4 décembre 2025 / Depuis un certain temps, un truc me taraude, un petit truc dans la tête, persistant et qui m’agace, un petit truc que l’écoute du quatrième album de Geese me pousse à ne plus taire, le vase, la goutte d’eau, la crue, je déborde : ras-le-bol des disques patchworks. Ras-le-bol. J’en peux plus. Je craque. J’avais apprécié 3D Country (as cool as fuck, écrivais-je en 2023), le prolifique Cameron Winter (qui s’est en parallèle lancé dans une carrière solo) est un musicien inventif et Geese reste dans la fourchette haute des formations américaines actuelles, mais ces derniers mois j’ai la fichue impression de rabâcher à longueur de chroniques le champ lexical du chaos (décousu, kaléidoscopique, alambiqué, aventureux, barré, blablabla). Et donc j’ai (un peu) réfléchi : mes disques préférés sont homogènes – mood, sonorités, textures –, ils sont cohérents et se tiennent de bout en bout. Ils racontent une histoire par-dessus l’histoire de chaque morceau. Ils sont un tout esthétique. Ils ne vont pas m’éjecter de mes sensations en incrustant un fookin reggae ou une éruption zouk metal. Violator, Seventeen Seconds, Tindersticks, There is No One What Will Take Care of You, Separations, Closer, Odessey and Oracle, Grab that Gun, Things We Lost in the Fire. Vous me direz : oui mais les Beatles ? Certes, Getting Killed est ambitieux, inspiré et organique (chouette production), il contient même quelques passages de bravoure (Taxes, ainsi que le conclusif Long Island City Here I Come, magma sonore hypnotique qui vire garage kraut, fou et flou comme du The Voidz), mais l’empilement des influences (gospel, soul, Californie catchy, math rock, etc.), le timbre de voix du chanteur (aussi pénible que s’il s’agissait d’Alec Ounsworth en personne) et la structure répétitive des morceaux (en gros : on pose l’ambiance, suite d’accords basiques, crescendo, on voit ce qu’il se passe, final exubérant) font que la lassitude prend le pas sur la curiosité. Le talent, c’est aussi savoir ne pas s’éparpiller. Dont acte.