve et regagne les loges à toute vitesse après que chacun ait pu observer l'anatomie (flatteuse ma foi) de l'Apollon nu. Les deux tiers du groupe restant sur scène termine leur symphonie free noise et salue un public entre incrédulité et hilarité générale, devant l'allégorie osée. Mémorable, frais et impressionnant ! Yeah !

Website label : ruminance.free.fr OXES: http://www.monitorrecords.com/ultimaterebel Gordz : album " Charge " disponible sur le site de Ruminance et chez les bons disquaires. OXES : nouvel EP éponyme disponible sur le site de Ruminance et chez les bons disquaires (aussi) .

Michel M.

 

 

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