11 novembre 2025 / Secouez-vous les hanches et roulez-vous par terre sur une moquette fort épaisse et excellemment aspirée par votre Dyson de Noël dernier. Jussel débarque sur les platines. Ouaip, Jussel débarque tout droit… d’ Autriche ! Eh non, une fois n’est pas coutume : on accueille un album autrichien dans nos bureaux brestois. On écoute, on réfléchit, on se questionne.
Parce que oui, rock’n’roll et Österreich ça coince un peu entre nos deux oreilles. Mais pourquoi pas, après tout ? This Town sonne super bien, l’accent viennois du groupe (quatre gars) - chant et chœurs - se devine à peine au travers des onze morceaux du disque qui avoue à demi son admiration pour Oasis. Groß coup de cœur pour l’excellent « Love in a Hurry » slow pas si éloigné d’un Bon Jovi qu’on voudrait nous le faire entendre. Tant de souffrances endurées lorsque l’on cherchait à joindre les deux bouts (entre rock’n’roll et Autriche, vous vous souvenez ?) mais Jussel (c’est le nom du leader) chante de sa fuckin’ voix qui rassemble et ça nous porte.
Nous voilà tous réunis autour d’un billard chez les parents d’un pote. Ils se sont absentés pour le week-end. L’ occasion pour tout le monde de fumer des clopes sans se cacher. On écoute Jussel - et un peu aussi Scorpions - et on frémit. On a quinze ans, normal. C’est pas souvent qu’on fait les grands à quinze ans. Jussel réussit à convoquer ces souvenirs-là, de bains de minuit (« Honestly ») et c’est chouette à savourer quand n’a plus quinze ans depuis fort longtemps. La guitare, les textes, la langueur de certains accords binaires, non-binaires - ou de certains accords quinquagénaires même, qu’en savons-nous ? - on ne sait plus rien de rien, au sujet de rien du tout d’ailleurs. Surtout pas où se situe l’Autriche sur la carte de l’Union Européenne. On se fout de tout, on fume trop de clopes, on monte le son. C’est le meuble hi-fi des parents… Qu’est-ce-qu’on en a à faire de réguler le volume sonore ? Que dalle. Tout le monde est mineur et porte des chemises en denim, chacun(e) ne pensant qu’à remporter la coupe d’un tournoi de fléchettes improvisé. Chacun(e) se lâche sur les soli d’orgue (ils sont classes, faut dire) et danse jusque’à trébucher contre le billard.
Bravo à cet excellent quatuor qui joue très, très haut, à un certain top-niveau de la romance ultra-classe. Two thumbs up et cœur sur vous les mecs, en vrai : vous avez vraiment géré d’autrichianiser une certaine Brit-Pop en offrant la part belle aux guitares.