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Sad songs for
dirty lovers aurait pu sortir il y a 20 ans tout comme il
aurait pu s'écouter dans 30. Disque hors de son temps, hors
des modes, hors de la pensée unique et changeante qui voudrait
que tout soit bleu le mardi vert le jeudi et rouge le samedi.
The national combine toutes les couleurs, les faisant tournoyer
dans un univers faussement paisible mais vraiment collant
à la peau. Cardinal song qui ouvre est une chanson lente et
triste, un morceau de fermeture, porté par une voix grave
croisée sur les rives sur lesquelles nick cave navigue. Cette
voix c'est l'un des arguments de the national, oscillant entre
un johnny cash jeune sur une ballade folk désespérée (90-mile
water wall) et le Mark Eitzel (it never happened) avec ce
je ne sais quoi de classe qui fait d'un titre ombrageux un
soleil aux lumières apaisantes. Jamais totalement apaisée
la musique de the national s'essaye avec plus ou moins de
chance aux sorties de route, prenant l'autoroute le temps
d'une virée sans frein (murder me rachael) ou se fendant d'un
vrai rock échevelé et teigneux qui n'est pas sans rappeler
le u2 période rock héroïque sans la glace pour s'admirer.
The national réussira même le tube parfait (slipping husband)
à l'image des papas fritas ou elk city (hé hé talitres) entre
autres, tube plaçé là innocemment ne faisant pas d'ombre à
un ensemble très relevé. Sad songs for dirty lovers est sorti
cette année et on se félicite d'en être contemporain. Un arc
en ciel de mélancolie douce mais jamais amère.
Gerald
de oliveira
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