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Route
Du Rock 15 : Jour 2-Dimanche 14 août 2005

La dernière soirée
en " terres malouines " -comme on l'écrit dans Ouest France-
ne débute pour moi qu'avec Maxïmo Park. Bryan Hollon
aka Boom Bip ne se formalisera sans doute pas. Sûr même qu'il
oubliera tout de cette absence dès les premières notes du
set des gandins de Newcastle. La nouvelle recrue du label
Warp donne en effet une prestation jouissive devant un public
immédiatement réceptif à son post-punk classieux. Les titres
s'enchaînent avec une fluidité saisissante et l'on mesure
la puissance tubesque de ceux-ci à l'aune du nombre croissant
de festivaliers qui se déhanchent aux sons d'un " The Coast
Is Always Changing " au bord de l'implosion ou du très smithien
" Postcard Of A Painting ". Paul Smith, leader maximo du gang,
hallucinant de charisme, communique aisément avec l'assistance
et s'ouvre au public grand-breton hystérique sans pour autant
occulter l'audience bretonne (d'un soir) non moins hystérique.
Pour preuve, la phrase " Cette chanson a un rapport avec ici
" lancé en introduction de l'épileptique " Graffiti ".

Un moment de totale
euphorie qui se poursuit avec les Polyphonic
Spree. Posons les choses bien à plat désormais, en
ordre et de manière réfléchie : le concert des allumés texans
figure parmi les meilleures prestations accueillies par le
Fort Vauban depuis -au minimum- ces cinq dernières années.
La décrire ne présente aucun intérêt pour qui ne l'aura pas
vécue. Paradoxe énoncé stupidement mais qui donne à comprendre
combien ce moment génial d'intense communion -entre la chorale
et le public, entre les membres du public eux-mêmes- ébranla
les corps et les esprits. Une sorte de transsubstantiation
musicale et géniale. Quelques vingt personnes sur scène insufflant
une énergie quasi divine par le biais d'une pop symphonique
ultra lumineuse. Ne rien en dire de plus et retrouver un peu
de cette révélation en écoutant à nouveau Together We're Heavy.
Je sais ça fout les jetons. Mais merde j'ai même levé les
bras au ciel et chanté " You gotta be Good, You gotta be strong
". A cet instant j'aurais enfilé sans sourciller n'importe
quelle toge bigarrée tendue par Tim DeLaughter.

Une absence de
tout sens critique qui perdure durant la performance de
Sonic Youth. Difficile donc de relater ce moment
avec précision. Retenons simplement que les activistes new-yorkais
peuvent continuer de toiser la jeune garde post-punker, art-rocker,
néo new-waver ect…de haut, de très haut (Moore se hisse même
à un moment au sommet d'une des structures métalliques entourant
la scène). L'ensemble de leur set -quoiqu'un peu court- s'apparente
à une immense entreprise de sculpture du son. Pétrissage,
malaxage. Elaboration d'une fresque musicale terrassante.
Une expérience unique qui compose une réponse possible à la
question Old World Underground, Where Are You Now ? posée
par Emily Haines et les siens.

Metric
livre son interprétation de la new-wave lue selon les canons
des années 00 -attention ici : pompage éhonté de ma chronique
du groupe, pardon. Pas de demi-mesure messieurs-dames. On
s'emploie et on le montre : Haines exécute une gestuelle quasi-chorégraphiée
avec la volonté de l'élève appliqué. L'exercice lui vaudra
de " s'écraser sur scène comme une merde inerte " selon l'image
finalement assez fidèle de notre ami Michel M. Le set gagne
en épaisseur à mesure des morceaux et d'un " Combat Baby "
frontal à un " Dead Disco " étiré mais toujours efficace en
passant par un " Hustle Rose " abrasif, les quatre Canadiens
finissent par remporter la mise. Clairement on n'écoute pas
assis Metric. Mais debout.

Et l'on conservera
cette position tout au long du passage de Vive
La Fête sur scène. La formation pilotée par Els Pynoo
et Danny Mommens énonce clairement le programme à travers
son patronyme. Plus de deux heures -à vérifier tout de même
car le couple de neurones que je préservais pour cette fin
de soirée semblait finalement ne plus se réduire qu'à un-
de fitness au rythme d'une " kitsch pop music " (voir interview)
des plus efficaces. Le fort comme un seul homme se range à
la cause des Belges. Un moment de frénésie communicative qui
renvoyait les festivaliers à l'édition 1998 et le passage
de Lo-Fidelity Allstars. Une fin de soirée idéale en somme.
Peut-être pas tout à fait puisque -sans vouloir vous inviter
de force dans mon intimité- je portais ce soir là un caleçon.
Une pièce de tissu peu appropriée lorsque l'on se met en tête
de tenter toutes sortes de chorégraphies stupides. A l'heure
actuelle encore les médecins refusent de se prononcer sur
mes capacités reproductrices… Peu importe. Cette édition demeure
la meilleure accueillie par le fort depuis plusieurs années.
Exigeante mais pas exclusive, pointue mais ouverte et quoi
qu'il en soit passionnante d'un bout à l'autre. Quinze ans
fêtés dignement. Ciao l'ado et file ranger ta chambre, si
tu bosses à l'école, l'année prochaine on t'offre Radiohead
.
Benjamin
Crédit
photos : F.Villemin (Taste
of Indie - Photos de concerts)



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