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“A dream is a mirror held by a phantom hand”. La country, quand la production proprette dégouline de pedal steel guitar, d’arpèges de piano, de virevoltants violons, de percussions douceâtres et de chœurs sirupeux, ça craint. Par ailleurs, quand l’interprétation est drastiquement middle-of-the-road, refusant de céder aux effusions autres que narratives – platitude instrumentale ; ni cimes ni abîmes – et que certains morceaux, dépassant les dix minutes, paraissent interminables, il est loisible de s’attendre à un pensum : à raison, le nouvel album de Ryan Davis & The Roadhouse Band s’avérant d’une monotonie à toute épreuve ; à tort, puisque l’ambitieux New Threats From The Soul – outre le fait de raviver le précieux souvenir du regretté David Berman – fait de cette monotonie une force. De l’immobilisme à l’hypnose, diaphane est la frontière. Membre de State Champion et cofondateur du festival Cropped Out (Louisville, Kentucky – la programmation vaut son pesant de cacahuètes), Ryan Davis met un point d’honneur à tisser des climats apaisés – ballades country folk aux arrangements lumineux, sans aspérité ni surprises, mais soignés, qui parfois s’emballent, à l’instar de Monte Carlo / No Limits et son vivifiant final, ou de la mélopée Better If You Make Me, avec son étonnant pont à base de synthétiseurs bricolos – sur lesquels il pose son chant grave et assuré, parfois parlé, dont le grain rappelle Silver Jews ou Bill Callahan. Ici et là, des flûtes, du finger picking, des boîtes à rythmes cheap, des arpégiations électroniques, des digressions psychédéliques, une pincée de lounge, de jazz ou de blues, et même – le lent crescendo The Simple Joy – ce cher Will Oldham, venu en ami vocaliser sur un morceau qui – interprété par un Nick Cave accompagné des R.E.M. – serait une tuerie. Mais non. Il y a que Ryan ne semble pas amateur de montagnes russes, et encore moins d’esbroufe, préférant miser sur des textes au long cours dont la qualité littéraire – pour peu que l’on parvienne à mobiliser le mauvais anglais délivré par notre si peu compétent système scolaire – est indéniable ; ça regorge d’images poétiques, de tranches de vie(s) et de punchlines. Facile à entendre (entre les deux oreilles, fade, glisse la musique), New Threats From The Soul est difficile à écouter, ce qui – paradoxalement – en fait toute sa richesse : voilà un disque qui se mérite.




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