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La Route du Rock Collection Hiver : 18/19 Février 2006  
 

A l'aise en extérieur - pas moins de 27 000 spectateurs au total se pressèrent aux portes de la Route du Rock 15- le festival malouin remet son titre en jeu ; en intérieur cette fois. Il renoue ainsi avec son histoire après une ellipse de quinze ans : les premières éditions entre 1991 et 1993 se tenaient également en hiver. L'occasion de vérifier si les années affectent la relation particulière qui lie les indie fans et la version historique de leur manifestation hexagonale préférée…

Vendredi 18 Février 2006 : Palais du Grand Large

Milieu d'après-midi au Palais du Grand Large. Les Thee More Shallows s'avancent sur scène les traits tirés. C'est peut-être un détail pour vous mais pour eux ça veut dire beaucoup. En l'occurrence que défendre l'excellent More Deep Cuts et l'EP Cuts Plus Two après plusieurs longues heures de voyage et bien moins de sommeil, peut devenir souverainement compliqué. Un ordinateur qui fait sa mauvaise tête et la barrière d'un Français mal maîtrisé finissent d'empêcher le control freak Dee Kessler de contrôler quoi que ce soit. Le set des San Franciscains ne rendra donc pas la finesse de leur indie US tout en collages sonores malins mais offrira quand même de captivants instants d'inconfort moral pourtant particulièrement plaisants (" 2am ", " The Perfect Map ", ou la langueur moite de " House Break " ). L'entrevue du lendemain avec les membres cette formation singulière - à paraître sous peu- imposera un regard neuf sur leur prestation. Une clémence légitime que l'on hésite à accorder à Verone tant le groupe semble s'employer volontairement à flinguer des morceaux qui gagnent sur scène en simplicité et révèlent l'intelligence de leur construction, à force de parti pris arty vains -la fragilité de notre culture artistique nous interdit sans doute d'apprécier pleinement les vidéos projetées en arrière-plan qui mettent en scène notamment une jeune fille sautant à pieds joints sur des Crocos Haribo…- ou de paroles second degré ( ?) un rien débiles (de mémoire : " le régime est sévère/mais le régime de bananes je vénère " ou un truc du genre). Verone souffle ainsi pendant plus d'une heure le chaud (" Alaska ", énorme ou " J'ai vu des chevaux sous la mer ") et le froid (un titre évoque sourire en coin le bricolage me semble-t-il) ; on risque ainsi une crève carabinée. Gravenhurst se presse alors à notre chevet et applique cataplasmes noisy et atmosphériques revigorants et pommade de ritournelles Vixvaporub introspectives (il revient ainsi en rappel pour un titre final déchirant). Un set maîtrisé dont on retient le chant fond de gorge impressionnant d'intensité de Nick Talbot. Et qui nous invite de belle manière à partir à la (re)découverte de Fires In Distant Buildings. Avec les débonnaires Earlies en revanche y'a pas le feu au lac. Les Anglo-américains auteurs d'une collection de singles et maxis impeccables (These Were The Earlies) prennent possession sans précipitation de la scène et invitent l'auditoire à leur apéro décontracté du gland dans un Palais du Grand Large devenu salon cosy. Vous reprendrez bien un sandwich au concombre avec votre pop psyché et symphonique bricolée ? On enlèverait presque ses groles aux sons ouatés de " Wayward Song " et le reste sur " Morning Wonder " et son motif de claviers en spirales. Une trop courte exposition aux rayons d'une musique qui donne à l'épiderme une teinte cuivrée. De la douceur avant la fureur. "

Vendredi 18 Février 2006 : L'Omnibus

Entre (les) Rock&Roll et (le) Rock'n'Roll une nuance orthographique et pourtant l'infinie distance de l'honnêteté. Le groupe évoque ces contre-façons que les touristes rapportent de leur voyage.

Presque identiques à l'original dans la coupe et la couleur mais frappées d'un logo Kevin Klein. Deux titres introductifs immédiats et séminaux puis Rock&Roll débande. Sur le forum des Inrocks on peut lire cette saillie merveilleuse qui résume à elle seule l'esprit du concert des Parisiens : " Tu chantes en Anglais pour nous faire croire que tu baises Kate Moss ? ".

Pas de Kate Moss en vue ce-soir mais Liela Moss, charismatique leader des Duke Spirit. Pourtant grippée, la Vesta pattismithienne entraîne le reste du groupe dans une relecture poisseuse du percutant Cuts Across The Land. Le public accueille sans bouder son plaisir le garage-rock burnes en avant des Anglais.

Avec Test Icicles le propos finit de se situer au niveau du bas ventre. Les trois tarés montent sur scène pour un set aux allures de punition auditive. Cernés par les amplis, les Anglo-américains vocifèrent, se contorsionnent et semblent à tout moment prêts à se foutre sur la gueule. Près d'une heure de giclées post-hardcore et suffisamment de testostérone pour traiter des cars entiers de patientes désireuses de devenir patients. Un instantané parfait de leur For Screening Purposes Only qu'un journaliste de Magic rebaptise d'ailleurs For Screaming Purposes Only.

De longues minutes salvatrices séparent cette déflagration dont on ne sait quoi penser de la prestation de Birdy Nam Nam. Quatre turntablistes, des lignes de basse épaisses et des beats salaces pour une surboum déviante qui clôt cette première journée éclectique.

Benjamin

Crédit photos : Erwan Louyer

 

 

 

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