16 janvier 2026 / Faisant suite à Ce Que La Nuit, publié en janvier 2024 et admiré en ces pages (« Un véritable petit bijou, soyeux et délicat »), le nouvel EP de la Gardoise Kloé Lang, par ailleurs scénariste, réalisatrice et comédienne, nous entraîne dans une épiphanie cotonneuse parfois espiègle (la ritournelle Hourra et son final cocasse – ode aux matchs de football que l’on peut suivre dans un café paumé) mais résolument mélancolique, à l’instar de la ballade trip hop Interstices, poignante mélopée au lyrisme feutré, qui donne le ton : sublimées par des arrangements signés Michael Wookey, les compositions de Kloé sonnent bleu-gris. En six titres aquatiques, planants ou groovy (le mood dub du glaçant Sirène – « Je crève le cœur des gens que j’effleure »), c’est le spleen que l’on scrute, que l’on jauge, que l’on soupèse ; on s’observe en chien de faïence, on ferme les yeux, on se laisse aller, on flotte, mais pas longtemps ; il y a que nous aimons lutter. Alors le spleen nous traverse, inutilement vorace, en nous ne noircit rien et puis s’en va, parce que les mots de Kloé, imagés, vigoureux, empreints d’expériences et d’observations, agissent comme un totem. Ainsi la lumineuse complainte Mon Vautour, magnifiée par un inattendu changement de gamme, ainsi la jazzy Papapa, ainsi La peine s’en va, percussions au loin, fréquences basses, sourire triste, il s’agit pudiquement d’évoquer le deuil. « Même si la mer monte, je dessine ma mappemonde » : portrait de l’artiste en maître de sa destinée qui, nous l’espérons, la guidera jusqu’à un très attendu premier album.