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Ce
retour pour une soirée dans la ville qui résonne chez moi
de façon troublante sera je pense pour longtemps dans ma mémoire.
Habitué de la défunte Usine dans laquelle ma soif étudiante
pour l'indie pop aura été souvent épongée, mais aussi du charmant
cirque l'affiche du soir me permettait de découvrir ce nouveau
complexe de la cartonnerie longtemps désiré mais jamais visité,
météo contrariée oblige. Loin du cirque pour le lieu, cette
soirée en sera proche dans l'esprit. Le menu proposait 4-treck
futur pensionnaire d'une compilation ADA, Angil pensionnaire
à deux reprises de celle-ci et OMR future tête de turc de
votre serviteur à moins que le temps face son office et que
la mémoire devienne neuve.

C'est
à 4-treck que revint la charge d'ouvrir la soirée. La trentaine
débonnaire, notre américain prit place au milieu d'un océan
d'instruments, là avant tout pour la suite. Une chaise, une
guitare, un ordinateur dompté et c'en était parti pour cette
séance d'équilibriste sans filet. Flirtant avec Gastr Del
Sol ou David Grubbs alone, 4-treck s'apparente à un cascadeur
sonore qui aurait l'intelligence et la fausse gaucherie de
Woody Allen. Unique chanson chantée le No sera l'acte de ralliement
d'une salle qui trop souvent apparente ce genre d'exercice
à ceux que nous pouvions voir dans les foires d'antan, oubliant
de laisser l'émotion transporter. Aérien et poétique le set
ne laissera personne de marbre, sauf les habitués piliers
de bars.

Après
l'équilibriste ceux sont aux jongleurs et trapézistes que
revient le droit de prolonger cet instant de grâce. En préambule
à ce set le pas avait été franchi. Habitué à snober par timidité
les artistes chroniqués, il m'était impossible de ne pas saluer
Mickael. C'est donc tremblotant, l'air ridicule et froid que
j'entamais une conversation avec le parrain d'ADA (la cérémonie
n'est pas prévue) premier a m'avoir envoyé une démo après
un mail faisant suite à un article dans Magic. Ce garçon charmant,
au calme enthousiasmant, auteur de chansons qui font que l'épiderme
n'est plus le même devait nous étonner, nous bluffer pendant
plus de trente cinq minutes d'un set trop court mais intense.

Accompagné
sur scène d'une batterie d'un clavier dj et d'un dessinateur,
Angil devait livrer un concert courageux en ces temps de frilosité
mercantile. Là où la plupart récite leurs gammes avec la dextérité
d'un vendeur ambulant, Angil lui déstructure, donnant à ses
chansons une liberté qu'elles ne pourront plus connaître sur
disque. Et c'est là tout le sel de cette performance, faire
du live un acte unique et non pas un objet de promotion. Enrichie
de dessins exécutés en live sur une palette et diffusés derrière
Angil le concert prendra vite l'allure d'un happening grisant.
On commencera par Sun Ra pour piocher de façon éhontée (c'est
Angil qui le dit) dans le catalogue de Daniel Johnston. Plus
qu'à l'aise avec sa machine à écho (rendue célèbre par Joseph
Arthur et plus récemment par Dominique A) Angil rend l'outil
invisible. Pas avare il en oublierai presque de couper ses
morceaux (Christmas comme détonateur) et de recevoir les applaudissements
de rigueur, mais surtout mérités.

Teaser
For Matter parait dés lors très loin, on pense autant à Swell
qu'aux Lasts Poets, Angil déclamant ou rappant c'est selon
plutôt que chantant, le temps d'un morceau de fin qui le verra
quitter la scène brusquement, la rage non retenue de celui
qui déborde d'émotion après un tour de magie réussi. Le cirque
je vous disais. Il sera alors difficile de supporter la pop
calibrée au centimètre de OMR. De ce groupe en bord de scène
il ne sort rien d'autre qu'un couplet refrain puis solo exaspérant
voir ridicule quand on pense aux numéros d'artistes précédents.
Je pouvais dés lors quitter Reims, reprendre cette route connue
dans ses moindres aspérités, me disant que celle-ci n'aura
plus jamais aucun mystère. Il n'en sera jamais ainsi pour
4-treck ou Angil…..ce sont des équilibristes .
Gerald
de oliveira
Photos
de Didier D
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