11 décembre 2025 / Il y a quelques mois, j’étais tombé sur une paire de statistiques totalement folles. Cristiano Ronaldo, l’influenceur le plus célèbre de la planète ballon rond, est devenu le joueur ayant raté le plus de pénaltys. Mais aussi : Cristiano Ronaldo, le quadra le plus pimpant d’Arabie Saoudite, est devenu le joueur ayant marqué le plus de pénaltys. Les deux stats sont vraies de vraies.
Que retenir de cette rude leçon de vie ? Que passé une certaine échelle, les chiffres ne veulent plus rien dire. Vous me voyez venir de loin avec mes gros crampons. Comme à chaque sortie de Guided By Voices, Thick Rich and Delicious, leur nouvel album, le troisième de 2025 après Universe Room et Goodnight El Dorado, nous plonge dans le vertige.

C’est leur 42ème album. Robert Pollard en est à environ 3000 chansons tous groupes confondus. Parmi mes songwriters préférés, c’est celui dont j’ai écouté le plus d’albums (une quinzaine) mais, comme je suis pas assez au taquet sur ses sorties, c’est aussi celui dont j’ai le moins écouté d’albums au regard de sa pléthorique discographie (moins d’un quart au doigt mouillé). Ce qui fait de moi, oxymore, un fan hardcore occasionnel.
Cet impossible double constat, cette superposition foireuse, ravirait sans doute bon nombre de professeurs de physique quantique. Ils ne s’arrêteraient pas en si bon chemin. Il y aurait matière à faire quelques expériences de pensée sur divers espaces-temps bien délimités qui communiquent entre eux par on ne sait quel prodige d’écriture. Des mélodies sixties, des arrangements seventies tout ce qu’il y a de plus bigstaresques, des guitares des années nonante. Voilà encore une fois le genre de voyage temporel auquel nous invitent Robert Pollard, Doug Gillard et consort. Pour les paroles, c’est comme pour les pochettes, c’est la fête des collages exquis plus ou moins accidentels. Au final, voilà la recette miracle. Pas besoin de datacenters ou de térawatts d’énergie. Quelques barils de houblon livrés à Dayton suffisent. Vous avez l’algorithme de songwriting au bilan carbone le plus léger du monde. Ce qui fait de GBV la plus vieille IA générative encore en activité (1987). L’Ohio artificiel si vous voulez.

Vous voyez arriver le dernier paragraphe et vous vous dites qu’on a passé plus de temps à parler de foot, de physique quantique et d’IA que de musique. Vous avez raison mais qu’est-ce qu’on aurait pu dire de plus ? Se demander à voix haute si cet album est meilleur que le précédent ? Essayer de situer cet album par rapport aux 41 autres ? Essayer de trouver un tube qui se détache alors que tous leurs efforts d’écriture semblent systématiquement tournés vers le tube à chaque chanson ?
Ah si, à la rigueur, on pourrait essayer de détacher un tube encore plus tubesque que les autres. Allez. Le dénommé "(You Can’t Go Back To) Oxford Talawanda" qui est sorti en single a peut-être un refrain encore plus bombastique que les précédents. Enfin, c’est à vous de voir. Parce qu’a ce stade, avec GBV, non seulement les chiffres ne veulent plus rien dire mais les mots ne peuvent plus rien faire sentir. Il faut juste écouter et essayer de ne pas louper le 43ème album quand il sortira. Soyez aux aguets, en toute logique, ce sera dans 2-3 semaines.