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Venant de notre label chouchou Talitres, les chroniqueurs invicted d’ADA flairent d’avance que les découvertes musicales seront belles, voire cruciales.

Entre Yann Tambour (a.k.a. Stranded Horse) et Boubacar Cissokho, qui sont compagnons de route et de musique depuis déjà dix ans, c’est le cas. Le cas crucial de la très très belle découverte de cette fin d’année 2025. Comme quoi, le Père Noël existe et il joue même pas du traîneau, il joue des cordes. Kora d’un côté - cet instrument qui, selon la légende malienne, est né d’une femme-génie qui vivait dans des grottes. Elle qui en fut dépossédée (de l’instrument, pas des grottes) par un homme politique (pour faire court) lui qui la donna à un griot qui la donna à son fils, qui en fît don à son fils, etc. Une sale histoire mais la magie, tout comme le bois et le fer et la corde (les cordes : on en compte sept fois trois sur la kora) tout comme la calebasse et le coeur sont reliés, c’est connu. La France et l’Afrique aussi, sans doute. La terre et la mer, par les îles. Cet album est îlien, il flotte comme au-dessus des villes et des mers, il flotte dans un temps qu’il suspend. L’ écouter devient une expérience envoûtante.

Reliées intimement, les neuf chansons de The Warmth You Deserve le sont par de savants et doux jeux de sinuosités, quand les cordes (deux kora et/ou une guitare) et les textes prononcés par Yann Tambour nous transportent dans les galaxies de Kings of Convenience (eh oui) autant que de Geoffrey Oryema (mais oui, pourquoi pas ?). La voix, les mots et la scansion des mots, leur suavité, le vocabulaire employé, les thèmes : rien d’anodin d’ailleurs si Stranded Horse a opéré un mini mais notable détour par Ici d’ailleurs, label de songwriters hors-sol.

Même si c’est le bordelais Talitres qui l’accompagne en effet depuis près de vingt ans, Yann (notre « cheval échoué ») fait deviner certains rivages du Cotentin - où il réside - qui, sauvages et herbus, font éclore de si intenses compositions, de si inspirés textes, et nous donnent paradoxalement - so material les chroniqueurs volontaires ! - nous donnent tant envie de nous faire offrir un super bon casque d’écouteurs pour Noël.

En effet, en sous-titres de ces morceaux, on navigue entre de fantomatiques Badly Drawn Boy et Dominique A. que l’on aimerait saisir mais on ne peut pas, la kora africaine va trop vite et la guitare nous emmène au pays des Celtes. Comment font-ils ? C’est inouï de beauté, d’harmonie et (on n’écrira pas « universalité » c’est trop moche et c’est trop peu) inouï d’humanité.

Kora, chant, guitares, déploient des trésors d’émotions fortes. Écouter The Warmth You Deserve, est-ce cependant « mériter » une telle chaleur ? Le cadeau dépasse nos espérances en cette fin d’année grisâtre, et élève ces deux artistes bien au-dessus de nos têtes, au-delà d’une croûte terrestre desséchée, enveloppe vide parmi d’autres enveloppes vides. Cet album réjouit autant qu’il réconcilie avec lui (elle)-même et avec la musique live. Au diable les cadeaux de Noël, cet album se vivra en concert, se posera le temps d’un concert devrait-on écrire, tant il est insaisissable et c’est tant mieux.




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