> Critiques > Labellisés



À l’instar de l’inaugural et attachant Beautiful Damages, louangé en ces pages il y a une paire d’années (« laisser la place au temps – à l’orage deviné, aux silences, aux non-dits qui en disent plus que le dit »), le nouvel album d’Agathe Plaisance est une plongée en apnée dans la psyché de la talentueuse multi-instrumentiste ébroïcienne. Fort d’une indéniable beauté plastique et nous offrant huit morceaux d’obédience folk ou électronique, le sépulcral Deep Rest creuse la noirceur ; entre chien (Lana Del Rey) et loup (Tricky), une manière comme une autre de purger les vipères intérieures. C’est sans fard, mais avec une sensibilité crue, qu’Agathe évoque déceptions, dépression et addictions, héritage d’une période délicate qu’il a fallu traverser, digérer, cartographier en musique. Si Deep Rest s’avère plus crépusculaire que son prédécesseur, il n’en garde pas moins une certaine délicatesse, que l’on retrouve – côté jardin – sur la complainte folk hantée Old Friend, parée d’une légère touche synthétique, ou sur la ritournelle feutrée This Morning. Côté cour : bitume, brume et bitures, à l’instar de l’enfumé Wine, scansion blues au ralenti sur fond de trip hop métallique, bien plus proche de David Lynch que de Portishead. Et derrière le rideau ? De la mélopée electro Black Haired Boy (mood Depeche Mode époque Violator) à l’hypnotique Cocaïne, évoquant LCD Soundsystem, en passant par l’entêtante ritournelle bedroom pop Swedish Man (Suicide version planante), arrangements ciselés et mélodies en avant, Agathe appuie là où ça fait mal ; blafards sont les petits matins, blafards et dansants, il faudrait pouvoir ne jamais s’arrêter de bouger, pour mieux oublier qu’on a le cœur brisé – pas pour rien que Deep Rest se conclut sur l’ample et ambitieux Broken Heart, épitaphe tout autant que reconnexion avec soi-même. Salvateur.




 autres albums


aucune chronique du même artiste.

 interviews


aucune interview pour cet artiste.

 spéciales


aucune spéciale pour cet artiste.