2 janvier 2026 / La pop d’ici est souvent bavarde, parfois caviardée, se prenant les pieds dans le tapis trop épais de la soumission face aux maîtres étalons de la perfide Albion. Pauline Le Caignec (que l’on a croisé chez Satellite Jockey ou Tôle Froide) semble hermétique à cela. Avec son nouvel album, toujours sous le nom de KCIDY, elle revitalise la chanson d’ici comme rarement, rejoignant en cela les premiers albums de François Marry. C’est dans les traces de William Sheller ou Elli & Jacno que la jeune femme marche, mais s’autorisant des pas de côté, répondant à ses besoins de respiration intense. Car c’est un disque vivifiant, comme une bouffée d’oxygène que l’on s’offre quand on se sent étriqué dans son petit chez soi, ne comprenant que tardivement que dehors est ouvert à tous. Il y a du Jacqueline Taïeb dans sa façon de chanter avec une douce arrogance, de l’appétit de tout gober à la façon d’Agnès Varda chez qui elle pourrait revendiquer la filiation dans le fait d’inscrire tout dans la marche du monde, même la chose la plus infime. En parlant de l’importance évidente des astres comme les régulateurs de nos vies (Fais ton Truc Devant la Caméra comme un caméo rêvé sur le tournage d’un film d’Emmanuel Mouret) elle s’extirpe de la condition humaine réduite, pour convoquer les petites perceptions qui ne s’arrêtent jamais, et qui en nous frôlant, apaisent tout autant qu’elles pourront faire changer la structure de notre épiderme. Chez KCIDY, le vent de liberté n’est pas une vue de l’esprit (Théorie qui souffle tout sur son passage), tentant de chasser nos maux, soignant notre mélancolie avec des bonheurs simples comme celui des retrouvailles. L’immensité et l’immédiat, c’est bien plus que les montagnes de l’Atlas, c’est un acte de résistance intime, un recul immense pour mieux revenir avec une énergie folle, mais jamais destructrice, telle une fille catapulte qui aura avec ses bras attrapés tous les fruits de la corbeille des émotions. L’art de l’enfance retrouvée.