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Surfant sur cinq titres, plus une tempête et une déferlante aussi sombre que ses matins d’hiver, Brest résonne d’une drôle de sirène en ce jour de décembre. Ni porte-avions ni bateau de la Défense, encore moins hélicoptère du C. H. U., cet appel qui retentit est celui d’une annonce : un mini-album de Centredumonde vient de sortir !

Nous voici donc réconciliés avec ses précédentes sorties - anecdotiques - sans oublier de préciser qu’avec ce Moteur Étrange, Jay-Jay Johansson peut aller se rhabiller. Pourquoi cette mesquine citation ? Bof… Simplement à cause d’un petit son de clavier sur le premier morceau. Là où Jay-Jay foirait son retour en 2002 avec Antenna, Centredumonde surpasse toutes les illuminations de notre Noël 2025 en nous ramenant à l’essentiel de sa discographie : le texte, la mélodie. Le premier titre de cet EP, « Puisqu’il faut bien vivre » conjugue tout ce qui faisait le sel amer de Rêvons Plus Sombre, premier album du bien connu mousquetaire de la desdichada-pop (allez hop, une catégorie musicale de plus).

Joseph Bertrand a.k.a. Centredumonde use et ré-use mais sans jamais nous en lasser de ses faiblesses vocales (ou comment retourner toute situation défavorable en atout : Centredumonde est probablement l’un des meilleurs dans ces tours de passe-passe bouddhistes) faiblesses qui, unies à des déflagrations de guitare saturée et au fameux petit son de synthé, en sus que de textes toujours savoureux (même si abîmés de désespoir triste) fonctionnent grave. Le deuxième titre surgit alors, et là c’est la claque : les choeurs (Joseph s’auto-chœur) plus le « tu » qui suggère le « nous » oui c’est « nous » à travers ce « tu » qui est « lui ». Ouais, c’est un peu tordu mais nous, non, vous y êtes, non ? Centredumonde cible tout le monde. Ce qui ne signifie pas n’importe qui. Centredumonde - ses textes, son propos - c’est universel. « Alors mon coeur fait du sur-place ». Les punchlines de Joseph, c’est tout un truc.

Commençons donc par le commencement : au commencement était le Monde, ou plutôt l’Homme venu au Monde. À partir du moment où ce couillon (notre ancêtre : Adam - ou Ève pour ce que ça compte) accorda trop d’importances à ses pensées - je vais faire court hein - rapidement on se retrouva avec Kierkegaard et puis Beckett sur les bras. J’accélère : Centredumonde arriva. Il va être super honoré de se lire nommé en fin de liste, et vu qu’il va la retourner, la liste, le voici premier. Number one. Vraiment. Trois titres suivent qui renouent avec bonheur avec le Rêvons Plus Sombre de 2017.

Voici décidément une fin d’année très inspirée : cet EP en constitue la clôture classe. Dixit Centredumonde : « On pourrait s’expliquer ou ne rien dire, tant nos mots sont faux. Ils se taisent. T’en dis quoi ? Ne tente pas d’inverser le cours de l’histoire. On s’est planté, et parce qu’on est trop fier, aucun de nous ne fera marche arrière. »

Nous, chez ADA, ferons cependant exceptionnellement marche arrière, et ce sera pour réécouter l’ artiste qui chantait « Sous un nuage noir », nuage qui le suit même quand il ne va « nulle part ». Tant de bals imaginaires, de guinguettes, de danses moroses cette chanson a-t-elle accompagnés, on ne sait plus, on ne compte plus ! Subsiste un poète, ni crooner ni dandy, dont on voudrait ne jamais voir s’éteindre l’étincelle créative. Celle qui jaillit de cette plume unique en son genre, de ce coeur qui pourrait bien tourner à fond, tel le « moteur étrange » dont cet album porte l’énigmatique nom.