16 janvier 2026 / Tirant son espiègle patronyme du fastidieux La conjuration des imbéciles, Jérôme Rousseaux mène – depuis la séparation du duo culte Les Objets (pop ligne claire teintée de tendresse infinie) – une carrière bien remplie : chansonnier, producteur, conférencier, animateur d’ateliers d’écriture et big boss du label Ignatub (Jean-Luc Le Ténia, Oriane Lacaille, Fabienne Pralon). Après un nouvel album solo publié l’année dernière (Dans Les Virages – chez ADA, maison de bon goût, on avait super aimé : « douze délicieuses claques musicales »), Ignatus repointe le bout de son nez, avec un EP instrumental consacré à des improvisations pianistiques, dont il a conservé les passages qui lui semblaient le plus intéressant. Derrière son intitulé dadaïste, d’arpèges mélancoliques en descentes ésotériques, accords plaqués ou croches qui se répondent, Choses Piano se fait l’éloge du saut dans le vide, à tel point que l’on en ressent les hésitations – une milliseconde durant, Ignatus suspend sa course, puis se lance : tel un chat, il retombe avec grâce sur ses pattes. Pour autant, pas de quête du joli à tout prix, non. Ici, point de mignardise à la Satie ou de posture néoclassique – on laisse courir les doigts sur les touches, on respire, on ferme les yeux, on regarde par la fenêtre, il pleut, le parquet grince, pas grave, on laisse filer. En ressortent six courtes compositions qui, de Feuille Fil Danse à Une Chaise Lente, esquissent des symphonies de poche, plus ou moins orientalisantes (Marcher sur des poules), proches des travaux de John Cale pour les films de Philippe Garrel (Château Grenouille) ou du pointillisme à la Tiersen (Voler des Ailes). Exercice plaisant, pour l’auditeur comme pour son auteur, qui rappelle à quel point la musique est – fondamentalement − l’exercice d’une liberté artistique.