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« Des voix se répondent, qui chantent pour couvrir le lourd murmure de la bête, pour que les vivants triomphent, pour que la honte disparaisse », écrivait Paul Éluard en exergue du recueil Au rendez-vous allemand, composé durant la seconde guerre mondiale et dont est tiré le poème L’aube dissout les monstres. « Ils mâchonnaient des fleurs et des sourires / Ils ne trouvaient de cœurs qu’au bout de leur fusil ». Très convaincante danse macabre, jamais meilleure quand le tempo ralentit, le premier album du trio Cérémonie, qui malicieusement se présente comme un groupe de quelque-chose-wave, est d’une indéniable beauté élégiaque, notamment grâce des harmonies vocales dignes des regrettés Low. Le procédé est redoutable – chœurs à la tierce, à la quinte, à l’octave – qui plus est mis au service de textes puissants, dont les images se diffusent patiemment, durablement. Chez ADA, on suivait le groupe depuis un certain temps, soit la parution en 2017 de leur EP inaugural, Nuit Blanche : « Au-delà du nihilisme, Cérémonie pratique l’acceptation du pire, une forme de dépit naturel. » S’ouvrant sur le dark synthwave Cavale (beat frontal, grosses basses, mélancolie shoegaze), l’album évoque pêle-mêle She Wants Revenge (Édifice et son motif de guitare à la Cure), John Carpenter (la complainte L’aube dissout les monstres) et Rémi Parson, notamment sur la mélopée post-punk (Le soleil fait au ciel un si rouge) Incendie. Et puis il y a le cœur sombre du disque, le triptyque Tonnerre / Adolescence / Triomphe, dont le romantisme tragique fait dresser les poils. Cérémonie, la lenteur leur va à ravir, et pourtant, à la fin de Pompéi, on râle, c’est déjà fini, c’est trop court – paradoxe. On sent que le groupe a grandi, a mûri, a travaillé : au-delà de références culturelles marquées (quelque-chose-wave) et d’un parti-pris esthétique fort (spleen au carré), qui se traduit par une production ample (écoute au casque fortement conseillée), L’aube dissout les monstres est une œuvre d’une grande maturité, qui devrait marquer les esprits sensibles et mettre en lumière (noire) un groupe qui le mérite amplement.