13 novembre 2025 / Shoegaze, mais pas que. Projet solo de Douglas Dulgarian (Jouska), They Are Gutting A Body Of Water (Tagabow, pour les intimes) devient – avec l’arrivée du batteur Ben Opatut – groupe, puis auto-produit en 2018 un premier album sinueux, Gestures Been. Désormais quatuor, et signé sur le label AOT, le combo basé à Philadelphie publie un quatrième opus particulièrement ambitieux, élargissant ses racines shoegaze à l’indie-rock américain des nineties, tel que magnifié sur l’inaugural The Chase (beat lourd et lent, riffs et larsens, spoken word à la Nada Surf) ou l’entêtant Sour Diesel (entre Weezer et The Smashing Pumpkins), rendant hommage à Fugazi, avec une reprise avisée de l’instrumental Slo Crostic (1999), et offrant rien de moins qu’une petite tuerie, cet American Food catchy à souhait, boîtes à rythmes, guitares folk, hip hop lo-fi bordélique et aventureux rappelant l’esthétique K Records. Dommage que ce réjouissant feu d’artifice soit l’unique sommet d’un Lotto par ailleurs trop académique pour son propre bien : si l’on met de côté l’inutile intermède Chrises Head, le reste de l’album est certes plaisant (réminiscences The Boo Radleys sur Baeside K ; Violence III et ses ondulations soniques à la My Bloody Valentine) mais – peut-être – manque de fougue, ou de folie, ou de mélodies imparables. L’alternance de couplets calmes et de refrains rugueux, la réverbération, les larsens, le mur de distorsions, l’esprit est là mais ne saurait compenser l’absence de personnalité. Lotto est un bon petit album, point barre. Ceci dit, l’histoire a montré qu’à force de labeur et de patience, des petits maîtres du shoegaze pouvaient monter sur le trône (on pense à Slowdive) : à charge pour They Are Gutting A Body Of Water de gagner ses galons.