26 septembre 2025 / Énième emballement médiatique - jusque dans les tréfonds de l’underground - pour un album mainstream qui n’en méritait pas tant. J’en viens à (maladroitement) théoriser la double crainte de mes confrères scribouillards : l’on ne voudrait pas se montrer snob, l’on ne voudrait pas passer à côté du prochain messie pop. Pop au sens large, à l’instar d’un Michael Jackson qui en 1982 avec Thriller transcendait – qualitativement (Quincy Jones aux manettes, tubes sur tubes) et quantitativement (ventes faramineuses) – son époque, pop messianique, phare dans la nuit, nouveau soleil, il s’agit de couronner, années après années, les nouveaux Madonna et autres Prince, quand bien même la qualité musicale n’est jamais au rendez-vous (et ne le sera jamais plus). Aujourd’hui, les couronnes sont en sucre candy-vomi. On peut gloser à l’infini sur l’impact culturel de Beyoncé, Charlie XCX ou Harry Stiles, il restera toujours moindre que celui des Beatles, David Bowie et Aretha Franklin. La pop contemporaine ne révolutionne rien, elle reproduit, elle conforte, elle réconforte. Elle ment, elle biaise, elle trafique, c’est un produit de consommation courante : Andy Warhol se marre. Sauf que ce type (aigri et paradoxalement très conformiste) jouissait du système qu’il critiquait – il aurait dû faire de la politique. Dans ce contexte de quête au MAP (Meilleur Album de Pop), que reprocher à la chanteuse des dispendieux / dispensables Paramore ? Derrière un intitulé plouc littéraire digne de Taylor Swift (dont elle a récemment assuré la première partie), Hayley Williams se lance une heure durant (une heure !!!) dans un tunnel bourratif de ballades pop rock ringardes, que ne sauvent pas des refrains saturés ridicules, de l’auto-tune pourri, du funk de papy, des sonorités exotiques malaisantes et des mélodies sorties des pires teen movies Vivelle Dop 00s. Je me souviens de (feu) Paul Auster expliquant vouloir écrire le GRA (Grand Romain Américain) – la somme de tout, la synthèse ultime, l’acmé culturel, le point final. Vœu pieu au pays de Faulkner, mais symptomatique de la mentalité de winner débile qui anime nos confrères outre-Atlantique : l’ambition, couplé d’inculture, ça rend aveugle. Et dans le cas d’Hayley Williams, sourd.