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Mon amie Dominique avait treize ans et elle était amoureuse de Rimbaud et de je ne sais quel autre poète maudit alors qu’elle est née dans les années cinquante. Elle me confiait cela hier. On fumait des cigarettes côté mer, sur mon balcon, les morceaux de pâte à modeler et la fabrication de slime maison encombrant la banquette sur laquelle nous nous étions installées... Les enfants en mettent partout, on sait ce que c’est.

Aucun livre de Rimbaud n’a - encore - atterri sur ma table de chevet. Je serais plus Kerouac ces temps-ci. De vraies célébrités comparé à ce drôle de Grant Lee Phillips. Je dois dire que pour les ados de ma génération ce type nous intriguait vraiment. Il chantait « Bethleem Steel » et des trucs étonnants comme ça, ça nous suffisait pour rêver d’un bel avenir aux US main dans la main avec lui, ou - mieux - côté passagère dans une voiture marron (le poste diffuserait du Grant Lee Buffalo non-stop). Aujourd’hui, les jeunes - après avoir truffé l’appartement de saloperies chimiques et polluantes - veulent foncer vers le Japon. Ils s’en foutent des States. C’est ainsi.

Et voici Grant Lee Phillips qui sort, il y a maintenant une semaine, In The Hour of Dust. Un album que Jennifer Condos (le troisième avec elle à la basse) et Jay Bellerose (tout le temps, vraiment de tous temps, à la batterie aux côtés de Phillips) ont accompagné. L’ ascendance indienne de Phillips, sa relation complexe à la solitude lui font - entre autres textes - formuler les choses ainsi : « Nous vivons une époque solitaire. Pas dans le sens romantique, mais dans le sens humain, dans le sens premier du terme. Il existe un trou qui ne peut être comblé avec les réseaux sociaux. »

Ouh la ! Grant Lee Phillips dit ça et ça nous parle à tous, alors que le soleil darde ses froids rayons en ce samedi matin, jour de marché. Et hier qui Dominique continuait à fumer sur mon balcon tandis que la musique de Grant Lee Phillips nous enrobait avec cette élégance qu’on lui a connue dès ses débuts, en 1991.

Installé à Nashville depuis, le musicien californien n’a pas déparé ni de son brio, ni de ses paroles bien trempées et jamais diluées dans le chaos quotidien que nous offrent les nouvelles du monde. Les mélodies et la douce mélancolie qui s’échappent de cette In the Hour of Dust retirent un peu de la cruauté de ces jours-ci. Elle n’aura pas notre peau ni celle de cet artiste dont l’exigence sur In the Hour of Dust reste 100% folk.




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