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4-Treck / Angil / OMR à la cartonnerie de Reims (04/02/06)  
 

Ce retour pour une soirée dans la ville qui résonne chez moi de façon troublante sera je pense pour longtemps dans ma mémoire. Habitué de la défunte Usine dans laquelle ma soif étudiante pour l'indie pop aura été souvent épongée, mais aussi du charmant cirque l'affiche du soir me permettait de découvrir ce nouveau complexe de la cartonnerie longtemps désiré mais jamais visité, météo contrariée oblige. Loin du cirque pour le lieu, cette soirée en sera proche dans l'esprit. Le menu proposait 4-treck futur pensionnaire d'une compilation ADA, Angil pensionnaire à deux reprises de celle-ci et OMR future tête de turc de votre serviteur à moins que le temps face son office et que la mémoire devienne neuve.

C'est à 4-treck que revint la charge d'ouvrir la soirée. La trentaine débonnaire, notre américain prit place au milieu d'un océan d'instruments, là avant tout pour la suite. Une chaise, une guitare, un ordinateur dompté et c'en était parti pour cette séance d'équilibriste sans filet. Flirtant avec Gastr Del Sol ou David Grubbs alone, 4-treck s'apparente à un cascadeur sonore qui aurait l'intelligence et la fausse gaucherie de Woody Allen. Unique chanson chantée le No sera l'acte de ralliement d'une salle qui trop souvent apparente ce genre d'exercice à ceux que nous pouvions voir dans les foires d'antan, oubliant de laisser l'émotion transporter. Aérien et poétique le set ne laissera personne de marbre, sauf les habitués piliers de bars.

Après l'équilibriste ceux sont aux jongleurs et trapézistes que revient le droit de prolonger cet instant de grâce. En préambule à ce set le pas avait été franchi. Habitué à snober par timidité les artistes chroniqués, il m'était impossible de ne pas saluer Mickael. C'est donc tremblotant, l'air ridicule et froid que j'entamais une conversation avec le parrain d'ADA (la cérémonie n'est pas prévue) premier a m'avoir envoyé une démo après un mail faisant suite à un article dans Magic. Ce garçon charmant, au calme enthousiasmant, auteur de chansons qui font que l'épiderme n'est plus le même devait nous étonner, nous bluffer pendant plus de trente cinq minutes d'un set trop court mais intense.

Accompagné sur scène d'une batterie d'un clavier dj et d'un dessinateur, Angil devait livrer un concert courageux en ces temps de frilosité mercantile. Là où la plupart récite leurs gammes avec la dextérité d'un vendeur ambulant, Angil lui déstructure, donnant à ses chansons une liberté qu'elles ne pourront plus connaître sur disque. Et c'est là tout le sel de cette performance, faire du live un acte unique et non pas un objet de promotion. Enrichie de dessins exécutés en live sur une palette et diffusés derrière Angil le concert prendra vite l'allure d'un happening grisant. On commencera par Sun Ra pour piocher de façon éhontée (c'est Angil qui le dit) dans le catalogue de Daniel Johnston. Plus qu'à l'aise avec sa machine à écho (rendue célèbre par Joseph Arthur et plus récemment par Dominique A) Angil rend l'outil invisible. Pas avare il en oublierai presque de couper ses morceaux (Christmas comme détonateur) et de recevoir les applaudissements de rigueur, mais surtout mérités.

Teaser For Matter parait dés lors très loin, on pense autant à Swell qu'aux Lasts Poets, Angil déclamant ou rappant c'est selon plutôt que chantant, le temps d'un morceau de fin qui le verra quitter la scène brusquement, la rage non retenue de celui qui déborde d'émotion après un tour de magie réussi. Le cirque je vous disais. Il sera alors difficile de supporter la pop calibrée au centimètre de OMR. De ce groupe en bord de scène il ne sort rien d'autre qu'un couplet refrain puis solo exaspérant voir ridicule quand on pense aux numéros d'artistes précédents. Je pouvais dés lors quitter Reims, reprendre cette route connue dans ses moindres aspérités, me disant que celle-ci n'aura plus jamais aucun mystère. Il n'en sera jamais ainsi pour 4-treck ou Angil…..ce sont des équilibristes .

Gerald de oliveira

Photos de Didier D

 

 

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